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12/10/2018

Manger plus sain réduirait l'importante empreinte hydrique de la consommation alimentaire française

L'eau est une ressource essentielle pour la sécurité alimentaire et énergétique, mais elle se raréfie en certains endroits, du fait de prélèvements trop importants, notamment par l'agriculture. Des chercheurs du Centre commun de recherche de la Commission européenne ont évalué la quantité totale d'eau prélevée (empreinte hydrique) pour produire les biens alimentaires consommés en France, au Royaume-Uni et en Allemagne. Ils ont également analysé ses variations locales. Les résultats ont été publiés, en septembre, dans la revue Nature Sustainability.

L'empreinte hydrique d'un pays prend en compte sa consommation de biens, qu'ils soient produits et transformés sur le sol national ou à l'étranger. Pour la mesurer, les auteurs ont combiné des informations socio-démographiques locales avec des données sur l'empreinte hydrique nationale de différents produits et sur les régimes alimentaires des régions administratives étudiées (enquête INCA 2 pour la France).

Avec 3 861 litres utilisés par personne et par jour, les Français consomment plus d'eau que les habitants du Royaume-Uni (2 757 L/p/j), les Allemands (2 929 L/p/j) ou la moyenne mondiale (3 167 L/p/j). Ce résultat s'explique par des différences de régimes alimentaires et de modes de production. Par exemple, produire un kilogramme de blé nécessite 412 L au Royaume-Uni contre 582 L en France. Les Français consomment également plus que leurs voisins de la viande et du vin, dont la production nécessite beaucoup d'eau. De plus, des différences importantes existent au sein de chaque pays. Ainsi, en France, l'empreinte hydrique varie de 3 303 à 5 149 L/p/j selon les communes (figure ci-dessous), du fait de caractéristiques socio-économiques variées (âge, genre, niveau d'éducation) et de préférences alimentaires distinctes.

Empreinte hydrique totale de la consommation alimentaire française

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Source : Nature Sustainability

Pour les trois pays, les auteurs montrent que l'adoption d'un régime omnivore sain (suivant les recommandations publiques) réduirait l'empreinte hydrique de la consommation alimentaire de 11 à 35 %, tandis que les régimes pesco-végétariens et végétariens la diminueraient d'environ 35 à 55 % (figure ci-dessous). Ces baisses s'expliquent par la surconsommation actuelle, de sucres, matières grasses, viande rouge, fromages et lait. Pour les auteurs, en France, encourager la transition vers des régimes alimentaires plus sains pourrait donc constituer une solution doublement avantageuse.

Répartition géographique de la réduction de l'empreinte hydrique découlant de l'adoption d'un régime alimentaire omnivore sain

Empreinte-hydrique2.jpg

Source : Nature Sustainability

Estelle Midler, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Sustainability

Habitudes alimentaires et consommations hors domicile des Américains

Publié en septembre 2018, un document de l'Economic Research Service (USDA) présente un riche ensemble de travaux de recherche sur les consommations alimentaires hors domicile des Américains. S'appuyant sur des données et méthodes diverses (sources publiques et privées, statistiques descriptives, revues de littérature, etc.), les auteurs abordent, au fil de dix chapitres, des sujets variés : choix et disponibilités, nutrition et qualité des régimes alimentaires, politiques publiques, etc.

Des éléments historiques reviennent sur les évolutions de l'offre alimentaire hors domicile et montrent en quoi les changements socio-démographiques, de modes de vie (ex : travail des femmes, place des loisirs), de pratiques et préférences alimentaires, soutiennent la croissance de long terme du secteur. De 1987 à 2017, les achats hors foyer ont crû de 44 à 50,2 % des dépenses alimentaires totales, dépassant pour la première fois, en 2010, les dépenses pour l'alimentation au foyer. En part des apports énergétiques moyens quotidiens, ils sont passés de 17 % en 1977-78 à 24 % en 2011-2012. Cette consommation augmente avec le revenu, le niveau d'éducation et le statut d'emploi. Elle diminue avec le nombre d'enfants et les jeunes adultes (35-44 ans) ont la pratique la plus fréquente.

Évolution de la part de dépenses alimentaires par type d'offre, de 2005 à 2014

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Source : USDA

De 2000 à 2015, la croissance de l'offre a été en grande partie portée par la restauration rapide, y compris pendant la « Grande récession » (2007-2009) : les fast foods représentent ainsi environ 57 % des établissements, dont 66 % appartenant à des chaînes, sachant que les préférences des consommateurs évoluent vers une offre hybride (fast-casual).

Part de restaurants rapides parmi tous les restaurants en 2015, par comté

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Source : USDA

À l'exception des repas scolaires, la qualité nutritionnelle de l'alimentation hors foyer est moindre que celle au foyer : plus de calories, de lipides, de graisses saturées, de sel, et moins de calcium, fer, fibres. Toutefois, si les acheteurs fréquents de fast foods consomment moins de légumes, poissons et fruits à coque, leur régime alimentaire ne présente pas une qualité dégradée par rapport à celui des non-acheteurs.

Concernant les politiques publiques mises en œuvre dans le champ analysé, il apparaît notamment que les enfants bénéficiant de repas scolaires et les ménages participant au programme d'aide alimentaire SNAP ont une alimentation de meilleure qualité nutritionnelle. En revanche, les effets de l'obligation d'étiquetage des calories, sur les menus des chaînes comptant au moins 20 restaurants, apparaissent plus mitigés selon les études.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : USDA

07/09/2018

Inégalités sociales de santé et environnements favorables à une alimentation saine

Dans son numéro de juin 2018, La Santé en action consacre un dossier aux environnements favorables à une alimentation saine comme réponse possible aux inégalités sociales de santé. L'alimentation est l'un des déterminants majeurs de certaines maladies chroniques (ex : maladies cardiovasculaires) et contribue aux inégalités sanitaires persistantes en France. Par ailleurs, les interventions ciblant la responsabilité individuelle peuvent également contribuer à ces inégalités et, comme préconisé notamment par l'Inserm en 2014, les actions s'orientent aujourd'hui sur l'environnement des personnes pour une prévention passive. Un premier article présente les principaux déterminants du comportement alimentaire (schéma ci-dessous) et définit la notion d'« environnement favorable ».

Représentation schématique du modèle écologique et des quatre niveaux d'influence de l'individu

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Source : Santé publique France

Ce dossier aborde ensuite différentes interventions publiques visant à agir sur l'environnement alimentaire des individus (réglementation du marketing à destination des enfants, marketing social, etc.). On retiendra par exemple la contribution sur les réseaux sociaux, pouvant contribuer, pour les pouvoirs publics, à comprendre les comportements et les attentes des internautes, à diffuser et partager de l'information et à créer de l'engagement. Enfin, plusieurs articles détaillent des exemples d'actions locales innovantes : Angers, Marseille, Salon-de-Provence, Loon-Plage, Saint-Denis.

Source : Santé publique France

04/07/2018

« Avoir le cerveau plus gros que le ventre ? »

En partenariat avec La tête dans le cerveau, The Conversation a diffusé début juillet, en podcast, une chronique de C. Rodo (chercheur en neurosciences, université d'Aix-Marseille), consacrée aux résultats d'une récente étude s'intéressant aux liens entre choix alimentaires et anatomie du cerveau. Intitulée « Avoir le cerveau plus gros que le ventre », cette chronique permet, en un temps court, de présenter les principaux éléments sur la méthode utilisée, les mécanismes physiologiques en jeu, les résultats et les précautions à avoir pour les interpréter.

Après une privation de nourriture pendant 4 heures, les individus observés devaient noter leur appréciation d'une série de produits, en respectant, dans chaque cas, une consigne précise (préférence naturelle, bénéfice pour la santé, etc.). Les clichés IRM des participants montrent une corrélation entre choix alimentaire et quantité de neurones dans deux régions cérébrales impliquées : plus la quantité de matière grise est importante et plus il sera facile de faire un choix sain. C. Rodo souligne toutefois des précautions à prendre dans l'interprétation de ces résultats : nécessité de répliquer l'étude, pas de démonstration d'un lien de causalité ni d'un éventuel facteur génétique.

Source : The Conversation

09:43 Publié dans Alimentation et consommation, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : cerveau, alimentation |  Imprimer | | | | |  Facebook

02/07/2018

La Chaire ANCA présente une prospective de l'alimentation sous le format d'une bande dessinée

La Chaire ANCA, portée par la Fondation AgroParisTech, propose, dans le cadre de ses actions de sensibilisation à l'alimentation saine et durable, un exercice de prospective sur les comportements alimentaires, nommé « Manger vers le futur ». Le format choisi est celui de la BD numérique, répartie en 30 épisodes qui permettent au récit de progresser dans le temps, de nos jours à 2050. La diffusion de la BD se fait sur le réseau Instagram, à raison d'un épisode par jour depuis le 1er juin.

Le point de vue de quatre personnages distincts permet le traitement de plusieurs thématiques, comme la consommation de protéines animales, celle de leurs alternatives, ou encore la question de la durabilité des conduites alimentaires. Chaque épisode est également accompagné de ressources complémentaires (témoignages, bibliographie, etc.). L'épisode de 2037 est l'occasion de présenter un exercice mené avec Ferrandi Paris, sur ce à quoi pourrait ressembler le restaurant de 2050. Plusieurs scénarios de restaurants sont ainsi déclinés sous le format d'un guide gastronomique.

Capture d'écran de la BD Manger vers le futur

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Source : Chaire ANCA

Sources : Chaire ANCA, Chaire ANCA

09:17 Publié dans 1. Prospective, Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : alimentation, bd, durabilité, saine |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/06/2018

Étude de la Drees sur la répartition des dépenses au sein de jeunes ménages

La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) publie, en avril 2018, dans sa série Études & Résultats, une analyse des différentes composantes du budget de ménages étudiants ou de jeunes adultes (18-34 ans). Les données examinées sont issues de l'enquête Budget de famille de 2011, réalisée par l'Insee. L'alimentation est identifiée comme le premier poste budgétaire (un cinquième des dépenses) des jeunes ménages. Si, en termes de dépenses, les produits céréaliers et les féculents occupent la première place (20 %), suivis de la viande (18 %), ce sont, en termes quantitatifs, les fruits et légumes qui représentent le premier poste de consommation avec 8,9 kg par personne et par mois (graphique ci-dessous). Autre fait marquant, les jeunes achètent moins d'alcool que leurs aînés pour la consommation à domicile. Enfin, l'alimentation estudiantine se distingue nettement, avec par exemple davantage d'achats en fruits et légumes ou plus de repas pris à l'extérieur (cantines scolaires, cafés, bars, restaurants, etc.).

Quantités de produits alimentaires et de boissons achetées par personne

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Source : Drees

Source : Drees

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09/05/2018

Les territoires, au service d'une agriculture et d'une alimentation durables selon la FAO

La prise en compte des enjeux liés au développement durable nécessite la mise en place de stratégies globales et intégrées de gestion des écosystèmes et des territoires. Telle est l'idée défendue par la FAO dans un rapport publié récemment et intitulé Landscapes for life.

Dans ce document, l’organisation onusienne appelle à privilégier les démarches systémiques, conduites à l'échelle de territoires ou d'ensembles paysagers régionaux, afin d'encourager la transition vers une agriculture et une alimentation durables. Pour la FAO, ce type d'approches est le mieux à même de satisfaire les besoins des populations vivant sur un territoire donné, en tenant compte de la multifonctionnalité de ce dernier et du fait qu'il fournit des biens et services à des catégories d'acteurs aux intérêts parfois contradictoires. C'est aussi, selon les auteurs, le moyen le plus efficace pour avoir une gestion durable des ressources et accroître la résilience des populations locales face aux aléas, notamment ceux résultant du changement climatique.

5 principes clés d'une agriculture et d'une alimentation durables

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Source : FAO

L'essentiel du rapport est consacré à la présentation des différents types d'approches territoriales mises en œuvre par la FAO dans le cadre de ses interventions : gestion durable de bassins versants, restauration paysagère et forestière, approches écosystémiques des pêcheries et de l'aquaculture, etc. À chaque fois, des cas concrets de projets pilotés ou appuyés par l'organisation sont présentés, à titre d'illustrations. Elle a par exemple assisté les autorités marocaines pour la mise en place d'un programme de gestion durable du bassin versant de l'Oued Outat, dans le double objectif de lutter contre la pauvreté et la désertification. Construit au moyen d'une consultation large, incluant l'ensemble des parties prenantes, ce programme prévoit la réhabilitation des zones dégradées, le développement des infrastructures locales ainsi que la promotion de pratiques agricoles plus durables à travers un programme de recherche-action participative visant à combiner connaissances traditionnelles et scientifiques.

Afin de faciliter la mutualisation entre acteurs du développement impliqués dans des démarches territoriales, et de capitaliser sur les actions engagées, plusieurs guides de bonnes pratiques, boîtes à outils et plate-formes numériques ont été élaborés et mis à disposition par la FAO. Pour autant, les auteurs considèrent qu'il reste beaucoup à faire sur ces aspects.

Mickaël Hugonnet, Centre d’études et de prospective

Source : FAO

07/12/2017

Les coûts cachés de l'alimentation au Royaume-Uni

Sustainable Food Trust a publié en novembre les résultats de ses travaux sur les coûts cachés de l'alimentation au Royaume-Uni. S'appuyant sur la littérature existante, les auteurs ont cherché à quantifier ces externalités négatives selon plusieurs entrées, elles-mêmes déclinées en diverses thématiques : dégradation des ressources naturelles (ex : pollution de l'air), pertes de biodiversité, coûts de santé liés à l'alimentation (ex : maladies cardiovasculaires) et à la production (ex : antibiorésistance), subventions au secteur agricole et régulation, importations et leurs propres coûts cachés.

Il apparaît ainsi que, pour chaque livre « alimentaire » dépensée par un consommateur, les coûts additionnels s'élèvent également à une livre. Ces coûts ne sont pas pris en compte dans le prix de vente des produits et sont couverts par d'autres mécanismes (impôts, traitement de l'eau, etc.). L'objectif de cette publication est d'attirer l'attention, de donner des éléments de discussion et d'action pour les pouvoirs publics et les acteurs des systèmes alimentaires, auxquels des recommandations sont destinées en fin de rapport.

Répartition des coûts des externalités négatives du système alimentaire britannique en 2015

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Source : Sustainable Food Trust

Source : Sustainable Food Trust

12/05/2017

Les évolutions de l'alimentation et de sa sociologie au regard des inégalités sociales

Le dernier numéro de l'Année sociologique consacre un dossier à la sociologie de l'alimentation, avec pour objectif d'« éclairer à la fois notre alimentation et sa sociologie ». Les articles réunis s'intéressent aux évolutions récentes des pratiques alimentaires, aux rapports à la nourriture ou au corps : ils permettent ainsi de « faire le point des connaissances actuelles en sciences sociales » et de « rappeler que si l'alimentation a une fonction biologique, son organisation est un fait social essentiel pour comprendre nos sociétés ».

Dans l'introduction, Th. de Saint Pol rappelle que la sociologie de l'alimentation est entrée depuis vingt-cinq ans dans une troisième phase, marquée par un développement important et un renouvellement des thématiques d'études. Trois facteurs en sont notamment à l'origine : de nouveaux enjeux de santé publique, des crises alimentaires et la « construction d'un nouvel imaginaire de la gastronomie française ». Alors que l'activité médiatique sur l'alimentation est croissante, il met en avant la nécessité d'un regard sociologique, pour « rappeler que nos manières de manger sont le reflet de notre société et de ses évolutions et qu'elles sont loin d'être neutres ». Les pratiques alimentaires évoluent (par exemple, maintien de la grille quotidienne des repas mais diminution de la prise du petit-déjeuner chez les jeunes), et l'alimentation est à placer au cœur des inégalités sociales de santé.

On trouve ensuite des contributions de J.-P. Poulain sur les voies disciplinaires empruntées par le développement et l'institutionnalisation des études sociologiques aux États-Unis (food studies) et en France (socio-anthropologie du « fait alimentaire »), et d'A. Lhuissier sur la contribution de Maurice Halbwachs à la statistique des consommations dans la première moitié du XXe siècle. M.-C. Le Pape et M. Plessz s'intéressent au petit-déjeuner, à la place et au rôle qu'il joue dans l'éducation des enfants appartenant aux « couches supérieures des classes populaires ». S. Carof se penche quant à elle sur l'acquisition et la négociation des normes nutritionnelles, par des femmes en surpoids et obèses, en France, Allemagne et Angleterre. F. Régnier conduit également une comparaison, entre la France et les États-Unis, sur l'alimentation et les « techniques de la corpulence », par l'analyse de conseils d'économie domestique publiés dans la presse féminine, entre 1934 et 2010.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : L'Année sociologique

10:52 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : alimentation, food studies, sociologie, petit déjeuner, nutrition, normes |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/05/2017

L'alimentation demain. Cultures et médiations, Gilles Fumey (dir.)

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Sous la direction de Gilles Fumey, cet ouvrage regroupe un ensemble de textes traitant des médiations dans l'alimentation. Les mangeurs sont fréquemment en situation de « dissonance cognitive », conflits qu'ils cherchent à résoudre en utilisant leurs émotions (« vérités qui ne peuvent pas mentir ») et des savoirs vernaculaires. Interviennent ici des pratiques, des lieux et des groupes différents, multiples et changeants. Ainsi, en amont de l'acte de manger, sont mobilisées et mises en œuvre de très nombreuses informations et décisions, et c'est en cela que l'alimentation est une médiation « entre soi et le monde ».

Sont ici abordées diverses thématiques : controverses, culture gastronomique, « révolution Food 2.0 » en Californie, viande et protéines végétales, le buveur comme miroir des pratiques alimentaires, etc. Deux textes mettent également en regard les dynamiques de mondialisation alimentaire asiatique et méditerranéenne. Nicolas Baumert s'intéresse à l'Asie, dont l'extension du soft-power culinaire repose sur des formes variées, des food courts en centre commercial aux restaurants gastronomiques. Revenant notamment aux sources de cette mondialisation culinaire, il met en avant l'alliance entre tradition et modernité, avec une résonance entre ces spiritualités et la mode de la cuisine santé, et des cuisines adaptées tant à la cellule familiale qu'à la vie urbaine. La diversité de ces cuisines reste toutefois à faire connaître, au-delà d'une unité, dans les représentations, autour du riz et des baguettes. Pour l'auteur, « l'Asie a retrouvé une place en accord avec son poids démographique dans le kaléidoscope gastronomique mondial ».

Pierre Raffard traite de la Méditerranée qui, « associée à l'idée d'une frugalité saine et heureuse », est « devenue synonyme d’Éden gastronomique ». Les étapes et modalités de cette mondialisation sont retracées en prenant appui sur les phénomènes migratoires, les dynamiques de métissages et les transformations des paradigmes nutritionnels. Comme précédemment, l'hétérogénéité initiale des cuisines méditerranéennes a été perdue lors de leur diffusion. Elles ont en effet généré une multitude de formes hybrides et des plats-symboles (pizza, döner kebab) ont véhiculé une « référence culinaire globale et globalisée ». Il conclut sur le fait que la cuisine devient politique, et pourrait être un « nouveau terrain de tensions identitaires ».

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : CNRS Éditions

14/02/2017

Revue des travaux scientifiques sur les choix alimentaires publiés depuis 1954

Publié dans le numéro de mars 2017 d'Appetite, cet article présente les résultats de la première revue des publications scientifiques quantitatives consacrées aux déterminants des choix alimentaires des adultes, issues de disciplines variées et couvrant la période 1954-2015. Les auteurs se sont appuyés sur le cadre interdisciplinaire DONE (Determinants Of Nutrition and Eating behavior framework), élaboré à l'occasion du projet européen Determinants of Diet and Physical Practices (DEDIPAC). 1 820 publications ont été retenues : 1 737 articles publiés dans 485 journaux académiques (Appetite, Food Quality and Preference, Journal of the American Dietetic Association étant les trois principaux), 57 thèses et 26 chapitres d'ouvrages, actes de conférences ou encore documents de travail.

Représentation simplifiée du cadre DONE

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Source : Appetite

Cette revue s'est appuyée sur un codage, pour chaque publication, des indicateurs étudiés influant sur les décisions alimentaires, et des approches (nutrition, médecine, technologies alimentaires, étude des comportements, biologie, psychologie, marketing et consommation, économie, sociologie, etc.). Cela permet notamment de mettre en évidence que, si des domaines scientifiques variés sont mobilisés, la majorité des travaux repose sur la médecine et les sciences de la santé, et sur la nutrition. Plus de 60 % des publications sont consacrés à l'étude de l'individu, un tiers inclut le niveau environnemental (caractéristiques des produits par exemple) et peu traitent du niveau « politique » (stratégies industrielles et actions publiques). Il apparaît également que la plupart des travaux est concentrée sur un petit nombre d'indicateurs (facteurs psychologiques et biologiques, caractéristiques des produits). Par ailleurs, la dynamique des publications dans le temps révèle une croissance forte au cours des trente dernières années : la moyenne annuelle de neuf publications sur la période 1954-1989 est passée à 200 ensuite.

Enfin, les auteurs identifient plusieurs limites à leur démarche, qui ouvrent autant de perspectives de travaux : les études qualitatives et celles portant sur les enfants ont été exclues de la sélection ; la discipline de chaque étude a été codée à partir de la revue dans laquelle celle-ci a été publiée.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Appetite

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09/12/2016

Ouverture d'une base de données publiques sur l'alimentation en Suisse

L’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a annoncé, dans un communiqué de presse en date du 21 novembre, le lancement d'OpenFood, « plateforme en ligne qui met à disposition du public des données sur plus de 14 000 aliments vendus en Suisse ». Accessibles par ordinateur et smartphone, ces informations sont destinées tant au grand public qu'aux chercheurs, aux journalistes ou encore au milieu médical. Il s'agit notamment de favoriser le développement de projets pour « imaginer les outils de demain dans le domaine de la nutrition » : une application permettant de scanner les codes-barres des produits et d'obtenir leurs composition et taux de sucre en est le premier exemple. La base de données pourra être complétée facilement par les utilisateurs.

Par ailleurs, l'EPFL accompagne cette base de données d'un autre site, factfood, source d'informations sur la nutrition à destination des consommateurs, pour leur permettre de « distinguer le vrai du faux » et d'améliorer leurs connaissances.

Source : EPFL

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05/01/2016

Vers un « Internet of food » ?

Un billet mis en ligne en décembre dernier sur le blog de l’University of the Highlands and Islands présente les résultats d’un article publié dans la revue Future Internet, sous le titre « Towards an “Internet of Food”: Food Ontologies for the Internet of Things ». Actuellement se multiplient les méthodes de reconnaissance automatisée des aliments (ex : lecture des codes barres, reconnaissance d’images), permettant d’identifier le produit et de donner des informations à son sujet au consommateur. Ces dispositifs s’appuient sur des bases de données en ligne et des ontologies sur l’alimentation.

Les auteurs ont étudié cinq ontologies (FoodWiki, AGROVOC, Open Food Facts, Food Product Ontology, FOODS: A Food-Oriented Ontology-Driven System-Diabetes Edition). Dans leur publication, ils identifient les modifications à y apporter et les liens à faire avec d’autres ontologies non-alimentaires afin d’améliorer l’identification automatique des aliments et les informations recueillies. L’objectif est de mieux accompagner les individus pour qu’ils fassent des choix alimentaires sains par rapport à leurs état de santé, âge, poids, mode de vie, préférences, etc.

Sources : University of the Highlands and Islands, Future Internet

13/10/2015

Le digital et l’aliment : productivité et expérience de consommation

Le 6 octobre dernier, Christophe Benavent, professeur à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, donnait une conférence organisée par le Fonds Français pour l’Alimentation et la Santé (FFAS), sur le thème « Le digital et l’aliment : productivité et expérience de consommation ». Le FFAS a publié à cette occasion sa Lettre scientifique n°21, consacrée à ce sujet. L’auteur s’intéresse ici non pas à l’alimentation comme consommation, mais « au travail nécessaire pour l’accomplir » (idée d’un « consommateur-travailleur »). Il utilise « l’ensemble du cycle de production » (le « parcours client ») pour analyser le rôle des technologies de l’information (web social, big data, internet des objets) dans ce cadre. Il se penche également sur l’« expérience de consommation », pour formuler in fine des recommandations en matière de marketing. Nous ne retiendrons ici qu’une partie des éléments développés, denses en références théoriques et en exemples.

Quatre types de techniques sont distingués : techniques informatives (ex : plateformes de données relatives aux produits) ; techniques facilitant l’interaction sociale, le filtrage de l’information, la coordination des activités et la planification ; les boucles de feed back (objets connectés et plateformes associées) ; techniques productives (impression 3D, balances et tables de cuisson programmatique, etc.). Pour l’auteur, elles « s’articulent moins par des fonctions que par l’enracinement dans des moments particuliers du processus très général de la décision d’achat et de la consommation ».

Rappelant que l’alimentation est une pratique sociale, Ch. Benavent analyse également l’échec de projets de listes de courses électroniques, pourtant « dispositif clé d’une digitalisation des pratiques alimentaires ». Par ailleurs, en lien avec l’« expérience de consommation », le digital joue, pour l’auteur, un double rôle : il est source de consommations intermédiaires et fournit des « ingrédients symboliques » (cf. le riche écosystème des blogs culinaires et de santé) ; il coordonne toutes les activités induites par les pratiques et les usages alimentaires. C’est donc un « capital matériel qui permet des gains de productivité dans l’auto-production de l’expérience ».

In fine, l’auteur recommande d’adopter une approche nouvelle du marketing, les dispositifs numériques permettant d’agir non pas tant sur la décision individuelle que sur le collectif.

Julia Gassie, Centre d’études et de prospective

Source : FFAS

 

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11/09/2015

Propositions du projet EURODISH pour structurer la recherche européenne en alimentation et santé

L’Union européenne a financé, de 2012 à 2015, le projet EuroDISH (Studying the need for food and health research infrastructures in Europe) piloté par l’université de Wageningen, avec pour objectif de cartographier et caractériser les infrastructures de recherche dans les domaines de l’alimentation, de la nutrition et de la santé. Un article de l’EUFIC en détaille les résultats présentés aux parties prenantes mi-mai dernier dans le cadre de l’exposition universelle de Milan.

Quatre domaines sont étudiés : determinants (D – déterminants), intake (I – consommation), status (S – statut nutritionnel) et health (H – santé). Pour chacun, le projet a identifié les besoins et lacunes en termes d’infrastructures de recherche (IR). Partant du constat qu’une « meilleure synchronisation » est nécessaire pour l’étude des relations entre alimentation, nutrition et santé, la mise en place d’une infrastructure, virtuelle et fonctionnant selon un réseau en étoile, est proposée pour relier les IR existantes et chapeauter les différents domaines.

Parmi les apports possibles de cette proposition (DISH-RI), dont l’achèvement est prévu en 2025 selon la feuille de route, on peut noter l’assistance à la communauté scientifique, la coordination des différents pays, la mise en place de liens entre les chercheurs qui travaillent sur des thématiques communes. Par ailleurs, l’industrie agroalimentaire pourra bénéficier de données actualisées dans le domaine de la nutrition et de la santé. En effet, les données provenant de différentes sources, publiques et privées, seront rassemblées et intégrées, avec un point d’accès central pour les chercheurs et les autres intervenants.

Représentation visuelle de la proposition Eurodish-DISH-RI : les données les outils et les services reliant les différents domaines dans le champ de l’alimentation et de la santé

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Source : EUFIC

Enfin, différents projets d’intérêt, en cours ou à venir, sont cités. Ainsi, des données importantes sont d’ores et déjà disponibles dans le domaine de la nutrition sur le site ENPADASI (European nutritionnal phenotype sharing initiative), développé dans le cadre de la Joint Programming Initiative « A healthy diet for healthy life » (JPI-HDHL). Le projet RICHFIELD, financé dans le cadre d’Horizon 2020 pour débuter en octobre 2015, enrichira quant à lui les données en matière d’effets nutritionnels sur la santé.

Il est prévu que l’infrastructure DISH-RI soit opérationnelle d’ici 10 ans, sachant que le succès de cette ambitieuse entreprise sera évidemment fonction de l’engagement des partenaires et des États membres.

Madeleine Lesage, Centre d’études et de prospective

Source : EUFIC