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10/03/2016

La difficile mise en mouvement des agriculteurs victimes des pesticides

Dans un billet précédent, nous avions signalé plusieurs travaux de science politique portant sur la « cause » des agriculteurs victimes des pesticides. Coline Salaris vient de mettre en ligne sa thèse, intitulée Mobilisations en souffrance. Analyse comparative de deux problèmes de santé publique : familles victimes du Distilbène et agriculteurs victimes des pesticides.

L’auteur déroule une comparaison entre les deux cas. L'idée de mettre en parallèle une affaire déjà bien connue et un problème qualifié d'émergent, est intéressante. La première partie de la thèse met en avant les « entraves à la victimisation » (déni, incompréhension, etc.) et décrit le chemin cahoteux qui part de l’identification mal assurée d’un problème personnel, passe par la rencontre d’autres malades (les « pairs » du « groupe latent »), et aboutit à la consolidation d’un « groupe nécessaire » autour du « ciment de la blessure commune ». La seconde partie aborde des enjeux organisationnels – division du travail entre associations, « bureaucratisation » des associations autour du « noyau originel » –, mais aussi la quête de relais dans les médias, dans le secteur académique et devant les tribunaux, pour se terminer sur les convergences entre action des victimes et politiques de santé publique.

« Se présenter comme victime et se mobiliser en tant que telle dans l’espace public ne va pas de soi », explique l’auteur. Étudier le « processus de victimisation » constitue « un préalable important à la compréhension des mécanismes de mise en œuvre des actions collectives victimaires ». À partir des cas traités, C. Salaris dégage ainsi des enjeux généraux aux niveaux individuel et collectif : « Individuellement, ce processus implique une intériorisation et une formulation identitaires consistant à donner du sens » à une épreuve existentielle. « Collectivement, il s’agit de construire un groupe » suffisamment solide et visible pour faire reconnaître par les autorités comme véritable problème de santé publique ce qui, au départ, apparaissait comme une infortune personnelle.

En fin de volume, de larges extraits d’entretiens sont opportunément reproduits.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : HAL Sciences de l'Homme et de la Société

10:02 Publié dans Agriculteurs, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : pesticides, santé publique, mobilisation, salaris |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/03/2016

Agriculteurs, métiers d'avenir ?

À l'occasion de l'édition 2016 du Salon International de l'Agriculture, France Culture s'est installée porte de Versailles. L'émission « Du grain à moudre » du 4 mars, animée par Hervé Gardette, s'interrogeait sur l'installation en agriculture. Alors qu'un agriculteur sur deux partira à la retraite dans les 10 prochaines années, « Faut-il avoir un grain pour devenir agriculteur ? » a confronté différents points de vue sur ceux qui s'installent aujourd'hui. Étaient invités Lucile Leclair, co-auteure de l'ouvrage Les néo-paysans, Pierre Meyer, jeune agriculteur, Michèle Roux, de la Confédération paysanne et Frédérique Elbé, proviseure d'un lycée agricole.

Leurs échanges ont permis de montrer la diversité accrue des profils des « jeunes » qui s'installent désormais. Ils ont également souligné une évidence : aux côtés des enfants d'exploitants qui reprendront le flambeau, de plus en plus nombreux sont ceux qui s'installent sans origine agricole, et avec une vision neuve de ce domaine professionnel. De fait, les agriculteurs sont aujourd'hui peu enclins à conseiller à leurs enfants de se lancer dans l'aventure. Si les jeunes ruraux restent nombreux à s'orienter vers les filières de l'enseignement agricole, beaucoup le font non pour s'installer mais pour se destiner à des métiers en lien avec l'agriculture. Ainsi, 35 à 40 % de ceux qui prennent la tête d'une exploitation ont plus de 40 ans et le font hors dispositifs d'installation, amenant les intervenants à s'interroger sur l'adéquation actuelle des critères retenus pour les aides à l'installation.

Source : France Culture

09:40 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : installation, france culture, métiers |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/12/2015

Un rapport de la FAO sur l’agriculture dans une zone de conflit

La FAO vient de rendre public le rapport d’une étude traitant de l’influence du conflit armé sur les exploitations agricoles dans l’est ukrainien. Les enquêteurs, déployés par une ONG locale, ont interrogé 648 exploitants, en se basant sur un échantillon représentatif d’exploitations vivrières et professionnelles, des deux côtés de la ligne de front séparant les territoires occupés des territoires sous contrôle de l’État ukrainien.

Les principaux résultats décrivent une situation particulièrement dégradée le long de cette ligne de front ainsi que dans les territoires occupés. L’accès au crédit et les problèmes de trésorerie rendent le financement des campagnes particulièrement difficile pour les agriculteurs professionnels qui ne peuvent plus se fournir en intrants, les prix de ces derniers ayant doublé. Les exploitations réduisent leurs cheptels bovins et s’orientent vers une production végétale encore plus extensive. L’autoconsommation joue plus que jamais un rôle de filet de sécurité alimentaire, dans un contexte de grande pauvreté monétaire, avec une intensification du travail agricole vivrier.

Les auteurs terminent par une série de recommandations, au premier rang desquelles la nécessité de réorganiser les filières d’intrants et de subventionner l’achat d’engrais et d'aliments pour le bétail. Dans un second temps, des aides pour l’achat de produits phytosanitaires, de cheptels et de machines agricoles seront nécessaires. D’après les experts de la FAO, 6 à 20 millions de dollars US seraient nécessaires pour éviter un effondrement du secteur agricole, qui aurait des conséquences économiques et sociales importantes.

Alexis Grandjean, Centre d’études et de prospective

Source : FAO

11:35 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : fao, ukraine |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/12/2015

Agriculture et monde agricole. Pierre Daucé

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Il est des livres-thèses, défendant une argumentation centrale de bout en bout, ou des livres-compilations, accumulant des idées et des faits relatifs à un sujet. Entre ces extrêmes, cette publication de Pierre Daucé (ancien chercheur INRA et ancien professeur à l'ENESAD et à l'ENSAR), est un bel exemple de livre-panorama, puisqu’il porte un regard circulaire sur l’histoire et sur l’avenir de l’agriculture française, en soulignant bien les débats et les défis, mais aussi les lignes de rupture et les marges de progrès qui structurent ce monde agricole.

Il commence en situant l’agriculture dans l’économie nationale, et rappelle que la production et les rendements croissent continûment depuis deux siècles, avec des exploitations plus grandes, plus mécanisées, qui participent aux échanges interindustriels et aux équilibres de la balance commerciale, mais ne représentent plus qu’une très faible proportion de l’emploi global et du PIB. Il prolonge son portrait par une description des nombreuses institutions et organisations agricoles (syndicats, coopération, mutualisme, etc.), et des non moins nombreuses politiques, réglementations, incitations, réformes, qui n’ont pas cessé d’encadrer ce secteur. Il s’intéresse ensuite aux productions, abondantes et diversifiées, fondées sur une mobilisation de plus en plus importante de capitaux, sur des structures sociétaires, de fortes spécialisations régionales et une différenciation marquée des statuts et des profils des actifs. Le chapitre suivant présente les grandes composantes du système agroalimentaire : production, distribution, consommation, filières, chiffres et règles du commerce international, marchés et prix, logiques de soutien public ou de libre concurrence. Le portrait se prolonge ensuite par des pages sur les conditions de vie en agriculture (famille, santé, retraite, accès aux équipements et aux services), les plus nombreuses étant consacrées à la mesure des revenus, à leur variabilité dans le temps et leur disparité selon les systèmes de production. Ce panorama se termine par une ouverture prospective sur les défis à venir pour l’agriculture française : les sources de tensions s’accumulent (environnement, développement rural, sécurité alimentaire, mondialisation), les jeux d’acteurs se complexifient, de nouvelles politiques apparaissent, et les modèles d’exploitation adaptés à ces changements restent certainement à trouver…

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : La Documentation française

10:32 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : agriculture, monde agricole, daucé |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/12/2015

Les consommateurs vont-ils bloquer le progrès technologique en agriculture ?

Sous ce titre un brin provocateur pour un lecteur français, la revue du think-tank Australian Farm Institute propose un dossier consacré à l’acceptabilité sociale des biotechnologies et de l’élevage intensif. L’ensemble de la publication est coloré par une orientation technophile. L’inquiétude à l’égard des marchés asiatiques, plus réticents aux OGM à mesure qu’ils se développent économiquement, retient particulièrement l’attention. La revue de littérature réalisée par une équipe de l’University of Southern Queensland rappelle que l’Australie possède des atouts commerciaux à faire valoir sur ces marchés (une « intégrité » et une « capacité à produire des produits alimentaires de qualité élevée », reconnues dans le monde entier). Les attentes des consommateurs asiatiques doivent toutefois être prises en compte dans l’analyse des évolutions technologiques et des OGM pour les exploitations australiennes. Les consommateurs asiatiques les plus aisés, dont le nombre augmente rapidement, sont en effet de plus en plus attentifs aux aspects sanitaires et, notamment, réfractaires aux OGM, en particulier en Chine.

Source : Australian Farm Institute

10:24 Publié dans Agriculteurs, Alimentation et consommation, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : australie, innovations, ogm, asie, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/11/2015

Publication d’une thèse : Agriculteurs et apprenants au travail. La transmission professionnelle dans les exploitations agrobiologiques, une approche par les configurations sociales et les situations d’interactions

Soutenue récemment par Fanny Chrétien, cette thèse en sciences de l’éducation s’intéresse aux dynamiques d’apprentissage des métiers agricoles et plus particulièrement aux canaux par lesquels s’opère la transmission de savoirs dans le champ de l’agriculture biologique. Dans un enjeu de renouvellement des générations en agriculture, elle avait pour objectif d’analyser la diversité des formes de transmission professionnelle par l’élaboration d’un modèle (construit à partir d’une enquête réalisée en exploitation maraîchère biologique) et d’une étude approfondie de trois cas de transmission dans des exploitations agrobiologiques.

Ce travail s’intéresse à des formes spécifiques de construction de savoirs, qui peuvent s’observer lors de transmissions, en particulier hors cadre familial, et qui se sont développées en dehors des institutions publiques et des structures officielles de formation, à l’instar des espaces tests agricoles. Enfin, cette thèse enrichit le débat sur les concepts et les définitions de ce qui fait professionnalité.

Sources : HAL, HAL

10:34 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : transmission, apprentissage, savoirs, formation |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/09/2015

Pourquoi les agriculteurs adoptent-ils des mesures agro-environnementales ?

Une méta-analyse parue dans Environmental Science & Policy étudie les facteurs pouvant inciter les agriculteurs à souscrire des mesures agro-environnementales (MAE) de la PAC. Les MAE permettent à des agriculteurs de bénéficier d’une compensation financière en échange de leur engagement dans certaines pratiques favorables à l’environnement : entre 2007 et 2013, environ 22 milliards d’euros ont été dépensés par les États membres au titre de ces mesures. Au vu de ces dépenses importantes, de nombreuses études se sont penchées sur l’évaluation et l’amélioration de ce dispositif, et les auteurs de cet article se sont appuyés sur les résultats d’études expérimentales sur les choix des agriculteurs européens, publiés entre 2000 et 2013.

Plus de 160 facteurs ont été identifiés et regroupés en cinq grandes catégories : facteurs économiques, structure de l’exploitation, caractéristiques du chef d’exploitation, perception des MAE par le chef d’exploitation, capital social. Leur influence sur le choix de l’agriculteur à participer ou non à une MAE a été évaluée.

Malgré des résultats assez hétérogènes (certains facteurs pouvant jouer positivement ou négativement sur la participation à une MAE suivant le contexte), des tendances se dégagent. L’expérience de la participation à un programme environnemental, un niveau de paiement élevé, le recours à un conseil spécialisé sont, par exemple, liés positivement aux MAE. A contrario, la dépendance à un revenu exclusivement agricole ou la présence d’un repreneur sur l’exploitation jouent plutôt négativement. Le rôle d’autres facteurs est plus incertain : par exemple, selon les cas, la souscription à des MAE sera favorisée par la présence d’exploitants jeunes et qualifiés, ou par celle d’exploitants plus âgés, conduisant une agriculture « traditionnelle ».

Cette hétérogénéité, directement liée à celle des MAE et des territoires dans lesquels elles s’appliquent, limite la possibilité de tirer des conclusions générales sur les facteurs favorables à une souscription massive. Cette revue de littérature n’en présente pas moins l’intérêt de recenser un grand nombre de ces facteurs et de mettre en lumière leurs liens avec la volonté d’un agriculteur de souscrire une MAE. Cela pourrait permettre d’améliorer la conception de ces mesures et de favoriser leur diffusion.

Clément Villien, Centre d’études et de prospective

Source : Environmental Science & Policy

12:33 Publié dans 4. Politiques publiques, Agriculteurs, Environnement, PAC | Lien permanent | Tags : pac, mae |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/09/2015

Inventaires naturalistes et biodiversité agricole

La dernière livraison d’Études rurales porte sur « les mondes des inventaires naturalistes ». Décrire, nommer, ordonner : de l’inventaire botanique au XVIIIe siècle, jusqu’aux inventaires globaux de la biodiversité, la revue trace un parcours original, qui passe notamment par l’Observatoire Agricole de la Biodiversité (OAB), créé en 2010. Suzie Deschamps et Élise Demeulenaere montrent que « la participation à l'OAB suscite chez les agriculteurs des expériences d’observation du vivant, qui contribuent à recréer des ‘’prises’’ sur leur environnement de travail ; elle accompagne la reconfiguration des relations professionnelles, notamment entre agriculteurs et conseillers ». Ainsi, « l’OAB participe au ré-ancrage des pratiques agricoles dans leur milieu, accompagnant ainsi l’évolution actuelle des paradigmes agricoles – de l’artificialisation au pilotage de la nature ».

Source : Cairn

11:06 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche, Environnement | Lien permanent | Tags : biodiversité, inventaire naturaliste |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/06/2015

Retour sur l’exemplarité de Vittel

L’article Revenir sur l’exemplarité de Vittel : formes et détours de l'écologisation d’un territoire agricole, publié dans la revue électronique en sciences de l’environnement VertigO en mai 2015, s’attache à comprendre les jeux fonciers qui se sont mis en place sur l’impluvium de Vittel-Contrex suite à l’instauration, par l’entreprise agroalimentaire, d’un vaste dispositif de maîtrise des pollutions d’origine agricole. L’auteure, Florence Hellec (Inra SAD), revient sur les conditions dans lesquelles ont été réalisées les acquisitions foncières et les contractualisations volontaires, et sur les conflits qu’elles ont déclenchés au sein de la profession agricole. Cet article illustre les limites de l’intervention d’un acteur industriel, quand l’intérêt économique prime sur les considérations sociales, et ce malgré l’implication de plusieurs organismes publics et parapublics. Il met également en évidence l’incapacité à produire collectivement et durablement les représentations et les conditions du changement technico-économique.

Source : VertigO

08:58 Publié dans Agriculteurs, Territoires | Lien permanent | Tags : vittel |  Imprimer | | | | |  Facebook

29/05/2015

Une expérience de motorisation partagée au Bénin par le biais des CUMA

La Fédération nationale des Coopératives d’utilisation de matériel agricole (FNCuma), la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont contribué à un rapport sur la pratique des Cuma au Bénin, publié fin avril. Ce rapport reprend l’historique et le fonctionnement des Cuma, ceux de leur réseau au Bénin et du partenariat franco-béninois. Il analyse les conditions de la pérennité de cette initiative et les conséquences de la motorisation sur l’activité agricole.

Suite à la création de la première Cuma en 1997, il existe aujourd’hui une centaine de coopératives béninoises regroupant environ 850 membres. Bien que le contexte socio-économique et institutionnel soit radicalement différent, l’objectif d’accès à la motorisation pour accroître la productivité agricole est le même que celui qui a prévalu en France après-guerre. Dans les deux pays, cette organisation est volontaire et repose sur de petits groupes solidaires d’agriculteurs : investissement en commun dans les équipements, organisation collective pour les utiliser et structuration en réseau (formation, représentation, échanges de pratiques). En effet, bien que les Cuma béninoises relèvent d’un modèle organisationnel « importé », les enquêtes menées mettent en évidence des groupes qui s’appuient sur une dynamique endogène forte. La création de la coopérative est ainsi une réponse à des problèmes techniques, économiques et sociaux, identifiés par les agriculteurs eux-mêmes, et les coopérateurs enquêtés montrent un fort attachement à l’égalité entre membres, à la démocratie et à la décision collective.

Les dispositifs de crédit quasi-inexistants et la difficulté pour trouver des équipements répondant aux besoins expliquent que 44 % des Cuma béninoises en soient encore au stade de la recherche d’équipement. Le rapport identifie ainsi plusieurs points d’importance : le développement de réserves financières pour les investissements à venir, bonne pratique pour assurer la pérennité des Cuma ; le rôle des financements publics pour accompagner cette dynamique collective de motorisation, qui reste marginale ; l’élaboration de politiques publiques fortes de mécanisation et de motorisation pour assurer un changement d’échelle.

Anne-Sophie Wepierre, Centre d’études et de prospective

Source : Fondation FARM

09:40 Publié dans Agriculteurs, Développement, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : cuma, bénin, farm, motorisation |  Imprimer | | | | |  Facebook

27/05/2015

L’agriculture dans la Prospective sur les métiers et les qualifications (PMQ 2022)

Publié en avril dernier, le nouvel exercice de prospective nationale des métiers et des qualifications, Les Métiers en 2022, met en perspective « les grandes évolutions qui contribueront à façonner l’emploi et le marché du travail dans les années à venir ». Les projections de France Stratégie et de la DARES prolongent des tendances démographiques lourdes sur la période 2012-2022. Le vieillissement de la population sera « massif »avec un flux de départs à la retraite des générations du baby-boom avoisinant 620 000 personnes par an –, mais il s’accompagnera d’une croissance de la population active et du travail des « seniors » suite aux réformes des retraites. Trois scénarios macro-économiques sont élaborés pour moduler ces tendances de fond. Ils se traduisent par 115 000 postes à pourvoir par an dans l’hypothèse basse, dite « de crise », contre 177 000 dans le scénario central et 212 000 dans le scénario le plus favorable « de croissance tirée par l’innovation », caractérisé par l’essor de nouvelles activités liées à la transition écologique.

Quelles sont les évolutions du monde agricole dans ces différentes hypothèses ? « Les agriculteurs, éleveurs et sylviculteurs devraient connaître comme par le passé d’importants flux de départs en fin de carrière qui ne seraient pas compensés à l’identique par l’installation de jeunes exploitants ou l’embauche de nouveaux salariés. Le rythme des pertes d’emplois serait inférieur à la tendance passée, mais ce métier serait celui qui perdrait le plus d’emplois à l’horizon 2022 » (p.100).

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Source : projections France Stratégie-Dares

Par ailleurs, la tertiarisation des emplois se poursuivra sans doute « au cours des prochaines années, suivant une tendance à l’œuvre depuis plus de 25 ans ». Le rapport consacre des développements substantiels aux dynamiques territoriales (pp.146-163), pour souligner l’importance de l’économie résidentielle et du mouvement de métropolisation des emplois. Il comporte enfin des éléments sur les industries agro-alimentaires (partie sur les métiers des industries de process – p.221) et le secteur de l’« hôtellerie, restauration, alimentation » (p.305).

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Source : France Stratégie

 

09:30 Publié dans 1. Prospective, Agriculteurs, Société | Lien permanent | Tags : france stratégie, dares, emplois |  Imprimer | | | | |  Facebook

19/05/2015

Santé publique et travail agricole : quels sont les mécanismes de la « production de l’ignorance » ?

 

Dans le sillage de plusieurs articles (voir un précédent billet sur ce blog) consacrés aux mobilisations d’agriculteurs « victimes des pesticides », François Dedieu (INRA) et Jean-Noël Jouzel (CSO) publient dans la Revue française de sociologie une contribution sur le dispositif de prévention des intoxications professionnelles en France. À partir de l’exemple de l’interdiction de l’arsenite de soude en 2001, les chercheurs entendent montrer « comment ce dispositif parvient à s’accommoder des savoirs ‘inconfortables’ susceptibles de remettre en cause ses arrangements institutionnels ordinaires », et mettre « en évidence les mécanismes par lesquels les organisations qui produisent ces savoirs offrent à leurs membres de ‘bonnes raisons’ de les ignorer, en désamorçant leur sens critique et en évitant d’œuvrer aux changements institutionnels qui devraient découler de leur prise en considération ». Leur travail débouche ainsi sur une intéressante réflexion sur les ressorts du changement institutionnel.

Lien : Revue française de sociologie

09/04/2015

Les agriculteurs dans la France contemporaine, revue Sociétés contemporaines

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Habituée à suivre de près les transformations des systèmes sociaux, la revue Sociétés contemporaines a sorti récemment un numéro consacré aux évolutions du monde agricole. Dans un long éditorial, la spécificité des objets et de l’histoire de la sociologie des agriculteurs est rappelée, ainsi que la faible visibilité de ses travaux malgré l’émergence récente d’une nouvelle génération de chercheurs. Mobilisant les méthodes et concepts habituellement utilisés pour l’étude des autres groupes sociaux, les quatre articles proposés insistent sur les différenciations internes de ce monde agricole et sur ses nouvelles interactions avec les autres composantes de la société.

L’intéressant article de Gilles Laferté (INRA-CESAER, Dijon) traite de « l’embourgeoisement agricole », en partant de l’exemple des céréaliers du Châtillonnais. Il montre comment certains exploitants, parmi les enfants de la grande modernisation des Trente Glorieuses, sont entrés dans un processus d’accumulation de capitaux (économiques, fonciers, sociaux, culturels), de diversification patrimoniale (achats d’appartements, placements financiers) et d’engagement socio-politique (fonctions électives, militantisme). Mais leur réussite est toutefois éloignée du modèle urbain de gentrification, car elle reste conditionnée par leur milieu d’origine : pas de résidence secondaire, peu d’attrait pour les vacances et les loisirs, priorité accordée aux investissements productifs et aux placements sans risque, préférence pour les esthétiques conventionnelles et le style néo-rustique. Malgré leur ascension sociale évidente, leurs voisins les voient comme des « parvenus », qui copient le mode de vie bourgeois tout en restant attachés à leur ethos agricole. Plus globalement, à l’échelle de la société, l’auteur rappelle « combien ces catégories sociales restent perçues comme populaires par des fractions plus légitimes de l’ordre social » (p. 46).

Le numéro comporte trois autres articles qui, comme le premier, explorent des zones de transformation et de modernisation du monde agricole. Ainsi, J.-B Paranthoën décrit les carrières de jeunes urbains devenus maraîchers, C. Bessière et S. Gollac analysent des « exploitations agricoles au travers de l’épreuve du divorce », et J. Mischi s’intéresse à la situation de cheminots issus de familles agricoles.

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

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09:48 Publié dans Agriculteurs, Société | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/04/2015

Terre transmise. Histoires de passages de relais dans le monde agricole. Olivier Aubrée

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La transmission d’une exploitation agricole est un moment déterminant, pour le cédant comme pour le repreneur, et sa réussite dépend de nombreux facteurs plus ou moins maîtrisables. C’est ce que montre cet ouvrage, composé de huit récits relatant des expériences de passages de relais entre générations. L’auteur a rencontré, en diverses régions de France, des agriculteurs et agricultrices auxquels il donne longuement la parole et dont il dresse des portraits vivants et sensibles. Les configurations sont diverses et les parcours très différents, faits de craintes et d’espoir, de démarches administratives et de soutiens affectifs, de volonté d’autonomie ou de recherche de parrainage, d’allers-retours entre ville et campagne. Ce que montrent ces histoires singulières, c’est que la transmission de terres, de bâtiments et d’équipements s’accompagne souvent, aussi, de la transmission de valeurs, de visions du métier, de projets de vie, de conceptions de la nature, de rapports à l’espace et au temps.

Mais au-delà de ces situations de reprise, restituées avec empathie, ce livre nous renseigne plus largement sur les manières d’agir et de penser du monde agricole d’aujourd’hui. La place croissante des femmes et l’élévation du niveau de formation sont bien décrites, ainsi que la volonté d’améliorer les conditions de travail et les modes de vie, le souhait d’être mieux compris par la société et de retrouver une marge de pouvoir sur les acteurs de la transformation et de la distribution. S’expriment également, au fil des portraits, une farouche volonté d’autonomie, de fortes tensions internes à la profession et une nette tendance, dans l’adversité, à intérioriser les contraintes et à faire de nécessité vertu.

On regrettera néanmoins que ce livre ne s’intéresse qu’à des transmissions-transitions se déroulant sur plusieurs années (et pas à des successions brusques) et, plus encore, qu’il ne présente que des cas de reprises réussies et heureuses, ne se traduisant pas par des agrandissements ou démembrements. Il est dommage aussi qu’il soit principalement centré sur des exploitations petites et moyennes, en agriculture biologique, avec des exploitants très impliqués dans des circuits de proximité et de la vente directe : autant de spécificités qui caractérisent une certaine agriculture, mais qui n’est pas toute l’agriculture, et qui ne représente donc pas tous les cas de transmission…

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

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09:44 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : transmission |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/03/2015

Systèmes de connaissances pour les agriculteurs dans l’UE

Dans sa lettre d’information n°18 de février 2015, le Service Point du Partenariat Européen pour l’Innovation « agriculture productive et durable » présente les résultats d’un inventaire des Systèmes européens de connaissances et d’informations agricoles, qui traite plus particulièrement des services de conseil agricole dans les différents pays de l’Union européenne. Cet inventaire a été réalisé dans le cadre du projet Prospects for Farmers’ Support: Advisory Services in European AKIS (PRO-AKIS). Outre un rapport par pays (rapport sur le système français de conseil rédigé par P. Labarthe - Inra), ce projet a permis la construction d’une base de données et d'une carte à consulter en ligne reprenant les nombreux systèmes de connaissances auxquels participent les agriculteurs européens.

Le rapport de synthèse souligne la diversité des systèmes de conseil en Europe, très liés à l’histoire de chaque pays. Le niveau d’implication de l’État est variable, et, si quatre types d’institutions sont en général présents (le public, le privé, les farm boards organisations (chambres d’agricultures, syndicats, organisations de producteurs) et les ONG), leur importance relative diffère. Les sources de financement sont multiples et associent en général des fonds publics (européens, nationaux ou régionaux) et privés.

Selon le rapport, le public cible des organismes de conseil publics serait plutôt les exploitations moyennes et petites et les jeunes agriculteurs, les organisations privées (à but lucratif ou non lucratif), et les farm board organisations seraient davantage tournées vers l’ensemble des exploitations. De plus, de nouveaux clients pour le conseil sont apparus. Il s’agit des jeunes agriculteurs, des familles, des habitants ruraux, des émigrants, des femmes et des ONG.

Les sujets principaux de conseil sont les productions végétale et animale, la comptabilité, les taxes et les bonnes conditions agronomiques et environnementales. À ces domaines s’ajoutent les problématiques de diversification et de développement rural pour les exploitations de petites taille. Les nouvelles thématiques, à la fois en termes de conseil et de recherche, sont les énergies renouvelables, les OGM, l’agriculture de précision, le biogaz, l’adaptation au changement climatique, la gestion de la ressource en eau, de la biodiversité. Le rapport note également une tendance à la décentralisation et à la fragmentation des systèmes de conseil, notamment en France, en Espagne, en Grèce, au Portugal, en Italie et en Pologne, à la commercialisation et à la privatisation du conseil et à l’augmentation de la concurrence entre producteurs de conseil avec une montée en puissance des ONG et des farm board organisations.

Chaque État membre était obligé d’établir un système de conseil national agricole pour adapter les exploitations aux bonnes conditions agricoles et environnementales (BCAE). Dans la majorité de ces États (23), ce conseil national est coordonné et supervisé par les pouvoirs publics. La plupart des États ont mis en place un système d’accréditation et de certification des conseillers. La mesure 114 « Utilisation des services de conseil agricole » a cofinancé des exploitants dans 20 États membres, seules l’Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la Finlande, la France, l’Irlande et la Slovénie ne l’ont pas utilisée. Elle était jugée peu attractive par les agriculteurs étant donné les conditions de financement (petit montant d’aide, cofinancement obligatoire par l’agriculteur, pas de financement de la TVA). La mesure additionnelle 115 pour la mise en place de services de conseil a elle été utilisée dans deux länder allemands, certaines régions en Italie, à Malte, au Portugal et en Espagne.

Anne-Sophie Wepierre, Centre d’études et de prospective

Source : EIP-AGRI

10:24 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : pei, akis, systèmes de connaissance |  Imprimer | | | | |  Facebook