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13/11/2019

Géographie des transitions agro-écologiques en France

Un article des Cahiers Agricultures d'août 2019 propose une approche méthodologique pour identifier les exploitations « en transition agro-écologique », en France métropolitaine, à partir des données du recensement agricole de 2010. Les auteurs concentrent leur analyse sur les modes de production (biologique ou pas) et de commercialisation (circuit court / circuit long), et sur la part du chiffre d'affaires réalisée en circuit court. À partir de ces trois variables, ils élaborent une typologie en six groupes d'exploitations. Ils considèrent que celles « en transition » réalisent 50 % et plus de leur chiffre d'affaires avec des productions biologiques commercialisées en circuit court. Représentant 12,5 % du total, ces structures ont des chefs d'exploitation plus jeunes que la moyenne (plus forte proportion de moins de 40 ans) et d'un niveau de formation plus élevé. Par ailleurs, la proportion de femmes est corrélée avec la commercialisation en circuit court. L'analyse socio-économique montre une autre corrélation entre le circuit de commercialisation, court ou long, le type d'orientation technico-économique des exploitations, leur taille et l'intensivité en main-d’œuvre. Ainsi, les cultures maraîchères, de fruits et l'élevage de petits ruminants, majoritaires parmi les structures réalisant plus de la moitié de leur chiffre d'affaires en circuit court, disposent relativement de moins de surface et recourent à plus d'unités de travail annuel, par comparaison avec celles orientées vers les circuits longs (grandes cultures, élevage bovin).

Le contexte territorial est également un facteur explicatif de l'appartenance des exploitations à la catégorie « transition agro-écologique ». Une carte à l'échelle cantonale met ainsi en évidence deux macro-territoires (figure ci-dessous) : l'un, septentrional, avec des caractéristiques socio-démographiques moins propices aux transitions (faible population urbaine dans des espaces économiquement fragiles) ; l'autre, méridional, davantage tributaire de la proximité des périphéries urbaines avec une population encline à l'achat en circuit court et partageant une vision de formes de production et de commercialisation alternatives. Notons que ce travail n'intègre pas d'autres formes de transition agro-écologique telles que l'agriculture de conservation, l’agroforesterie, la permaculture, etc.

Typologie des cantons selon le profil de répartition des six types d'exploitation en 2010

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Source : Cahiers Agricultures

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Cahiers Agricultures

10:03 Publié dans Agriculteurs, Environnement | Lien permanent | Tags : agro-écologie, transition, bio, circuit court |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/11/2019

Salariés de l'agriculture : moins de risques chimiques mais un travail plus pénible physiquement

L'exposition aux risques des salariés de l'agriculture a évolué de façons diverses au cours des vingt-cinq dernières années, comme le montre l'analyse des premiers résultats de la dernière livraison de l'enquête Sumer. Menée tous les sept ans auprès de plus de 30 000 salariés via les médecins du travail, elle permet de suivre l'évolution des conditions de travail. Même si le secteur agricole représente une part de plus en plus faible des travailleurs français et, a fortiori, des salariés (1,7 % en 2017, contre 5,1 % en 1994), des tendances spécifiques et des situations propres à ses salariés (dans un secteur largement dominé par le statut d'indépendant) sont mises en évidence.

Si la situation des salariés de l'agriculture s'est améliorée pour ce qui est de l'exposition au risque chimique (1 sur 3 exposé, contre 1 sur 2 en 1994), grâce notamment aux formations spécifiques et aux mesures de prévention dans le cadre des plans Écophyto, elle s'est détériorée pour la pénibilité physique et les risques biologiques (liés surtout au contact avec les animaux). Ils sont ainsi parmi les plus exposés aux gestes répétitifs, à la station debout prolongée et aux contraintes posturales. Sur ces deux derniers risques, la situation s'est nettement dégradée depuis l'enquête de 2010 : de 20 à 37 % pour la station debout prolongée, de 22 à 38 % pour les contraintes posturales. En revanche, les salariés agricoles font partie des moins exposés aux contraintes organisationnelles et relationnelles, même s'ils subissent des contraintes horaires plus importantes que les autres, plus d'un sur deux travaillant les dimanches et jours fériés.

Source : Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques

09:36 Publié dans Agriculteurs, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : dares, salariés, risques, risque chimique, pénibilité, risques biologiqes |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/10/2019

Des propositions pour que la statistique américaine rende mieux compte de la complexité de l’activité agricole

Si la production agricole états-unienne a longtemps reposé sur des exploitations familiales, la majorité de la production est aujourd’hui assurée par des structures complexes, que la statistique agricole peine à saisir. Partant de ce constat, l’Académie des sciences américaine a publié un rapport dans lequel elle formule des propositions de réforme du système statistique afin de l’adapter à ce nouveau contexte.

Le rapport comporte trois parties. La première présente les activités de la statistique agricole aux États-Unis. Elles comportent principalement le recensement exhaustif des exploitations tous les cinq ans (Census of Agriculture) et l’enquête sur la gestion des ressources agricoles (Agricultural Resource Management Survey), réalisée par sondages annuels. La deuxième partie du document explore les raisons de la complexification des entreprises agricoles : exploitations multi-sites, emploi de salariés et prestataires, origine variée des capitaux, diversification et pluri-activité, etc.

Dans la dernière partie, les auteurs formulent de nombreuses recommandations pour mieux saisir statistiquement cette complexité. Ils suggèrent d’abord de revoir la définition de l’exploitation et de distinguer l’établissement agricole, unité fonctionnelle de base, de l’entreprise agricole, laquelle peut regrouper plusieurs établissements détenus par une même personne ou société. Ils appellent également à la création d’un registre qui listerait l’ensemble des établissements et ferait apparaître leurs liens éventuels. De plus, dans la mesure où la production agricole implique aujourd’hui fréquemment des entreprises de services, les auteurs jugent nécessaire de s’intéresser de près à ces dernières. Ils suggèrent ainsi de relancer le programme de recensement des services agricoles (Census of Agricultural Services), suspendu en 1978, et d’intégrer ces entreprises dans le registre mentionné plus haut. Pour terminer, constatant que le taux de réponse aux enquêtes est d’autant plus faible que la structure de production est complexe, les auteurs recommandent de limiter autant que faire se peut le recours à des données d’enquêtes, et d'exploiter prioritairement les données administratives et commerciales disponibles.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : The National Academies of Science, Engineering, Medicine

La performance économique des systèmes de production agro-écologiques

Une équipe internationale de chercheurs vient de publier, dans le Journal of Rural Studies, une large revue de la littérature sur la performance économique de l'agro-écologie, allant de l'analyse théorique de ses déterminants à divers travaux empiriques. L'agro-écologie repose sur l'usage des ressources naturelles et le bouclage des cycles biogéochimiques, selon une approche systémique et dynamique, adaptant les systèmes de production au cas par cas à leur environnement. De ce fait, les démarches sont très diverses, mais elles partagent le principe fondamental d'une réduction de l'usage des intrants externes à l'exploitation, conjointement à une amélioration de leur efficience.

Les auteurs présentent les principes qui confèrent à ces systèmes de meilleures performances économiques et leur résilience. L'accroissement de la valeur ajoutée (VA) par rapport au produit brut (PB) constitue l'élément clé, alors que les approches les plus courantes recherchent une augmentation du PB par unité de main-d'œuvre (UTA). La démarche agro-écologique représente ainsi une véritable intensification en valeur ajoutée. Par ailleurs, les deux ratios sont inversement liés, la hausse du PB/UTA ne pouvant se faire qu'au prix d'investissements, d'agrandissements ou d'augmentations des consommations intermédiaires (figure ci-dessous). De son côté, l'accroissement du ratio VA/PB passe par un recentrage sur les ressources internes de l'exploitation, une diversification des activités et l'optimisation des synergies, notamment entre cultures et élevage.

Relation entre les ratios VA/PB et PB/UTA, et modèles organisationnels d'exploitations agricoles

Agroecologie.jpg

Source : Journal of Rural Studies

De plus, la réduction des intrants et l'amélioration de l'efficience diminuent l'exposition aux aléas économiques. Après des décennies favorables à l'agrandissement, la volatilité des prix, la hausse du coût de l'énergie (et donc des intrants), ainsi que la crise financière constituent selon les auteurs un contexte propice aux exploitations agro-écologiques.

Les auteurs étayent leur analyse par une large revue d'exemples concrets issus d'une douzaine de pays européens. Ainsi, au Danemark, l'agrandissement poussé a conduit à une grande fragilité du secteur laitier, la majorité des exploitations de plus de 200 vaches étant en déficit en 2016, alors que la plupart des fermes de moins 100 têtes restaient bénéficiaires. En France, les exploitations économes et autonomes se révèlent particulièrement créatrices de valeur ajoutée.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Journal of Rural Studies

11:42 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : agro-écologie, performance économique |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/10/2019

Étude sociologique des pratiques apicoles

Sur la base de 37 entretiens réalisés avec des apiculteurs amateurs, professionnels ou double-actifs, des chercheurs de l'Inra caractérisent les formes d’engagement communes à cette activité, au-delà de la diversité des profils, des trajectoires et des projets d’exploitation. Leur article, paru dans Développement durable & territoires, met en lumière les enjeux de renouvellement du cheptel, examinant successivement la cueillette d’essaims sauvages pratiquée par les amateurs, l’essaimage artificiel permettant d’exercer une certaine sélection et l’élevage et l’achat de reines. Enfin, il débouche sur une réflexion sur l’autonomie dans le travail des apiculteurs. Celle-ci ne consiste pas seulement à mettre à distance le marché ou les contraintes du monde du travail (dans le cas des doubles-actifs et des deuxièmes carrières). Elle renvoie aussi à l'épanouissement dans l'action et à une certaine liberté créatrice.

Source : Développement durable & territoires

11:18 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : apiculture, travail |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/10/2019

Politiques et structures agraires en Amérique latine

Un document de l'International Land Coalition (ILC), présenté dans le cadre du Forum de la terre de l'ILC Amérique latine et Caraïbes, propose une réflexion sur l'impact des politiques de réforme agraire mises en place dans cette région au cours des cinquante dernières années. Treize spécialistes du sujet ont été sollicités pour en dresser le bilan, et identifier des points communs (origines des réformes, etc.) et des différences (conséquences sur les propriétaires fonciers, etc.). Malgré ces politiques, les auteurs constatent la persistance des phénomènes qu'elles cherchaient à endiguer : très forte concentration de la propriété de la terre (1 % des plus grandes exploitations possèdent plus de la moitié des terres agricoles), accroissement de la pauvreté et de la faim dans l'espace rural, migrations rural-urbain, actions violentes à l'encontre des populations revendiquant l'accès au foncier et la protection de l'environnement.

Source : International Land Coalition

18/09/2019

La place des jeunes dans les processus de transformations structurelle et rurale

Un rapport du FIDA de juin 2019 analyse la situation socio-économique des jeunes ruraux (15-24 ans) dans 85 pays « en voie de développement » et « émergents », de diverses régions (Asie-Pacifique, Afrique subsaharienne, Proche-Orient, Afrique du Nord, Asie Centrale, Europe, Amérique latine, Caraïbes). Il décrit les contextes qui conditionnent leur avenir et les leviers qui devraient être actionnés par les pouvoirs publics et les investissements privés pour faciliter leur insertion dans la vie active. Plus de 80 % des 15-24 ans vivent dans des « pays en développement », dont 41 % dans les zones rurales, notamment en Asie et en Afrique. Les projections prévoient une augmentation et une concentration géographique de cette tranche de la population en Afrique.

Les auteurs fondent leur analyse sur un ensemble de données macro et microéconomiques, ces dernières issues d'enquêtes auprès de ménages. Une typologie originale des « espaces des débouchés ruraux » combine les informations sur les potentiels de production agricole et de commercialisation, la densité de population, la localisation géographique des ménages. Elle permet de montrer que la prévalence des ménages composés d'agriculteurs de subsistance diminue et celle des ménages non agricoles augmentent lorsque les débouchés sont plus importants (figure ci-dessous).

Pourcentage de ménages dans l'espace des débouchés ruraux, par type de ménage

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Source : FIDA

Lecture : dans les espaces rencontrant des difficultés de débouchés importantes, 61 % des ménages sont en transition et 18 % sont non agriculteurs. Ces proportions sont respectivement de 49 % et 38% dans les espaces présentant des débouchés variés et rémunérateurs.

Selon les auteurs, les trois piliers d'une transformation rurale inclusive de la jeunesse sont la productivité (environnement de travail, compétences), la connectivité (rapports aux personnes, marchés, services, informations) et, enfin, un contexte favorisant la maîtrise de leur destin à tous les niveaux (familial, local et national). Le RSPA (Rural sector performance assessment), ensemble d'indicateurs développé par le FIDA pour évaluer la performance économique générale d'un pays, et du secteur rural en particulier (politiques de développement, pauvreté, égalité des sexes, compétences, nutrition, changement climatique, accès au foncier, aux marchés, etc.), contribue à l'analyse de ces transformations rurales en cours. La répartition des jeunes, par région et par type de transformations, concernant l'ensemble du pays (« transformation structurelle ») ou seulement les zones rurales (« transformation rurale »), en est une illustration (figure ci-dessous).

Nombre de jeunes par région et par catégorie de transformations structurelle (TS) et rurale (TR)

FIDA2.jpg

Source : FIDA

Hugo Berman, Centre d'études et de prospective

Source : Fonds international de développement agricole

17/09/2019

Terres nourricières ? La gestion du foncier agricole en France face aux demandes de relocalisation alimentaire

Les démarches de « retour au local », en matière alimentaire, sont le plus souvent étudiées sous l'angle de la consommation citoyenne, reléguant à l'arrière-plan leurs aspects fonciers et spatiaux. Elles sont aussi entourées d'un certain halo discursif, entretenant un doute sur leur réelle portée transformatrice. La thèse de géographie qu'A. Baysse-Laîné (université Lyon 2) consacre aux « mobilisations de terre », dans le cadre de projets de relocalisation alimentaire, apporte une analyse très éclairante en la matière.

Ciblant ses observations sur trois zones – le Lyonnais, l'Amiénois et le sud-est de l'Aveyron –, l'auteur repère des projets de relocalisation portés par divers acteurs : l'association Terre de Liens (6), des acteurs publics locaux (12), mais aussi des agriculteurs (118) intégrés dans une filière et réorientant tout ou partie de leur activité vers les marchés de proximité, notamment à l'occasion de la transmission de l'exploitation. Une autre dimension importante de son travail consiste à cerner la base foncière de ces circuits alimentaires.

Ses résultats mettent notamment en évidence une forme originale de « circuits courts de longue distance », sous influence urbaine et, dans le cas des mobilisations des acteurs publics, relativisent l'idée d'une moindre qualité des terres mises à disposition. Ils pointent aussi l'important décalage entre les discours sur la terre nourricière et la réalisation limitée des projets.

Le renouvellement des voies d'accès au foncier agricole se fait « à la marge » des dispositifs majoritaires d'installation. Des associations de développement rural et le syndicalisme minoritaire mettent en œuvre des « stratégies réticulaires » pour partager l'information sur la libération de terres à exploiter. De leur côté, les acteurs publics territoriaux et Terres de Lien engagent des « stratégies domaniales » d'acquisitions de terres, pour réserver celles-ci à certains types d'agriculture (production biologique, permaculture, etc.). Adoptant une approche en termes de « faisceaux de droits fonciers », l'auteur analyse les rapports de force autour des terres et envisage les effets des stratégies domaniales sur la coexistence entre différents modèles agricoles. Si les surfaces concernées sont assez réduites, ces effets d'ouverture à de nouveaux publics sont, en fait, loin d'être négligeables, les mobilisations de terre étant l'occasion d'un réajustement, plus ou moins conflictuel, des relations entre acteurs.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : HAL

13/09/2019

Les effets contrastés de la gestion des risques sur la productivité agricole

La gestion des risques influence-t-elle positivement la productivité agricole ? Pour répondre à cette question, M. Vigani (université de Gloucestershire) et J. Kathage (JRC, Commission européenne) proposent une analyse économétrique afin d'estimer les effets de différentes stratégies sur la productivité globale des facteurs (PGF).

En théorie, la gestion des risques permet une meilleure allocation des ressources, car elle donne la possibilité aux exploitants agricoles d'effectuer leurs choix de production (assolements, intrants, etc.) comme s'ils étaient neutres au risque. Cela suggère un effet positif sur la productivité. Mais, soulignent les auteurs, la gestion des risques a aussi un coût : primes d'assurance, coût des contrats, efforts de collecte et d'analyse des données, etc. Ce coût, susceptible d'augmenter avec la complexité de la stratégie mise en place, peut donc peser négativement sur la productivité.

L'étude est menée sur un échantillon de 700 exploitations agricoles productrices de blé en France (350, situées en Champagne-Ardenne, Picardie, Centre et Bourgogne) et en Hongrie (350, dans la plupart des régions). 16 stratégies de gestion des risques sont analysées, correspondant aux combinaisons possibles (« portefeuilles ») de quatre instruments : assurance, diversification des cultures, variétés résistantes, contrats. Un modèle de régression multinomial à régimes endogènes est choisi par les auteurs pour traiter des problèmes d'endogénéité, et isoler les effets propres des stratégies de gestion des risques sur la PGF.

Les résultats s'avèrent particulièrement contrastés (cf. figure). Les portefeuilles simples, recourant à un seul instrument, augmentent bien la productivité : c'est le cas des variétés résistantes (+ 9 % par rapport à une absence de gestion des risques) et les contrats (+ 22 %) lorsqu'ils sont choisis isolément. Les portefeuilles complexes, incluant davantage d'instruments, tendent en revanche à avoir un effet négatif (ex : « assurance-diversification-variété résistante », - 41 %), confirmant l'hypothèse des auteurs sur le coût croissant des stratégies complexes. Ces impacts sont en outre très différents entre la France et la Hongrie, et en fonction du niveau de risque auquel font face les exploitations agricoles. Ces résultats, soulignent les auteurs, nourrissent la réflexion sur l'avenir des politiques de gestion des risques, en particulier dans le contexte de réforme de la PAC.

Effets des portefeuilles d'instruments de gestion des risques sur la productivité des exploitations agricoles par rapport à l'absence d'instrument

Risques.jpg

Source : American Journal of Agricultural Economics

Lecture : I = assurance ; D = diversification ; C : contrat ; V = variété.

Julien Hardelin, Centre d'études et de prospective

Source : American Journal of Agricultural Economics

Quelle résilience des exploitations américaines face au risque climatique, en présence de programmes d'assurance ?

Alors que la résilience des exploitations fait l'actualité, deux équipes de chercheurs américains viennent de contribuer, par leurs publications, à documenter l'impact des variations climatiques d'une part, et des assurances, d'autre part, dans la survie des structures agricoles.

La première équipe s'est appuyée sur les résultats des recensements américains de 1992 à 2012 pour cibler les agriculteurs installés depuis moins de 10 ans et mieux comprendre les facteurs influant sur la poursuite ou l'arrêt d'activité entre deux enquêtes. De manière originale, ils ont introduit les facteurs climatiques, et ce de deux façons séparées, indirectement à travers la volatilité des prix et directement avec les fluctuations de la température et des précipitations. De manière plus classique, ils ont également analysé le poids de différents facteurs socio-économiques, tels que la rentabilité, l'âge de l'agriculteur, le type d'exploitation (familiale ou non, culture ou élevage), la part de l'agriculture dans l'économie locale (à l'échelle des comtés) ou le montant des aides fédérales.

Les auteurs ont ainsi pu mettre en évidence les facteurs ayant le plus d'impacts, positifs ou négatifs, sur la probabilité de cessation d'un agriculteur récemment installé. C'est le cas des aides fédérales ou de la volatilité des prix, qui agissent de façon contre-intuitive : plus il y a d'aides ou plus les prix sont stables, moins les exploitations sont résilientes. À l'inverse, l'instabilité climatique a peu d'effet sur la durée de vie des exploitations, en raison notamment des outils de gestion des risques auxquels recourent les agriculteurs américains.

C'est d'ailleurs sur ce volet que la deuxième étude est focalisée : elle évalue les programmes d'assurance récolte au regard de la résilience des exploitations, à partir de données de panel dans le Kansas, entre 1992 et 2016. L'équipe a estimé de façon précise l'apport des programmes d'assurance dans le maintien en activité des structures agricoles, voire

dans la limitation du désinvestissement. Recréant un contrefactuel à partir des exploitations n'ayant pas souscrit d'assurance récolte, les auteurs mesurent l'apport très significatif de cet outil dans le maintien d'activité, avec une baisse de 13,5 à 16 % du taux de cessation, et de 6 % du désinvestissement. Enfin, les auteurs font le lien avec la réforme de la Politique agricole commune, favorisant un recours accru aux subventions en faveur des assurances, ce qui pourrait s'accompagner d'une baisse du taux de disparition des exploitations européennes.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Sources : Sustainability, European Review of Agricultural Economics

11/09/2019

Insurrections paysannes. De la terre à la rue : usages de la violence au XXe siècle, Édouard Lynch

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Ce qu'il y a de bien, avec les historiens, c'est qu'ils travaillent dur, respectent leurs sources et aiment encore écrire de gros livres. La présente publication d'Édouard Lynch, professeur à l’université Lyon 2, répond à tous ces critères, et encore ne s'agit-il là que d'une version condensée de son volumineux mémoire d'habilitation à diriger des thèses (plus de 1 200 pages), achevé en 2012.

En France, les actions collectives paysannes, différentes des autres mobilisations professionnelles, ont donné lieu à de nombreuses études, dont cet ouvrage se démarque à plus d'un titre. D'abord par l'ampleur de la période explorée, allant de 1870 à 1977, cette dernière date étant imposée par la disponibilité des archives. Ensuite, l'auteur s'est essentiellement intéressé aux luttes paysannes violentes : barrages, saccages de bureaux, déversement de purin, destruction de produits, affrontements avec les forces de l'ordre, etc. De plus, loin des habituelles monographies locales, Lynch propose une vue d'ensemble de toute la conflictualité agricole. Pour ce faire, il s'appuie sur des archives administratives centrales, mais au lieu d'utiliser seulement les sources, classiques, du ministère de l'Intérieur, il mobilise aussi celles du ministère de la Justice, en particulier de la direction des affaires criminelles et des grâces, qui réunissent toutes les enquêtes initiées par les parquets et remontées à Paris en vue de décider ou non d'engager des poursuites.

De facture classique, l'ouvrage comporte quatre parties chronologiques. La première (1870-1914) décrit les premières grèves de salariés agricoles puis les grands conflits viticoles qui embrasent le Midi, à la base d'un double processus de nationalisation des contestations et de maîtrise progressive des codes médiatiques. La partie suivante (1920-1940) montre la tendance à la politisation des luttes, sur fond d'agrarisme et de violence maîtrisée. La troisième (1945-1966) dépeint la radicalisation et la diversification des insurrections agricoles (barrages, luttes intersociales, etc.). La dernière période (1967-1977) voit la généralisation des manifestations-destructions, avec des années 1967 et 1974-76 particulièrement explosives, et des pouvoirs publics restant d'une grande mansuétude.

Dans l'épilogue, l'auteur prolonge son analyse jusqu'à aujourd'hui. Il souligne que le recours à l'action directe reste une spécificité du monde agricole, mais que les dernières décennies se caractérisent par une baisse régulière de la violence et de la logique de confrontation, et ce pour plusieurs raisons : chute de la démographie agricole, reconfigurations du métier, affirmation de nouveaux défis environnementaux ou sanitaires, le tout sous l'œil de réseaux sociaux prêts à stigmatiser n'importe quelle brutalité, même minime et involontaire.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions Vendémiaire

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06/09/2019

Hautes solitudes. Sur les traces des transhumants, Anne Vallaeys

Auteure d'enquêtes et essais remarqués, Anne Vallaeys raconte dans cet ouvrage sa longue marche, depuis Arles jusqu'au Laverq, sur les anciens chemins de la « grande transhumance ». Au fil d'une vingtaine de journées, s'étirant sur près de quatre cents kilomètres, elle livre ses réflexions et émotions, ses belles rencontres ou tristes constats. Elle n'a pas son pareil pour décrire les paysages, la végétation, la faune sauvage ou domestique. On se repose avec elle dans les bourgs-étapes, à la découverte des produits locaux et de l'esprit des lieux.

Cette marche est aussi un prétexte pour décrire le pastoralisme d'hier (et d'aujourd'hui), pour conter la grande légende des transhumants. En suivant la routo qu'empruntaient les brebis pour gagner les alpages, Vallaeys fait revivre les traditions disparues. Telle vallée, tel pont, telle fontaine sont des accroches d'où resurgit le passé, à travers photos, vieux livres et témoignages. Tout reprend alors vie, par bribes : les bergers, le « grand troupeau », le vacarme de sonnailles et de bêlées, l'accueil festif des villages traversés. Il fut interdit, en 1974, de mener les troupeaux à pieds, et c'est maintenant en bétaillères que les brouteuses gagnent les estives...

Lien : Éditions La Table Ronde

16:05 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : vallaeys, transhumance, pastoralisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

Un cadre conceptuel d'analyse de l'impact de la robotisation sur l'emploi et le travail agricoles

Déterminer les conséquences de la robotisation sur les emplois et les métiers en agriculture nécessite un cadre d'analyse spécifique, différent de celui utilisé pour l'industrie ou les services. Alors que l'avancée de la robotique vise des tâches plus qualifiées qu'auparavant, l'impact de l'introduction de ces technologies dans les exploitations reste difficile à évaluer.

C'est pourquoi une équipe européenne de chercheurs a travaillé à l'élaboration d'un cadre conceptuel spécifique, en abordant méthodiquement chacun des aspects induits par cette introduction : particularité de l'agriculture au regard des tâches automatisables, arbitrage entre coût du travail et coût de l'automatisation, degré de substitution ou de complémentarité entre robots et humains, adéquation de l'automatisation en fonction du type de tâche, du degré de routine et des contenus cognitifs, différenciation selon le niveau de développement économique du pays.

Impacts de l'automatisation sur les types d'emplois en agriculture

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Source : Biosystems Engineering

Pour chaque axe étudié, les auteurs ont établi les conditions, contraintes et relations entre travail et technologie, proposant un cadre procédural pour des évaluations quantitatives des emplois touchés (en nombre et en qualité) par l'adoption de l'automatisation en agriculture.

Source : Biosystems Engineering

16:01 Publié dans Agriculteurs, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : automatisation, robotisation, emploi, travail |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/07/2019

Les zones grises des relations de travail et d'emploi, Marie-Christine Bureau, Antonella Corsani, Olivier Giraud, Frédéric Rey (dirs.)

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Alors que l'emploi et le travail connaissent d'importants changements, notamment dans le sillage de la digitalisation de l'économie, ce dictionnaire fait un état des lieux des connaissances sociologiques sur les mutations à l’œuvre et les problématiques qu'elles soulèvent. Bien que de portée générale, il comporte de nombreuses références directes à l'agriculture, à la fois en tant que secteur emblématique de certaines situations d'emploi et structurant dans l'histoire du travail, de par son poids dans l'économie jusqu'à la moitié du XXe siècle.

Une entrée thématique est par exemple consacrée aux saisonniers agricoles. Par ses spécificités, le CDD saisonnier, majoritairement utilisé en agriculture, institutionnalise la discontinuité dans la relation d'emploi, tout en autorisant une certaine régularité. Ainsi, certains saisonniers travaillent pour un même employeur, d'année en année. Leurs conditions de vie précaires, doublées d'une faible visibilité sociale et politique, ralentissent leur accès aux droits sociaux. S'adressant à des publics peu qualifiés ou fragilisés, ces types d'emplois favorisent, selon les auteurs, la mise à distance d'un travail qui, autrement, pourrait devenir insoutenable.

Le travailleur agricole, indépendant ou salarié, est également replacé, par divers articles, dans un contexte d'évolutions plus larges : pluriactivité, travail des femmes dans les entreprises familiales, travail indépendant et relation de subordination, contours de la catégorie de travailleur indépendant, etc. Même lorsque l'agriculture n'est abordée que de façon incidente, l'analyse éclaire les dynamiques à l’œuvre dans ce secteur, comme l'illustre l'article sur les « travailleurs indépendants économiquement dépendants » (TIED). Sans être récentes, ces relations d'emplois hybrides, entre salariat et indépendance, sont observées avec plus d'attention depuis les années 2000 (OIT, Commission européenne). Elles interrogent les catégories statistiques, mettent à l'épreuve les juristes et ont débouché, dans certains pays (Allemagne, Espagne, etc.), sur la création d'une nouvelle catégorie de travailleurs, dotée d'un statut spécifique visant à mieux les protéger. En France, une récente publication de l'Insee montre ainsi que le secteur agricole présente la plus forte proportion de TIED : plus de 40 % des agriculteurs se disent fortement dépendants d'un fournisseur ou d'un client, voire, plus rarement, d'un intermédiaire. Plus largement, ces dépendances se traduisent par des contraintes organisationnelles fortes.

Relations de dépendance selon le secteur d'activité

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Source : Insee

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Lien : Editorial Teseo

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Quels agriculteurs utilisent un smartphone, et pour quoi faire ? Des résultats intéressants d'une enquête allemande

Les résultats d'une enquête sur l'usage de smartphones, menée sur plus de 800 agriculteurs allemands, ont été publiés récemment dans Precision Agriculture. Alors que leur utilisation comme interface en agriculture de précision, dans les pays en développement, font régulièrement l'objet de publications, ce n'est pas le cas dans les pays développés où les infrastructures et les micro-ordinateurs sont largement répandus. Les auteurs ont cherché à vérifier si les critères de recours aux smartphones étaient similaires à ceux déjà repérés pour l'agriculture de précision : type d'exploitation, degré de familiarisation avec les TIC, capital humain, localisation, etc. Au-delà du profil type de l'agriculteur utilisateur, ils ont également déterminé les usages qui en étaient faits.

Si les agriculteurs allemands sont en moyenne moins bien équipés que la population générale (59 % contre 74 %), la moitié des détenteurs utilisent des applications liées à la gestion de leur exploitation. De façon attendue, les plus jeunes et les plus éduqués sont également les plus familiarisés avec ces appareils. La taille de l'exploitation et sa localisation interviennent également, les chefs des grandes exploitations du nord et de l'est de l'Allemagne étant plus enclins à utiliser cette technologie.

Source : Precision Agriculture

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