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14/11/2018

Impact des taxes à l'exportation sur les prix mondiaux et le commerce international de produits agricoles et alimentaires

Une étude concernant 36 pays, réalisée par le National Bureau of Economic Research et publiée en août dernier, estime l'impact des taxes à l'exportation sur les prix à l'exportation et le commerce de produits agricoles et alimentaires, sur la période 2005-2015. Dans un premier temps, l'impact ex post de ces mesures est estimé à partir d'un modèle gravitaire puis, dans un deuxième temps, l'impact ex ante d'une suppression de ces taxes est analysé à l'aide d'un modèle d'équilibre général calculable (GTAP-POV). Ce travail est intéressant car si les restrictions à l'exportation augmentent ces dernières années, elles n'ont jusqu'ici fait l'objet de recherches ciblées que sur certains produits et pays.

L'analyse révèle d'abord que les taxes à l'exportation, mises en œuvre par les pays, n'ont affecté les prix à l'exportation et le commerce que pour certains des produits ayant fait l'objet de telles mesures. L'effet des taxes sur les prix ne pouvant pas être directement capturé à travers les modèles gravitaires, les auteurs en valident l'existence lorsque l'impact sur les valeurs est différent de celui sur les volumes échangés. Les résultats montrent que les taxes à l'exportation ont eu un effet positif sur les prix et négatif sur les exportations, pour les produits laitiers, les fruits et légumes, les graines oléagineuses, les huiles et graisses végétales, le sucre et les sucreries, les préparations alimentaires et les boissons.

À partir du modèle GTAP-POV, les auteurs mettent ensuite en évidence que la suppression des nombreuses taxes à l'exportation, en place en 2008, aurait permis aux régions qui les appliquent (voir figure) d’accroître leurs productions et leurs exportations. La hausse de ces exportations générerait par ailleurs une augmentation des prix mondiaux. Dans ce scénario, les effets sur les prix et le commerce sont les plus importants pour les produits les plus fortement taxés en 2008 : le blé et les graines oléagineuses dans les pays (Indonésie, pays de l'ex-URSS, Chine, Amérique du sud). Au contraire, la production et les exportations baissent dans les autres pays qui exportent ces mêmes produits, en raison de la concurrence accrue sur les marchés internationaux (notamment au Canada et aux États-Unis).

Taxes à l'exportation en place en 2008 par pays et produits

Taxes.jpg

Source : NBER

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : National Bureau of Economic Research

15/01/2018

Les déterminants des exportations de produits de qualité : le cas du Cognac

Une étude du CEPII, publiée en octobre dernier, estime l'impact des coûts commerciaux, entre pays (transport, droits de douane) et au sein des pays (conteneurisation), sur les exportations françaises de produits de haute qualité. Les autres facteurs, notamment les spécificités culturelles, qui influencent la demande étrangère pour les produits haute de gamme, ne sont pas traités dans le cadre de cette étude. L'analyse se fonde sur une définition de la « qualité » comme facteur objectif et constant dans le temps, en utilisant le cas du Cognac, dont la qualité est fonction de la durée minimale de vieillissement en fût de chêne. Les données d'exports utilisées couvrent la période 1967-2013 et ont été fournies par le Bureau national interprofessionnel du Cognac.

Confirmant une hypothèse théorique (dite « effet Alchian et Allen ») peu testée jusqu'ici faute de données appropriées, les auteurs montrent d'abord que les coûts commerciaux augmentent la part des exportations et de demande étrangère de Cognac de haute qualité (« XO ») relativement au standard (« VS »). À partir d'une analyse économétrique, ils trouvent en effet que les droits de douane forfaitaires (non ad valorem) et l'éloignement (proxy pour les coûts de transport) du pays de destination impactent positivement la proportion de Cognac XO exportée. Des pays éloignés, tels que la Chine et Hong Kong, importent ainsi une part importante de Cognac de haute qualité, alors que les zones américaines et européennes plus proches le font relativement moins (voir carte ci-dessous). Ceci résulte du fait que, lorsque les coûts commerciaux par unité exportée forment une part importante du prix, l'écart de prix entre les produits haut et bas de gamme se réduit, accroissant la demande relative pour les premiers.

En s'intéressant plus spécifiquement aux coûts de transport, l'analyse économétrique révèle que la tendance à la conteneurisation, marquée dans de nombreux pays sur la période étudiée, a réduit la part des exportations de Cognac XO. Entre le milieu des années 1970 et le début des années 1980, la plupart des pays importateurs de Cognac ont en effet doté leurs ports d'équipements de déchargement des conteneurs, réduisant significativement les charges d'acheminement internes et, par conséquent, cet « effet Alchian et Allen ».

Cette étude amène à considérer que la pénétration de marchés éloignés ou protégés peut être favorable aux exportations françaises de produits de qualité et que l'ouverture au commerce favorise davantage les importations de produits de bas de gamme.

Part des importations de Cognac de haute qualité (XO) par pays en 2013

Cognac.jpg

Source : CEPII

Raphaël Beaujeu, Centre d'études et de prospective

Source : CEPII

10:51 Publié dans IAA, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : cognac, qualité, exportation |  Imprimer | | | | |  Facebook