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14/03/2017

Sciences, savoirs et savoir-faire des agriculteurs : quels regards porter sur le passé ?

Dans le dernier numéro de Zilsel, Jérôme Lamy (CNRS) livre une rétrospective de la sociologie rurale française depuis les années 1950. Sa revue de littérature est menée au prisme des « savoirs ruraux ». Pour l’auteur, cette notion recèle une « part d’ambiguïté » puisqu’elle « renvoie aussi bien aux travaux scientifiques » qu’aux « savoirs dit "traditionnels" ». Il s’agit pour lui d’examiner comment se recomposent les liens entre modernisation et légitimité de ces savoirs.

Dans la phase d’institutionnalisation de la sociologie rurale, autour des travaux de H. Mendras, les savoirs ruraux sont peu analysés, sinon « en passant », pour suggérer comment ils sont supplantés par le développement d’une agriculture rationnelle, hautement mécanisée et technicisée. À partir des travaux inspirés par l’ethnographie des pratiques de P. Bourdieu, dans les années 1970, ils sont étudiés de façon plus approfondie, jusqu’à contribuer, dans la dernière période (années 1990), à la mise en valeur d’une « modernisation alternative » plus respectueuse de l’environnement, notamment dans les travaux du département SAD de l’Inra.

Il est intéressant de lire, en parallèle, un article récent d’OIessia Kirtchik sur l’institutionnalisation et le déclin de l’économie rurale entre 1950 et 1985, moment où cette spécialité « nationale », portée par les agronomes d’État, cède le pas à des approches « généralistes » menées dans un cadre d'analyse néo-classique.

Par ailleurs, signalons une contribution de Jacques Caplat (EHESS) dans la revue Histoire et sociétés rurales. À partir d’enquêtes sur la sélection végétale paysanne, l’auteur soutient que les savoirs paysans « témoignent d’une créativité scientifique réelle », mais sans doute, faute de formalisation écrite, négligée quant à sa contribution passée à l’innovation agricole.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Sources : Zilsel, Histoire et sociétés rurales, Revue d'anthropologie des connaissances

08/12/2016

Les sociologues et le périurbain

La Revue française de sociologie publie un numéro consacré aux territoires périurbains. Une revue de littérature pointe les limites de l’apport des sociologues, tardif par rapport à celui des démographes et des géographes. Les travaux menés depuis les années 2000, non dénués d’aspects polémiques, mettent toutefois « en exergue qu’il s’agit d’un espace diversifié et non homogène », d’un « territoire pluriel et ouvert socialement et non intrinsèquement fermé », « en relation étroite tant avec la centralité qu’avec le monde rural » et animé par des « pratiques innovantes », par exemple en matières de gouvernance, d'aménagement ou encore d'agriculture biologique et solidaire.

Signalons deux autres articles : l’un, consacré à la quantification et aux approches statistiques, aboutit à relativiser « l’idée répandue d’une '‘explosion'’ du périurbain » ; l’autre, qui s’intéresse aux règles locales et aux décisions d’urbanisme, rappelle certains facteurs – notamment la « forte proximité entre producteurs et usagers de la règle » – qui font de l’étalement urbain une tendance lourde.

Source : Revue française de sociologie

11:40 Publié dans Enseignement et recherche, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : périurbain, sociologie |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/12/2015

Qu’est-ce qu’un bon vin ? ou comment intéresser la sociologie à la valeur des choses

Antoine Hennion, connu pour ses travaux sur la sociologie du goût musical, a mis en ligne un article qui constitue une brillante introduction aux travaux récents sur l’expertise (ordinaire aussi bien que savante) et l’évaluation des produits. « Boit-on un vin, ou une étiquette – voire un prix ? » : la sociologie économique a tendance à rapporter les jugements de goût à des positions dans la structure sociale et à des effets de distinction, ou à des choix guidés par le signal-prix du marché.

La dégustation du vin n’est pas extra-sociale. Le vin apparaît alors comme « un bon cas pour se demander comment des sensations sont reliées à des marchés » et « faire entrer dans l’analyse sociologique la valeur des choses ». Le texte « examine en détail les relations qu’il faut mettre en place, entre des corps, des groupes de personnes et des agencements spécifiques » (relations qui forment « les dispositifs de dégustation du vin »). L’accord ne porte pas « sur les vins eux-mêmes », « mais sur des manières acceptables de procéder pour pouvoir discuter et rendre publiques des évaluations divergentes ».

On rejoint là des questions classiques en philosophie politique et en théorie des sciences. Cette publication s’inscrit d’ailleurs dans le cadre de l’Institut interdisciplinaire de l’innovation, l’auteur appartenant au Centre de sociologie de l’innovation de l’école Mines-ParisTech.

Source : Centre de sociologie de l’innovation

10:26 Publié dans Alimentation et consommation, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : vin, sociologie |  Imprimer | | | | |  Facebook