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11/05/2021

Évaluation des effets de la PAC sur le renouvellement des générations d'agriculteurs

Face au problème du vieillissement des agriculteurs de l'Union européenne, la Commission a commandé une évaluation pour savoir si la PAC favorisait le renouvellement des générations, le développement local et l'emploi dans les zones rurales. Il en ressort que les instruments de cette politique publique produisent globalement les effets attendus, mais de façon variable selon les territoires et le contexte socio-économique des pays, et qu'ils sont plus adaptés aux transferts des exploitations au sein du cadre familial qu'à une cession de celles-ci à des tiers. Par ailleurs, l'accès à la terre reste le principal obstacle à l'installation, dans un contexte de marché du foncier atone. La Commission souligne également l'importance des réglementations nationales pour traiter les questions de renouvellement générationnel. Il s'agit par exemple du rôle des régimes de retraite dans la préférence des agriculteurs à rester actifs et continuer à percevoir les aides au revenu (premier pilier de la PAC) plutôt que leur retraite.

Proportion des agriculteurs de moins de 35 ans (en haut) et de plus de 65 ans (en bas)

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Source : Commission européenne (Direction générale de l’agriculture, Eurostat)

Source : Commission européenne

Le travail détaché, un facteur de recomposition du salariat agricole

Le salariat migrant présent dans les filières arboricoles et maraîchères se renouvelle, depuis près de vingt ans, du fait de l'instauration en 2003 des prestations de services internationales (PSI), qui permettent la mise à disposition temporaire de travailleurs par des entreprises localisées dans un autre pays de l’Union européenne. Un article publié dans la Nouvelle revue du travail en avril 2021 (numéro consacré au travail en agriculture) explore les différences, en Provence, entre le travail détaché et le recours à l’emploi saisonnier. L’un et l’autre ont pour origine la recherche de coûts salariaux moindres, mais le premier se caractérise par une externalisation de « la fonction RH » (recrutement, paie, remplacement), prise en charge par une entreprise de travail temporaire. Objet de contournements (embauche directement par l’employeur à la suite d’un détachement), la PSI a favorisé la diversification de l’origine nationale des populations laborieuses migrantes, et même la sédentarisation de certaines d’entre elles en lien avec l’activité agricole, à l’instar de populations latino-américaines en Provence.

Source : Nouvelle revue du travail

10/05/2021

Les paiements des mesures agro-environnementales : stables, croissants ou décroissants dans le temps ?

Les mesures agro-environnementales (MAE) offrent aux agriculteurs des paiements annuels, dont les montants sont stables sur une période déterminée (ex. 100 €/an/ha pendant 5 ans). Dans le même temps, elles sont un fort levier de transition agro-écologique des exploitations. Dans ce cadre, des séquences de paiements croissants ou décroissants pourraient s'avérer plus efficaces, pour accompagner le changement de pratiques, et être préférées par les exploitants.

Des chercheurs et chercheuses d'Inrae ont donc conduit une expérience (voir figure) pour tester différentes séquences de paiements. 123 agriculteurs de Charente-Maritime y ont participé, chacun devant choisir entre plusieurs MAE ciblant la couverture des sols, les diverses options étant présentées sur des cartes de choix. Les résultats, publiés dans le numéro de mai de la revue Ecological Economics, montrent que les agriculteurs sont satisfaits des paiements stables dans le temps, et que certains exploitants (les plus patients et les moins averses au risque) semblent défavorables aux paiements décroissants. Ces résultats suggèrent qu'il n'y aurait donc pas lieu d'introduire une progressivité ou une dégressivité des aides des MAE pendant la durée d'engagement de l'agriculteur.

Exemple de carte de choix

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Source : Ecological Economics

Lecture : l'agriculteur doit choisir entre le contrat A, le contrat B et le statu quo. Par exemple, dans le cas du contrat A, la technique de semis du couvert est imposée, le couvert doit être mis en place pour 3 mois, le paiement annuel moyen est de 160 €/ha et le paiement est décroissant de la première à la cinquième année.

Source : Ecological Economics

Un portail pour accéder aux principales statistiques sur les métiers

Utilisant différentes enquêtes sur l'emploi et la population, la Dares (ministère du Travail) propose un portrait statistique des 225 métiers de la nomenclature des familles professionnelles (FAP). Il propose des cartes, graphiques, tableaux et analyses (exemple ci-dessous). Plusieurs de ces analyses relèvent du périmètre du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. À chaque fois, le portail documente la situation récente (2019) et les changements observés depuis 2004. Différents indicateurs sont mobilisés, notamment l'évolution de l’emploi, sa qualité, le salaire moyen, le niveau de diplôme, la répartition géographique, etc.

Comparaison des horaires de travail « atypiques » de la catégorie « Agriculteurs, éleveurs, sylviculteurs, bûcherons » avec l'ensemble des 225 métiers

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Source : Dares

Source : Dares

 

15:54 Publié dans 4. Politiques publiques, Agriculteurs, IAA, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : dares, métiers, emploi, agriculteurs, iaa |  Imprimer | | | | |  Facebook

Tomate sous serre et insectes auxiliaires : des marchés en co-construction

Un article de L. Bonnaud (Inrae) et G. Anzalone (ESA d'Angers), paru dans le numéro d'avril 2021 du Journal of rural studies, analyse la co-construction de deux marchés, celui de la tomate sous serre et celui, en plein développement, des insectes auxiliaires (prédateurs des ravageurs, pollinisateurs). Il met notamment en évidence le rôle du conseil technique apporté par les organisations de producteurs et par les représentants technico-commerciaux des fournisseurs d'insectes.

Source : Journal of rural studies

15:52 Publié dans Agriculteurs, Agronomie, IAA, Production et marchés | Lien permanent | Tags : insectes, iaa, agriculture, marchés |  Imprimer | | | | |  Facebook

20/04/2021

Évaluation des Programmes de développement rural 2014-2020 sur le transfert de connaissances, le conseil et l'innovation

Alors que la prochaine programmation de la Politique agricole commune (PAC) est en cours de négociation, la Commission européenne a récemment mis en ligne une évaluation des Programmes de développement rural (PDR) sur l'échange de connaissances, le conseil et l'innovation dans les secteurs agricole et forestier, et dans les zones rurales. Ce travail comportait seize questions évaluatives portant sur la logique d'action, l'efficacité, l'efficience, la pertinence et la cohérence des mesures déployées. Il a mobilisé une grande diversité de méthodes qualitatives (revue de littérature, entretiens avec les parties prenantes, enquêtes auprès de bénéficiaires, études de cas) et quantitatives (analyse de données).

L'évaluation montre que la part des budgets des PDR consacrée au transfert de connaissances, au conseil et à l'innovation, bien qu'en augmentation par rapport à la précédente programmation, demeure faible (en moyenne 3,68 % du budget total). De plus, les ressources allouées sont peu mobilisées, en raison de lourdeurs administratives. Pour autant, ces actions semblent avoir des résultats prometteurs : le nombre d'heures de formation dispensées et celui d'agriculteurs formés par euro dépensé sont en augmentation au niveau européen. Plus spécifiquement, l'évaluation met en exergue le succès du Partenariat européen pour l'innovation (PEI), qui vise notamment à réunir chercheurs, conseillers et agriculteurs au sein de groupes opérationnels : l'objectif de 3 200 groupes devrait être atteint d'ici la fin de la programmation. Les impacts de ces dispositifs sont toutefois difficiles à apprécier et ils demeurent vraisemblablement faibles : les études de cas montrent qu'ils ne touchent qu'une petite partie des professionnels.

En conclusion, les auteurs formulent douze recommandations. Plusieurs d'entre elles visent à élargir le périmètre des agriculteurs touchés par ces mesures afin d'en renforcer les effets, par exemple : garantir l'accès de tous à un service de conseil, en mobilisant pour cela les ressources financières nécessaires ; concevoir des dispositifs spécifiquement dédiés aux publics éloignés des dispositifs classiques.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Commission européenne

Recours au conseil payant en agriculture en Australie

Un article de Land Use Policy analyse le recours au conseil agricole rémunéré, en Australie, à partir d'une enquête menée auprès d'un échantillon de plus de 1 000 agriculteurs. Les auteurs suggèrent que les résultats sont transposables au cas européen. En effet, si les agriculteurs australiens peuvent disposer de conseil privé, progressivement déployé depuis quarante ans, leurs homologues européens se voient de plus en plus souvent proposer de telles prestations.

Les travaux publiés s'inscrivent dans une recherche plus large, visant à mieux identifier les conditions d'accès au conseil en Australie et son impact sur les exploitations selon différentes modalités d'accès : payant ou non, direct ou via les entreprises d'amont et d'aval, ou encore par le biais de collectifs d'agriculteurs. L'analyse dépasse le cadre du calcul du consentement à payer pour s'intéresser aux motivations et aux freins du recours à un conseiller, en faisant appel à la « théorie du comportement planifié », et en situant le conseil dans son contexte général.

Les principales variables agissant sur la décision de recourir à un conseiller rémunéré à l'acte, selon la théorie du comportement planifié

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Source : Land Use Policy

Le questionnaire a été mis au point par des groupes de travail associant agriculteurs (de profils variés) et des représentants des acteurs du conseil australien (entreprises amont/aval, syndicats, administrations, etc.). Partant d'un échantillon stratifié des exploitations agricoles, la moitié des réponses a été collectée par internet, l'autre par téléphone. Un premier tiers des répondants n'a pas recours aux conseillers rémunérés à l'acte, le deuxième tiers y recourt parmi d'autres types de conseils alors que pour le troisième c'est son principal moyen d'accéder au conseil.

En estimant le poids des différents facteurs explicatifs, les auteurs montrent que la propension à utiliser les services payants est plus importante pour les agriculteurs à la tête d'exploitations en phase de développement, ayant au moins un diplôme du 1er cycle d'enseignement supérieur et dont les revenus sont plus élevés que la moyenne. Ce sont aussi ceux qui pensent le plus souvent qu'un paiement est un gage d'efficacité. Cependant, les opinions de leurs pairs ou des membres de leur famille ont une influence notable sur leur choix. Enfin, pour la plupart d'entre eux, le paiement n'est pas un facteur limitatif alors que l'accès géographique au conseil, lié aux distances à parcourir, constitue un réel obstacle. Pour les auteurs, ces résultats doivent permettre de mieux cibler les politiques publiques en identifiant les réticences et les freins du recours au conseil.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Land Use Policy

17/03/2021

La filière lait biologique à l'heure du changement d'échelle

Présenté lors des dernières Rencontres recherches ruminants (3R) et publié récemment, cet article dresse un état des lieux de la filière laitière en agriculture biologique (AB), depuis ses débuts dans les années 1990 jusqu'à aujourd'hui, où le marché dépasse le milliard d'euros. La production de lait bio a connu un véritable essor dans la dernière décennie : la part des exploitations en AB dans l'ensemble des livreurs de lait a été multipliée par 5 (dépassant 7 % des exploitations début 2020), et la part des volumes par 4. Traitements de données et entretiens auprès des opérateurs ont permis aux auteurs de retracer cette évolution, d'un bout à l'autre de la filière.

Partant d'un petit socle d'exploitations, la croissance s'est déroulée en trois vagues de conversion successives (voir figure). Au début des années 2000, la première a constitué une réponse aux crises sanitaires vécues par le secteur bovin, et a été soutenue par les Contrats territoriaux d'exploitation (CTE). Après une phase stable, la crise économique de 2009 a encouragé une deuxième vague de conversions. La stabilité du prix du lait bio rendait cette démarche d'autant plus attractive que les conditions du marché se dégradaient en lait conventionnel. Enfin, dans un contexte comparable à celui de 2009, le secteur a connu une troisième vague de conversions massives entre 2017 et 2019.

Évolution de la collecte de lait biologique française

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Source : 3R 2020

Les débouchés du lait produit en AB, essentiellement destiné aux ménages, ont progressivement absorbé ces hausses de production. Entre une demande en croissance régulière et les à-coups des volumes produits, l'équilibre entre offre et demande est néanmoins parfois difficile à établir, surtout compte tenu des délais de conversion des exploitations. Le lait liquide est, depuis l'émergence de la filière, un pilier de la valorisation en AB, absorbant plus du quart des volumes collectés (10 % en conventionnel). Le beurre, les crèmes et l'ultra-frais connaissent par ailleurs des croissances très dynamiques. En revanche, la transformation fromagère plafonne en AB à 10 % de la collecte (contre 33 % tous laits confondus). Le mix-produit de la transformation biologique reste déséquilibré et il ne permet pas une valorisation totale de la partie protéique du lait. Selon les auteurs, la taille atteinte par la filière doit aujourd'hui lui permettre de diversifier l'offre de produits finaux pour atteindre cet équilibre et prolonger cette dynamique.

Jean-Noël Depeyrot, Centre d'études et de prospective

Source : Rencontres recherches ruminants 2020

 

13:09 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, Production et marchés | Lien permanent | Tags : lait, agriculture biologique, bio |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/03/2021

L'agriculture australienne face à cinq mégatendances mondiales d'ici à 2040

Le ministère australien de l'agriculture, de l'eau et de l'environnement a publié, en février, un rapport dégageant cinq grandes évolutions (« mégatendances ») de la situation mondiale et leurs implications pour le secteur agroalimentaire du pays d'ici 2040.

Tout d'abord, le fort développement des classes moyennes en Asie (Chine, Inde, Indonésie) augmentera la demande d'une alimentation diversifiée, à forte teneur en protéines, et présentant des garanties vérifiables de qualité (éthique, bien-être animal, qualité sanitaire, protection de l'environnement). L'Australie a des atouts pour bien se positionner sur ces marchés mais elle devra maintenir sa réputation de hautes qualité sanitaire et performance environnementale.

Ensuite, le monde futur se structurera autour de sept pôles (États-Unis, Union européenne, Chine, Brésil, Inde, Indonésie, Brésil), induisant des relations plus complexes, donc incertaines, et une plus grande volatilité des prix. Combiné à la perte de confiance en la science, les administrations, les médias et les entreprises, ce phénomène favorisera des politiques publiques protectionnistes, avec lesquelles les entreprises australiennes devront composer pour exporter.

Niveaux de méfiance envers les institutions

Australie-bis.jpg

Source : Edelman trust barometer 2020

Lecture : les pays sur la partie droite, majoritairement occidentaux, affichent un degré de confiance dans les institutions plus faible que la moyenne des 28 pays représentés, et inversement pour les pays sur la partie gauche.

Troisièmement, l'augmentation du progrès technique se poursuivra, et donc aussi celle de la productivité et de l'efficience en matière d'utilisation des ressources. Bien que déjà très performante sur ce point, l'Australie devra maintenir son effort de recherche et développement pour rester compétitive.

Par ailleurs, les événements liés au changement climatique à l’échelle locale comme mondiale s'accentueront, créant des opportunités (rémunération de services écosystémiques, demande croissante d'une alimentation décarbonée) mais aussi des risques (volatilité des prix agricoles).

Enfin, les connexions entre producteurs, distributeurs et consommateurs se renforceront, en raison notamment de l'explosion de la collecte et de l'analyse de données, permettant une gestion optimisée de la production comme une meilleure traçabilité des denrées. Selon les auteurs, le pays devra réinventer son système de data en agriculture pour se maintenir à jour.

Si, dans l'ensemble, les auteurs jugent l'Australie en mesure de faire face à ces évolutions, leurs analyses apportent également des éclairages intéressants pour envisager les trajectoires d'autres pays.

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Australian Governement, Department of Agriculture, Water and the Environment

10/03/2021

La peste porcine africaine en Chine et ses conséquences

L’Académie d’agriculture de France et l’Académie vétérinaire de France ont organisé une séance, le 3 février 2021, sur l’épizootie de peste porcine africaine (PPA) en Chine et ses conséquences locales comme mondiales. Après un exposé de Marie-Frédérique Le Potier (Anses) sur cette maladie, son épidémiologie et les moyens de lutte, Jean-Christophe Audonnet (Boehringer-Ingelheim), Jean-Marc Chaumet (Idele) et Boris Duflot (Ifip) ont présenté ses conséquences sanitaires et économiques en Chine et dans le monde.

La Chine reconnaît officiellement l’abattage de 1,2 million de porcs depuis le déclenchement de l’épizootie, en 2018, mais la moitié du cheptel national (soit 250 millions de têtes) serait en fait concernée, autrement dit le quart de l’effectif mondial, selon J.-C. Audonnet. En l’absence de vaccin, la Chine prend des mesures prophylactiques. La création de porcs génétiquement résistants à la PPA semblant illusoire, les autorités publiques prônent le remplacement de multiples abattoirs locaux par des abattoirs industriels de grande capacité. De la même façon, elles privilégient la disparition des petits élevages au profit de « mégafermes » dotées de dispositifs de biosécurité de haut niveau : un ensemble de 22 bâtiments avec 1 800 porcs par étage pourrait ainsi produire 2,1 millions de têtes par an. Selon l’intervenant, les animaux comme les personnels seraient isolés dans ces structures quasi-autonomes, avec des conséquences potentielles sur leur bien-être. Existant déjà pour la volaille, un projet de ferme automatique, où le personnel serait remplacé par des robots et de l’intelligence artificielle, est aussi à l’étude.

Sur le plan économique, J.-M. Chaumet montre que la chute de la production interne de viande porcine a entraîné une augmentation de son prix, qui s’est traduite par une hausse des prix des autres viandes (figure ci-dessous) avec, pour conséquence, une inflation croissante. Le gouvernement chinois, pour en prévenir les conséquences sociales, réalise des importations massives de viande porcine (deuxième figure ci-dessous), creusant ainsi son déficit commercial.

Évolution du prix de la viande en Chine

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Source : Abcis

Selon J.-M. Chaumet, la Chine cherche donc à rétablir son autonomie alimentaire en favorisant des élevages sur son sol, quitte à s’affranchir de certaines contraintes environnementales, ou en développant à son profit la production animale à l’étranger.

Importations chinoises de viande en valeur

chine viande 2.jpg

Source : Abcis

Franck Bourdy, Centre d'études et de prospective

Source : Académie d’agriculture de France

Stratégies de diversification et impacts sur le revenu des éleveurs laitiers suisses

Pour améliorer leur revenu, certains agriculteurs diversifient leurs activités, par exemple via la vente directe ou l'agritourisme. Dans un article publié dans le Journal of Rural Studies, des chercheurs suisses ont évalué l'impact de ces stratégies sur les performances économiques des exploitations. Pour cela, ils ont analysé les données comptables de 3 500 exploitations laitières helvétiques entre 2000 et 2015. Les tests statistiques réalisés montrent que l'agritourisme augmente significativement le revenu agricole global des structures (+37 %), ainsi que la productivité du travail (+23 %). En revanche, la vente directe ne semble pas entraîner d'amélioration du revenu global, sauf pour les exploitations situées en plaine. Elle conduit au contraire à réduire la productivité du travail, le supplément de main-d’œuvre qu'elle nécessite ne se traduisant pas nécessairement par un revenu supérieur.

Source : Journal of Rural Studies

09/03/2021

Brevets sur les innovations technologiques : la quatrième révolution industrielle s'accélère

Dans une étude récente, l'Office européen des brevets (OEB) s'intéresse aux inventions relatives aux technologies de la quatrième révolution industrielle (4RI) : les objets connectés intelligents. Ces technologies sont considérées comme des innovations de rupture ouvrant la voie à « l'économie des données ». Elles englobent l'internet des objets, le big data, l'intelligence artificielle et la 5G. Le dépôt de familles de brevets internationales (FBI) dédiées s'est considérablement accéléré ces dernières années : depuis 2010, leur croissance a été cinq fois plus importante que la moyenne des dépôts dans tous les autres domaines technologiques, jusqu'à atteindre 11 % des innovations brevetées dans le monde en 2018. Loin derrière d'autres domaines d'application (biens de consommation, services, automobile, etc.), le secteur agricole était très peu concerné par ces innovations en 2000. Toutefois, il bénéficie désormais de cette dynamique et, en 2018, comptabilise 384 FBI pour des technologies relatives à la 4RI : tracteurs connectés, drones intelligents, automatisation des serres, robots de traite avec capteurs sensoriels, etc.

Croissance mondiale des FBI par domaines d’application, 2000-2018

innovations tech.jpg

Source : OEB

Source : Office européen des brevets

11:04 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : big data, brevet, innovation de rupture |  Imprimer | | | | |  Facebook

Une étude évalue les difficultés de la PAC à encourager la gestion durable des sols

Dans le cadre d'une série d'évaluations de la Politique agricole commune (PAC), la Direction générale pour l'agriculture et le développement rural de la Commission européenne a publié, en février 2021, un rapport sur ses effets sur la gestion durable des sols. Réalisée par l'Institute for European Environmental Policy et Oréade Brèche, l'étude s'est appuyée sur une revue de la littérature et des données disponibles, sur des entretiens et des études de cas. Les conclusions soulignent qu'en dépit de la diversité des instruments et mesures fournies par la PAC, qui pourraient encourager une gestion durable des sols, peu d’entre eux sont imposés ou soutenus au niveau de l'Union européenne ou dans les choix de mise en œuvre des pays membres. Par exemple, certaines activités clés (rotations culturales diversifiées, etc.) ne font l'objet d'aucune mesure réglementaire. L'analyse des décisions des États montre que ces derniers accordent moins d'importance à la qualité des sols qu'à d'autres problématiques environnementales, comme l'eau ou la biodiversité.

Source : Commission européenne

11:00 Publié dans 2. Evaluation, 4. Politiques publiques, Agriculteurs, Agronomie | Lien permanent | Tags : pac, sols, durabilité |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/02/2021

L'implication croissante des Big Tech dans l'agriculture numérique

Dans son dernier rapport, l'ONG Grain s'intéresse à l'implication croissante des grandes entreprises technologiques, dites les « Big Tech », dans le secteur de l'agriculture numérique. Au premier rang d'entre elles figurent les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) et leurs investissements massifs dans ce domaine, ces dernières années. Les principaux engagements de ces entreprises dans ce secteur (services développés, investissements, acquisitions) sont ainsi recensés et analysés, au niveau mondial.

Google, Amazon et Microsoft ont notamment mis en place leurs propres plateformes dédiées, fournissant aux agriculteurs des données et des analyses en temps réel sur l'état des sols, la croissance des cultures, les conditions météorologiques à venir (exemples dans la figure ci-dessous). La qualité de ces conseils dépend de la quantité des informations dont ces firmes disposent. Aussi, des associations avec les entreprises développant du matériel technologique agricole (drônes, capteurs, tracteurs high-tech, etc.) leur permettent de bénéficier des données qui y sont collectées. Les grandes entreprises agro-industrielles vendant des intrants, quant à elles, proposent déjà des applications mobiles prodiguant des conseils sur l'utilisation de leurs produits, dont la personnalisation dépend des informations fournies par l'agriculteur lui-même, sur ses terres et ses pratiques. L'infrastructure numérique nécessaire à ces applications est mise à disposition par les mêmes acteurs de la Big Tech (services de cloud), enrichissant d'autant les informations récoltées pour leurs propres plateformes.

Exemples d'implications des GAFAM dans le secteur de l'agriculture numérique

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Source : Grain

Selon les auteurs, autour des données agricoles convergent les intérêts des fournisseurs d'intrants et de matériels (pesticides, engrais, tracteurs, drones, capteurs, etc.), et des Big Tech contrôlant les flux d'informations. Toutefois, cette chaîne de collecte ainsi constituée risque de déboucher sur des services de qualité inégale proposés aux agriculteurs par les plateformes. À travers leurs équipements technologiques, les grandes exploitations transmettent des informations en quantité suffisante sur leur périmètre : elles bénéficieront de conseils de meilleure qualité que ceux délivrés aux petites structures dans des zones déficitaires en données collectées.

Jérôme Lerbourg, Centre d'études et de prospective

Source : Grain

17:34 Publié dans Agriculteurs, IAA, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : gafam, agriculture 4.0, plate-forme |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/02/2021

Le Centre états-unien de recherche comportementale et expérimentale sur l'agro-environnement

Le Centre de recherche comportementale et expérimentale sur l'agro-environnement (Center for Behavioral and Experimental Agri-Environmental Research, CBEAR), basé à l'université du Delaware et à l'université John Hopkins, a été créé en 2014 pour utiliser l'économie comportementale et expérimentale à des fins d’amélioration des programmes agro-environnementaux nationaux. Son lancement a bénéficié d'un financement du service de recherche économique du ministère de l'agriculture des États-Unis (USDA). Depuis, le CBEAR a été nommé deux fois centre d'excellence par l'USDA.

Le CBEAR développe une stratégie « tester, apprendre, adapter », visant à améliorer la participation des agriculteurs aux programmes agro-environnementaux, leur satisfaction et les résultats de ces dispositifs, tout en réduisant leurs coûts. Pour ce faire, il développe quatre axes de travail : i) concevoir et développer des mesures agro-environnementales basées sur la preuve ; ii) conduire des expériences en laboratoire ou sur le terrain, pour tester les hypothèses des sciences comportementales et développer les connaissances scientifiques (carte ci-dessous) ; iii) former les chercheurs et les professionnels pour améliorer les mesures mises en œuvre ; iv) communiquer auprès des décideurs publics et des médias sur l'intérêt de prendre en compte les effets comportementaux. Il valorise ses résultats notamment via des Behavioral Insights Brief.

Communes dans lesquelles des agriculteurs ont participé à des expériences aléatoires de terrain du CBEAR

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Source : CBEAR

Le CBEAR a notamment piloté un projet, visant à tester différents types de communication pour encourager les agriculteurs à se renseigner sur les pratiques agricoles réduisant les émissions de gaz à effet de serre et à participer aux programmes mis en place par l'USDA en la matière. 10 000 producteurs de la région des Grands lacs ont donc été contactés pour tester différentes options. Certains recevaient une invitation à consulter un site internet pour en savoir plus, tandis que d'autres étaient conviés à participer à un webinaire. Très peu d'agriculteurs ont finalement participé à cet événement. Par ailleurs, le simple fait d'offrir aux producteurs la possibilité de suivre le séminaire a réduit de 50 % la probabilité qu'ils visitent le site internet, et qu'ils en apprennent ainsi plus sur les pratiques bonnes pour le climat (figure ci-dessous). Les chercheurs ont également étudié si, après de multiples tentatives par courriel, il était pertinent d'appeler les agriculteurs au téléphone. Les résultats n'ont pas montré d'effet significatif de ces appels. Ces résultats confirment l'intérêt de mener des tests à petite échelle avant la mise en œuvre de politiques publiques agro-environnementales.

Impact de l'invitation à un webinaire sur le nombre de visites du site internet

CBEAR2.jpg

Source : CBEAR

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : CBEAR

15:21 Publié dans Agriculteurs, Environnement, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : usda, agro-environnement, formation, etats-unis, portrait |  Imprimer | | | | |  Facebook