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19/05/2015

Santé publique et travail agricole : quels sont les mécanismes de la « production de l’ignorance » ?

 

Dans le sillage de plusieurs articles (voir un précédent billet sur ce blog) consacrés aux mobilisations d’agriculteurs « victimes des pesticides », François Dedieu (INRA) et Jean-Noël Jouzel (CSO) publient dans la Revue française de sociologie une contribution sur le dispositif de prévention des intoxications professionnelles en France. À partir de l’exemple de l’interdiction de l’arsenite de soude en 2001, les chercheurs entendent montrer « comment ce dispositif parvient à s’accommoder des savoirs ‘inconfortables’ susceptibles de remettre en cause ses arrangements institutionnels ordinaires », et mettre « en évidence les mécanismes par lesquels les organisations qui produisent ces savoirs offrent à leurs membres de ‘bonnes raisons’ de les ignorer, en désamorçant leur sens critique et en évitant d’œuvrer aux changements institutionnels qui devraient découler de leur prise en considération ». Leur travail débouche ainsi sur une intéressante réflexion sur les ressorts du changement institutionnel.

Lien : Revue française de sociologie

09/04/2015

Les agriculteurs dans la France contemporaine, revue Sociétés contemporaines

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Habituée à suivre de près les transformations des systèmes sociaux, la revue Sociétés contemporaines a sorti récemment un numéro consacré aux évolutions du monde agricole. Dans un long éditorial, la spécificité des objets et de l’histoire de la sociologie des agriculteurs est rappelée, ainsi que la faible visibilité de ses travaux malgré l’émergence récente d’une nouvelle génération de chercheurs. Mobilisant les méthodes et concepts habituellement utilisés pour l’étude des autres groupes sociaux, les quatre articles proposés insistent sur les différenciations internes de ce monde agricole et sur ses nouvelles interactions avec les autres composantes de la société.

L’intéressant article de Gilles Laferté (INRA-CESAER, Dijon) traite de « l’embourgeoisement agricole », en partant de l’exemple des céréaliers du Châtillonnais. Il montre comment certains exploitants, parmi les enfants de la grande modernisation des Trente Glorieuses, sont entrés dans un processus d’accumulation de capitaux (économiques, fonciers, sociaux, culturels), de diversification patrimoniale (achats d’appartements, placements financiers) et d’engagement socio-politique (fonctions électives, militantisme). Mais leur réussite est toutefois éloignée du modèle urbain de gentrification, car elle reste conditionnée par leur milieu d’origine : pas de résidence secondaire, peu d’attrait pour les vacances et les loisirs, priorité accordée aux investissements productifs et aux placements sans risque, préférence pour les esthétiques conventionnelles et le style néo-rustique. Malgré leur ascension sociale évidente, leurs voisins les voient comme des « parvenus », qui copient le mode de vie bourgeois tout en restant attachés à leur ethos agricole. Plus globalement, à l’échelle de la société, l’auteur rappelle « combien ces catégories sociales restent perçues comme populaires par des fractions plus légitimes de l’ordre social » (p. 46).

Le numéro comporte trois autres articles qui, comme le premier, explorent des zones de transformation et de modernisation du monde agricole. Ainsi, J.-B Paranthoën décrit les carrières de jeunes urbains devenus maraîchers, C. Bessière et S. Gollac analysent des « exploitations agricoles au travers de l’épreuve du divorce », et J. Mischi s’intéresse à la situation de cheminots issus de familles agricoles.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

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09:48 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/04/2015

Terre transmise. Histoires de passages de relais dans le monde agricole. Olivier Aubrée

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La transmission d’une exploitation agricole est un moment déterminant, pour le cédant comme pour le repreneur, et sa réussite dépend de nombreux facteurs plus ou moins maîtrisables. C’est ce que montre cet ouvrage, composé de huit récits relatant des expériences de passages de relais entre générations. L’auteur a rencontré, en diverses régions de France, des agriculteurs et agricultrices auxquels il donne longuement la parole et dont il dresse des portraits vivants et sensibles. Les configurations sont diverses et les parcours très différents, faits de craintes et d’espoir, de démarches administratives et de soutiens affectifs, de volonté d’autonomie ou de recherche de parrainage, d’allers-retours entre ville et campagne. Ce que montrent ces histoires singulières, c’est que la transmission de terres, de bâtiments et d’équipements s’accompagne souvent, aussi, de la transmission de valeurs, de visions du métier, de projets de vie, de conceptions de la nature, de rapports à l’espace et au temps.

Mais au-delà de ces situations de reprise, restituées avec empathie, ce livre nous renseigne plus largement sur les manières d’agir et de penser du monde agricole d’aujourd’hui. La place croissante des femmes et l’élévation du niveau de formation sont bien décrites, ainsi que la volonté d’améliorer les conditions de travail et les modes de vie, le souhait d’être mieux compris par la société et de retrouver une marge de pouvoir sur les acteurs de la transformation et de la distribution. S’expriment également, au fil des portraits, une farouche volonté d’autonomie, de fortes tensions internes à la profession et une nette tendance, dans l’adversité, à intérioriser les contraintes et à faire de nécessité vertu.

On regrettera néanmoins que ce livre ne s’intéresse qu’à des transmissions-transitions se déroulant sur plusieurs années (et pas à des successions brusques) et, plus encore, qu’il ne présente que des cas de reprises réussies et heureuses, ne se traduisant pas par des agrandissements ou démembrements. Il est dommage aussi qu’il soit principalement centré sur des exploitations petites et moyennes, en agriculture biologique, avec des exploitants très impliqués dans des circuits de proximité et de la vente directe : autant de spécificités qui caractérisent une certaine agriculture, mais qui n’est pas toute l’agriculture, et qui ne représente donc pas tous les cas de transmission…

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

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09:44 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : transmission |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/03/2015

Systèmes de connaissances pour les agriculteurs dans l’UE

Dans sa lettre d’information n°18 de février 2015, le Service Point du Partenariat Européen pour l’Innovation « agriculture productive et durable » présente les résultats d’un inventaire des Systèmes européens de connaissances et d’informations agricoles, qui traite plus particulièrement des services de conseil agricole dans les différents pays de l’Union européenne. Cet inventaire a été réalisé dans le cadre du projet Prospects for Farmers’ Support: Advisory Services in European AKIS (PRO-AKIS). Outre un rapport par pays (rapport sur le système français de conseil rédigé par P. Labarthe - Inra), ce projet a permis la construction d’une base de données et d'une carte à consulter en ligne reprenant les nombreux systèmes de connaissances auxquels participent les agriculteurs européens.

Le rapport de synthèse souligne la diversité des systèmes de conseil en Europe, très liés à l’histoire de chaque pays. Le niveau d’implication de l’État est variable, et, si quatre types d’institutions sont en général présents (le public, le privé, les farm boards organisations (chambres d’agricultures, syndicats, organisations de producteurs) et les ONG), leur importance relative diffère. Les sources de financement sont multiples et associent en général des fonds publics (européens, nationaux ou régionaux) et privés.

Selon le rapport, le public cible des organismes de conseil publics serait plutôt les exploitations moyennes et petites et les jeunes agriculteurs, les organisations privées (à but lucratif ou non lucratif), et les farm board organisations seraient davantage tournées vers l’ensemble des exploitations. De plus, de nouveaux clients pour le conseil sont apparus. Il s’agit des jeunes agriculteurs, des familles, des habitants ruraux, des émigrants, des femmes et des ONG.

Les sujets principaux de conseil sont les productions végétale et animale, la comptabilité, les taxes et les bonnes conditions agronomiques et environnementales. À ces domaines s’ajoutent les problématiques de diversification et de développement rural pour les exploitations de petites taille. Les nouvelles thématiques, à la fois en termes de conseil et de recherche, sont les énergies renouvelables, les OGM, l’agriculture de précision, le biogaz, l’adaptation au changement climatique, la gestion de la ressource en eau, de la biodiversité. Le rapport note également une tendance à la décentralisation et à la fragmentation des systèmes de conseil, notamment en France, en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Italie et en Pologne, à la commercialisation et à la privatisation du conseil et à l’augmentation de la concurrence entre producteurs de conseil avec une montée en puissance des ONG et des farm board organisations.

Chaque État membre était obligé d’établir un système de conseil national agricole pour adapter les exploitations aux bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE). Dans la majorité de ces États (23), ce conseil national est coordonné et supervisé par les pouvoirs publics. La plupart des États ont mis en place un système d’accréditation et de certification des conseillers. La mesure 114 « Utilisation des services de conseil agricole » a cofinancé des exploitants dans 20 États membres, seules l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Finlande, la France, l’Irlande et la Slovénie ne l’ont pas utilisée. Elle était jugée peu attractive par les agriculteurs étant donné les conditions de financement (petit montant d’aide, cofinancement obligatoire par l’agriculteur, pas de financement de la TVA). La mesure additionnelle 115 pour la mise en place de services de conseil a elle été utilisée dans deux länder allemands, certaines régions en Italie, à Malte, au Portugal et en Espagne.

Anne-Sophie Wepierre, Centre d’études et de prospective

Source : EIP-AGRI

10:24 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : pei, akis, systèmes de connaissance |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/03/2015

Quelles perspectives pour l’utilisation des drones en agriculture aux États-Unis ?

Dans un article publié récemment dans Food Policy, deux chercheurs de l’université du Tennessee reviennent sur le débat actuel entourant la question de l’utilisation des drones aux États-Unis. Si plusieurs observateurs prévoient notamment que 80 % des ventes domestiques de drones pourraient être à usage agricole, l’utilisation domestique fait face à une forte opposition, liée en particulier aux images diffusées sur les opérations des drones militaires, aux préoccupations de sécurité et aux craintes d’atteinte à la vie privée.

Cette publication montre que, suite au mandat donnée par le Congrès à la Federal Aviation Administration pour intégrer pleinement les drones à l’espace aérien américain, un nombre significatif de lois a été adopté par les États pour réguler cette utilisation. Certaines de ces dispositions peuvent avoir un impact potentiellement négatif pour l’agriculture, en créant une incertitude législative et/ou en interdisant ou réduisant fortement l’usage local de drones. Face à ce constat, plusieurs pistes sont évoquées : réduire l’incertitude légale, adopter un code industriel de conduite et de pratiques sûres, élaborer un consensus, via une discussion ouverte, pour équilibrer utilisation de drones et garanties sur la vie privée et les droits de propriété. Enfin, du fait du fort pouvoir de lobbying de cette industrie et du développement potentiel des drones en agriculture, les auteurs pensent qu’une réglementation pourrait prochainement autoriser cette utilisation en l’encadrant au niveau fédéral.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : Food Policy

09:52 Publié dans Agriculteurs, Agronomie | Lien permanent | Tags : drones, états-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

03/02/2015

Des chantiers et des projets pour poursuivre les travaux autour de « l'agriculture familiale »

Dans un rapport remis par Henri Rouillé d'Orfeuil à Annick Girardin et Stéphane Le Foll, la mission d'animation et de coordination de l'Année internationale de l'agriculture familiale (AIAF) fait le bilan de la mobilisation autour de ce sujet en France, et développe des propositions pour poursuivre le travail, mais aussi pour promouvoir la conservation et le développement de l'agriculture familiale.

Après avoir tiré le bilan de l'année 2014 et des nombreuses initiatives à l'échelle française comme internationale, les auteurs mentionnent sept chantiers d'importance pour l'avenir de l'agriculture familiale, déclinés en quinze projets. Il s’agit notamment d’améliorer la connaissance des agricultures familiales dans leur diversité et de promouvoir ces modes de production, dans la coopération internationale, comme vecteur de développement durable des zones rurales. Il est également nécessaire de développer des politiques publiques adaptées, pour favoriser l'organisation des producteurs, l'accès à la terre des familles, le renouvellement des générations et le développement de systèmes alimentaires territorialisés.

Source : ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt

10:31 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : agriculture familiale |  Imprimer | | | | |  Facebook

19/01/2015

Publication d’un rapport de la FAO sur Les jeunes et l’agriculture : principaux enjeux et solutions concrètes

Cette étude, parue fin 2014, a été menée conjointement par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA). L’objectif est de proposer aux acteurs de terrain un aperçu des solutions envisageables pour surmonter les difficultés rencontrées par les jeunes en agriculture.

L’analyse se structure autour de six enjeux majeurs :

  1. Accès au savoir, à l’éducation et à l’information ;

  2. Accès à la terre ;

  3. Accès aux services financiers ;

  4. Accès aux métiers de l’environnement ;

  5. Accès aux marchés ;

  6. Engagement dans les débats politiques.

Le rapport propose une série d’études de cas adaptées à chacun des enjeux et de nombreux exemples concrets mis en œuvre dans différents pays, dont, pour en citer quelques-uns :

- la mise en place par de jeunes entrepreneurs d’un service de SMS permettant aux agriculteurs kényans d’être informés en temps réel du prix des cultures, de les relier directement aux acheteurs et, ce qui est tout aussi important, de les relier entre eux afin qu’ils puissent mutualiser leur production et accéder à de plus gros marchés ;

- la création d’un fonds d’investissement public/privé pour aider les jeunes agriculteurs québécois ;

- un label « Youth Trade » pour faciliter l’accès aux marchés des jeunes entrepreneurs américains. Les exemples sont liés à un contexte précis, mais les auteurs insistent en conclusion sur la nécessité « d’une réponse intégrée cohérente » pour appuyer les jeunes qui débutent en agriculture.

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Céline Fabre, Centre d’études et de prospective

Source : FIDA

 

16:18 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : fao |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/01/2015

Revenu agricole réel par actif en 2014 : -1,7 % dans l’UE 28, +1,2 % en France

En 2014 dans l’UE 28, d’après les premières estimations publiées par Eurostat, le revenu agricole réel chuterait de 4 % suite à une baisse de 6 % de la valeur de la production végétale et de 0,9 % de la valeur de la production animale associée à une baisse de 3,6 % du coût des intrants. La diminution du nombre d’actifs agricoles (-2,3 %) permettrait de compenser en partie cette baisse. Ainsi, le revenu agricole réel par actif diminuerait de 1,7 %.

Cette moyenne européenne cache cependant des disparités importantes. Ainsi, trois nouveaux États membres (la Slovénie, la Hongrie et la République Tchèque) affichent les progressions les plus importantes du revenu agricole réel par actif (respectivement +13 %, +9 % et +7 %), alors que la Finlande et la Lituanie voient leur revenu agricole net par actif baisser de plus de 20 %.

Pourcentage de variation du revenu agricole par actif 2014 par rapport à 2013 (Indicator A)

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Source : Eurostat

En France, le concept européen de revenu agricole réel par actif correspond au concept de revenu des facteurs de la branche agricole par actif en termes réels des comptes de l'agriculture (le revenu des facteurs se déduit de la valeur ajoutée nette par l’ajout des subventions d'exploitation et le retrait des impôts à la production ; il mesure donc le revenu des facteurs de production, travail et capital). D’après les estimations prévisionnelles publiées par l’Insee, cet indicateur progresserait de 1,2 % en 2014. La valeur de la production agricole, y compris subventions, diminuerait de 0,9 % par rapport à 2013. En grandes cultures, l’augmentation des volumes de production serait associée à une forte baisse des prix. Seuls le lait et les vins bénéficieraient à la fois d’une hausse des volumes et des prix. Les charges baisseraient principalement en raison de la baisse des prix de l’alimentation animale et des engrais. L’emploi agricole continuerait lui à décroître (-0,9 %).

Anne-Sophie Wepierre, Centre d’études et de prospective

Sources : Eurostat, Insee

 

 

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16/12/2014

NTIC et information sur les prix agricoles : une étude de cas au Ghana

Le département de la Recherche de l’Agence française de développement (AFD) vient de consacrer, début décembre, le numéro 141 de sa collection « Documents de travail » à l’information sur les prix agricoles par la téléphonie mobile. Dans les pays en développement, les transactions « bord champ » sont encore monnaie courante. En effet, des réseaux routiers de mauvaise qualité isolent les petits producteurs installés en zone rurale, et il peut être difficile de se déplacer jusqu’aux marchés. Les commerçants itinérants peuvent alors profiter d’asymétries d’information sur les prix, au détriment des paysans.

Le texte de Julie Subervie (Inra) et Franck Galtier (Cirad) fait le point sur ces questions. Les auteurs passent en revue les travaux d’économie appliquée et expérimentale portant sur les effets de l’introduction des NTIC dans les pays en développement. Ils rapportent également les résultats d’une étude de cas au Ghana, à savoir une enquête auprès d’un groupe de producteurs dans le cadre d’un programme-pilote autour de la plateforme privée Esoko (base de données, information par SMS). Les résultats suggèrent « un effet significatif du SIM sur le prix de vente moyen : un gain de 12,7% en moyenne pour le maïs et de 9,7% en moyenne pour l’arachide ».

Comme on l’a vu dans les foyers d’innovation (États-Unis, Europe), l’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) permet de renouveler les Systèmes d’Information de marché (SIM) mis en place par les États et les organisations professionnelles. L’utilisation des téléphones mobiles, d’internet et des smartphones peut ainsi rendre les marchés plus transparents (équité). On peut aussi en attendre, d'après les prémisses de la théorie économique, des bienfaits en matière de régulation des prix (remontée d’information vers les services d’intervention, dans le cas des SIM publics) et d’allocation des ressources (réduction du gaspillage).

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : AFD

15:22 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : ntic, afd, ghana |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/12/2014

Phyto-victimes : approches sociologiques d’une mobilisation improbable

Les revues Sociologie du travail et La Nouvelle Revue du Travail ont publié récemment deux articles consacrés à l’association Phyto-victimes. Les risques liés aux produits chimiques phytosanitaires sont connus de longue date – l’existence d’un système d’autorisation de mise sur le marché et d’une politique de prévention des accidents de manipulation suffisent à l’attester. Mais ils font depuis quelques années l’objet d’un débat public renouvelé et soutenu.

Ces deux articles retracent l’histoire de l’association en analysant le parcours personnel des malades : « rupture biographique » que constitue la déclaration de maladie, nombreuses difficultés pour obtenir la reconnaissance comme « maladie professionnelle », échecs des démarches administratives, engagement dans la dynamique de l’association et « exploration » des voies d’action offertes par le droit (contre les fabricants ou la puissance publique). À partir d’entretiens approfondis avec les agriculteurs concernés et leur entourage, ils apportent des éclairages intéressants sur des « acteurs périphériques » qui ont permis de surmonter les obstacles à la mobilisation : journalistes engagés, juristes spécialisés dans les affaires d’intoxication en milieu professionnel, etc.

La mobilisation d’agriculteurs constitués en association de « victimes des pesticides » a joué un rôle important dans cette mise sur l’agenda public. Pour les sciences politiques, cette action collective est particulièrement intéressante car elle était « improbable ». Les répertoires d’action des agriculteurs sont en effet plutôt orientés vers un certain conformisme, avec une prise en charge collective des revendications par les syndicats représentatifs. De plus, le statut de profession indépendante ne facilite par les mobilisations communes et partagées. Enfin, la prescription de bonnes règles d’utilisation tend à renvoyer les cas d’intoxication vers l’erreur de manipulation, la négligence, etc., et donc à insister sur les comportements à risque des exploitants plutôt que sur la responsabilité publique collective.

Par ailleurs, notons que France-Culture a consacré une émission à ce sujet en septembre dernier, où interviennent d’autres chercheurs, Nathalie Jas et Christian Nicourt.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Sources :Sociologie du travail, La Nouvelle Revue du Travail

15:14 Publié dans Agriculteurs, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : pesticides |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/12/2014

Une légère hausse du nombre d’installations en 2013 mais qui ne compense pas les départs

La Mutualité Sociale Agricole vient de publier, début novembre, les derniers chiffres de l'installation en agriculture. Pour la MSA, la notion « d’installation » correspond à une première affiliation d’un individu en tant que débiteur de cotisations sociales. Selon cette définition, 13 200 exploitants agricoles se sont installés en 2013, contre 17 230 chefs d'exploitation qui ont cessé leur activité. Cette hausse de 6 % des installations, la première depuis trois ans, s’explique en partie par l’accroissement du nombre de départs à la retraite.

Les jeunes éligibles au dispositif d’aide à l’installation sont 6 800 en 2013, soit là aussi une hausse de 6,2 % par rapport à 2012. La superficie moyenne par jeune installé s’accroît, elle est de 35,5 hectares.

Les installations en sociétés sont toujours majoritaires : en 2013, 56,8 % des jeunes ont choisi de s’établir en société, principalement en EARL ou en GAEC.

À l’échelle régionale, la Corse, le Poitou-Charentes, la Champagne-Ardenne et la Picardie connaissent une hausse de leur nombre d’installations ; à l’inverse, l’Alsace et Rhône-Alpes ne bénéficient pas de la dynamique enregistrée en 2013.

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Céline Fabre, Centre d’études et de prospective

Source : MSA

 

15:11 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : msa, installations |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les derniers chiffres de l’emploi salarié dans les groupements d’employeurs agricoles

La MSA vient de publier une étude consacrée à la main-d’œuvre salariée dans les groupements d’employeurs agricoles de 2004 à 2013. Ces groupements permettent à de petites exploitations de se regrouper dans une structure tierce, pour embaucher un ou plusieurs salariés, afin de les employer en commun, à temps complet ou partiel.

En 2013, 68 200 salariés, représentant 22 094 équivalents temps plein (ETP), sont employés dans les 3 800 groupements d’employeurs agricoles, ce qui représente 7 % de l’emploi salarié du secteur de la production agricole. Ces établissements comptent en moyenne 5,8 ETP, et sont de taille supérieure à la moyenne de la production agricole nationale, qui est de 2 ETP. De plus, les contrats à durée indéterminée représentent 52 % du volume d’heures de travail.

Sept régions concentrent environ les trois quarts de l’emploi en groupements d’employeurs, les activités exercées par les salariés concernant essentiellement les cultures spécialisées dans le secteur de la production.

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Source : MSA

Enfin, depuis 2004, l’emploi en groupements d’employeurs connaît une hausse de 7 % par an en moyenne. Cette croissance s’explique par un double phénomène : l’augmentation du nombre de groupements d’employeurs et l’agrandissement de la taille des structures existantes.

Céline Fabre, Centre d’études et de prospective

Source : MSA

 

15:09 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : msa, groupements d'employeurs |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/12/2014

L'agriculture française : une diva à réveiller ? Jean-Marie Séronie

L'auteur de cet ouvrage paru récemment, ingénieur agronome et expert comptable, a eu des activités professionnelles fort variées, mais toujours dans le champ du conseil et de l'accompagnement des agriculteurs. Il a souhaité, en écrivant cet essai, rassembler et ordonner ses expériences, proposer quelques idées et ainsi contribuer aux débats sur l'avenir de l'agriculture française.

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Pour lui, notre agriculture est, comme certaines divas d'opéra, pleine de talents et de réussites, d'exigences et d'ambitions, mais après avoir été admirée et flattée dans le passé, elle risque aujourd’hui de se trouver « déconnectée de la réalité économique » et de « sombrer dans la dépression » (partie 1). La diva eut de brillantes performances, pendant plusieurs décennies, grâce à la conjonction de quatre facteurs : un milieu naturel aux grandes potentialités ; la recherche agronomique et le progrès génétique ; le savoir-faire et l'implication des agriculteurs ; les politiques agricoles mises en œuvre.Or, nous serions à la fin de cette période faste, perdant des places face à nos concurrents, d'où ce « manque de confiance », ce discours permanent de crise, cette « peur de l'avenir » de la part d'agriculteurs qui se sentent marginalisés, remis en cause dans leurs pratiques, et qui savent que leur métier va encore profondément changer.

Selon l’auteur, la reconquête nécessitera de relever cinq défis (partie 2). Tout d’abord, celui de la mondialisation, de l'alignement sur les marchés internationaux, de la financiarisation et de l’accélération du rythme des échanges économiques. Ensuite, celui du passage à une « entreprise agricole flexible », résistante, managée de façon stratégique et innovante. Troisièmement, il faudra « accepter des horizons agricoles » de plus en plus variés : apporteurs externes de capitaux, recours au salariat, gestion déléguée d’exploitation, etc. Le quatrième défi sera de concilier adaptation au marché et gouvernance territoriale, et de moderniser les structures de gestion, de représentation et de conseil. Enfin, J-.M. Séronie rappelle qu’il faudra gérer les contradictions découlant de la complexité croissante de notre société et des injonctions paradoxales adressées à l'agriculture : réconcilier quantité et qualité, productivité et environnement, nature et technologie, industriels et locavores.

Pour relever ces défis, il faudra, d’après l’auteur, engager des actions énergiques et soutenues dans deux grands domaines (partie 3). En premier lieu, il conviendra de généraliser le modèle du « chef d’entreprise agricole autonome » : spécialisation des compétences, gestion des risques, flexibilité statutaire, stratégies locales d’alliance, externalisation de certaines tâches, diversification des activités, mais aussi réduction du suréquipement et prise de distance avec la logique patrimoniale. En second lieu, il sera nécessaire de s’affranchir de la conception dominante héritée des années 1960, donc de se libérer du modèle « d’exploitation agricole familiale » en modifiant la fiscalité (actuellement « trop favorable aux immobilisations »), en promouvant un nouveau « régime d’impôt sur les sociétés agricoles », en rendant le bail « véritablement cessible de droit comme le sont les baux commerciaux », en favorisant une nouvelle gouvernance territoriale de l’agriculture.

En conclusion, l’auteur procède à quelques comparaisons internationales, et le bon état de santé des agricultures danoise et allemande l’amène à penser que leur modèle pourrait, demain, inspirer la France, à condition « d’accepter la réalité », « d’avoir confiance », de changer le « regard que les agriculteurs portent sur eux-mêmes », et de considérer que le « nombre d’agriculteurs » est moins important que leur puissance économique.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Source : Éditions QUAE

 

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07/11/2014

Sociabilités rurales à l'épreuve de la diversité sociale. Vincent Banos et Jacqueline Caudau

Ces dernières années, les questions de mixité sociale et de cohabitation des usagers ont surtout été abordées pour les espaces urbains, à commencer par les grands ensembles d'habitat collectif des banlieues. L'intérêt de cet ouvrage est d'appliquer cette problématique aux zones rurales et de montrer comment les campagnes, longtemps considérées comme des lieux privilégiés d'intégration et de sociabilité, sont elles aussi de plus en plus confrontées au brassage social. Comment les habitants de ces espaces et en particulier les agriculteurs, devenus très minoritaires, vivent-ils cette altérité ? Quelles sont les opinions et représentations véhiculées par les uns et les autres, ainsi que leurs stratégies d'évitement ou leurs modalités de coopération ?

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Pour répondre à ces questions, les auteurs ont réalisé plusieurs enquêtes, essentiellement en Dordogne, centrées sur des situations typiques de cohabitation : relations de voisinage, hébergement à la ferme, visites d'exploitations, vente directe et marchés, festivals des traditions rurales, réunions et animations publiques, etc. Ils ont également utilisé plusieurs méthodes de recueil d'informations (analyse documentaire, entretiens ouverts, questionnaires plus fermés, et surtout observation participante). Leur cadre théorique, directement inspiré de l'approche interactionniste et pragmatique, privilégie l'analyse des situations concrètes et quotidiennes d'échanges : modalités de construction des occasions de coprésence, ajustements normatifs et négociations implicites entre acteurs, tactiques des agriculteurs pour éviter les sujets qui fâchent et « ne pas perdre la face ».

V. Banos et J. Candau soulignent bien la grande diversité des initiatives favorisant les rencontres entre agriculteurs et non-agriculteurs, qu'elles soient portées par les collectivités locales, les organismes professionnels ou les institutions touristiques. Mais ils indiquent aussi que ces interactions sont souvent superficielles, fuyantes, factices, plus de l'ordre de l'échange de sensations que du vrai débat contradictoire, et qu'elles ne contribuent pas à fabriquer un « monde commun ». Ils insistent aussi sur le fait que les exploitants craignent moins d'être critiqués par les résidents et visiteurs urbains que par des acteurs de leur propre milieu. Enfin et surtout, ils montrent que les espaces ruraux sont travaillés depuis les années 1980 par un double processus d'écologisation et de patrimonialisation, que fleurissent les discours enchantés et enchanteurs mettant en avant leur « naturalité » et « authenticité », et que le marketing territorial vend aux urbains mobiles du terroir stéréotypé et du paysan muséifié. Les agriculteurs du Périgord tombent eux-mêmes dans le piège de cette mythologie ruralisante en surjouant l'autochtonie, manière pour eux de défendre leur statut face à leurs visiteurs. Finalement, pour les auteurs, notre société de réseaux et de flux, qui met en scène et « met en désirs » ses campagnes, y juxtapose les particularités plus qu'elle n'intègre la diversité.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Editions QUAE

 

 

 

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02/06/2014

Circuits courts aux États-Unis : l'essor des regional food hubs

La commercialisation locale des produits agricoles aux États-Unis ne représentait que 0,4% des ventes et 5,5% des exploitations en 2007, mais elle connaît une croissance exponentielle, notamment due à des politiques publiques favorables, d'après une récente présentation mise en ligne sur le site de l'USDA (United States Department of Agriculture).

Cette croissance est fortement tirée par la demande. De plus en plus de consommateurs cherchent à s'approvisionner localement, avec comme principales motivations la volonté de se procurer des produits meilleurs et plus sûrs, et le souhait de soutenir l'économie locale.

Le secteur de la restauration est fortement engagé : la National Restauration Association estime qu'en 2014, la principale tendance dans les restaurants américains est de proposer des plats faits à partir de matières premières locales. Les entreprises de la distribution sont également concernées, 87% des consommateurs considérant comme très important de pouvoir trouver des produits locaux sur les étals.

Parmi les producteurs engagés dans des circuits de distribution locale, seuls 18% commercialisent la totalité de leur production directement aux consommateurs. La moitié en revanche le font à travers des intermédiaires (restaurants, commerces, etc).

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Source : USDA

Cette évolution est accompagnée par l'USDA à travers une politique de mise en place de regional food hubs. Il s'agit de plateformes logistiques locales, fournissant un service en amont aux producteurs souhaitant intégrer des circuits locaux, et en aval aux commerces, restaurants et institutions cherchant à s'approvisionner localement. En parallèle, la politique de l'État consiste également en la promotion de la demande en produits locaux à travers les écoles, les hôpitaux et les bases militaires.

Alexandre Martin, Centre d'études et de prospective

Source : USDA