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17/01/2020

Évolution de la diversité des espèces cultivées en Inde

Un article de décembre 2019, publié dans PLOS ONE, revient sur les impacts de l'intensification de l'agriculture en Inde sur la diversité des espèces cultivées, entre 1947 et 2014. Deux sources de données (India Agriculture and Climate et International Crops Research Institute for the Semi-Arid Tropics) ont été compilées pour suivre entre 20 et 24 espèces (selon les années et les informations disponibles), sur 305 districts. Le calcul d'indices a permis de préciser la diversité des cultures et son lien avec l'intensification des pratiques.

De 1947 à 2014, les surfaces cultivées en Inde ont augmenté de 37 %. Le riz reste la culture principale, malgré le triplement des surfaces de blé, deuxième culture la plus répandue. L'expansion du blé s'est faite au détriment de nombreuses espèces, telles que le pois chiche, l'orge et, dans une moindre mesure, le millet, le sorgho et le coton. De plus, deux tiers des surfaces cultivées en millet et en sorgho ont été remplacées par d'autres espèces, notamment le colza, la moutarde, le coton, les fruits et légumes.

En 1956, les cultures se répartissaient de manière relativement homogène en Inde. Par la suite, les États du Nord se sont spécialisés dans la production du blé et du riz, là où ces plantes étaient déjà implantées en 1947. L'intensification de l'agriculture, la mise en place de subventions, d'un contrôle des prix et d'investissements publics, pour améliorer les réseaux de distribution, ont favorisé la compétitivité de ces deux cultures au détriment du sorgho et du millet, entraînant une diminution de la diversité culturale dans ces États. Indirectement, ces politiques ont aussi incité les États dont les conditions étaient moins propices au riz et au blé à s'orienter vers d'autres productions. Des actions de diversification des cultures ont également encouragé ces évolutions, ainsi qu'une demande en produits diversifiés plus forte suite à l'augmentation des revenus des habitants. Pour cette raison, les districts obtenant les scores de diversification les plus élevés se situent aujourd'hui dans le sud du pays, notamment ceux s'étant détournés du sorgho et du millet au profit du colza, de la moutarde, du coton, des fruits et des légumes.

Les auteurs établissent ainsi les impacts indirects et opposés que peuvent avoir des politiques d'intensification sur des régions moins favorisées en matière de potentiel de production. Ils rappellent cependant que l'augmentation de la diversité culturale ne traduit pas la diversité biologique totale des régions, qui peut être impactée négativement par l'expansion des cultures.

Nombre d'espèces cultivées en 1956, 1974, 1992 et 2008 au niveau des États (A) et des districts (B)

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Source : PLOS ONE

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : PLOS ONE

16:07 Publié dans Mondialisation et international, Production et marchés | Lien permanent | Tags : inde, cultures, intensification |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/07/2019

Variété des cultures et moindre risque de pénuries alimentaires

Selon un article publié dans la revue Nature par des chercheurs de l'université du Minnesota, une plus grande diversité des cultures d'un pays accroîtrait la stabilité des récoltes alimentaires nationales et atténuerait les fortes baisses de rendements. Les auteurs ont testé l’hypothèse dite de l'« effet portefeuille », qui anticipe les conditions dans lesquelles la diversité peut conduire à une plus grande stabilité. Pour cela, ils ont analysé près de 50 années de données (1961-2010) de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), sur les rendements annuels de 176 espèces cultivées dans 91 pays. Leur travail mobilise notamment l'indice de Shannon, relatif à la diversité spécifique, et tient compte d'autres variables : irrigation, fertilisation, précipitations, température, etc. À l'aide d'analyses économétriques permettant des extrapolations à partir des données disponibles, ils mettent en évidence plusieurs résultats.

Les pays où la diversité des cultures est parmi les plus faibles ont une forte probabilité de subir une grave pénurie alimentaire, environ tous les huit ans, alors que cette fréquence est aux alentours de 100 ans pour ceux dont la diversité des cultures est parmi les plus élevées. De plus, une grande variété de cultures rehausserait les rendements nationaux indépendamment des autres variables étudiées. De bonnes capacités d'irrigation auraient des effets stabilisateurs, réduisant le nombre d'années avec pénuries alimentaires graves, à l'inverse de l'instabilité des températures et des précipitations.

Déterminants de la stabilité du rendement calorique national

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Source : Nature

Lecture : les coefficients montrent l'ampleur de l'effet de chaque variable (régression multiple du logarithme) sur la stabilité du rendement national ; en a), régression utilisant la diversité effective des groupes de cultures ; en b), régression utilisant la diversité effective des espèces cultivées. Les astérisques indiquent la significativité de chaque prédicteur : ***P < 0.001 ; NS, non significatif (P > 0,05).

Les résultats suggèrent que les pays peuvent avoir des approvisionnements alimentaires plus stables en augmentant de manière appropriée la diversité des cultures, ce qui permettrait aussi aux agriculteurs de mieux stabiliser leurs revenus. Les chercheurs concluent que cette diversification compléterait les avantages des nouvelles variétés tolérantes à la sécheresse, de l'irrigation accrue, des cultures intercalaires et d'un commerce plus important et plus transparent.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Source : Nature

16:55 Publié dans Sécurité alimentaire | Lien permanent | Tags : pénurie alimentaire, variété, cultures |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/05/2017

L'alimentation demain. Cultures et médiations, Gilles Fumey (dir.)

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Sous la direction de Gilles Fumey, cet ouvrage regroupe un ensemble de textes traitant des médiations dans l'alimentation. Les mangeurs sont fréquemment en situation de « dissonance cognitive », conflits qu'ils cherchent à résoudre en utilisant leurs émotions (« vérités qui ne peuvent pas mentir ») et des savoirs vernaculaires. Interviennent ici des pratiques, des lieux et des groupes différents, multiples et changeants. Ainsi, en amont de l'acte de manger, sont mobilisées et mises en œuvre de très nombreuses informations et décisions, et c'est en cela que l'alimentation est une médiation « entre soi et le monde ».

Sont ici abordées diverses thématiques : controverses, culture gastronomique, « révolution Food 2.0 » en Californie, viande et protéines végétales, le buveur comme miroir des pratiques alimentaires, etc. Deux textes mettent également en regard les dynamiques de mondialisation alimentaire asiatique et méditerranéenne. Nicolas Baumert s'intéresse à l'Asie, dont l'extension du soft-power culinaire repose sur des formes variées, des food courts en centre commercial aux restaurants gastronomiques. Revenant notamment aux sources de cette mondialisation culinaire, il met en avant l'alliance entre tradition et modernité, avec une résonance entre ces spiritualités et la mode de la cuisine santé, et des cuisines adaptées tant à la cellule familiale qu'à la vie urbaine. La diversité de ces cuisines reste toutefois à faire connaître, au-delà d'une unité, dans les représentations, autour du riz et des baguettes. Pour l'auteur, « l'Asie a retrouvé une place en accord avec son poids démographique dans le kaléidoscope gastronomique mondial ».

Pierre Raffard traite de la Méditerranée qui, « associée à l'idée d'une frugalité saine et heureuse », est « devenue synonyme d’Éden gastronomique ». Les étapes et modalités de cette mondialisation sont retracées en prenant appui sur les phénomènes migratoires, les dynamiques de métissages et les transformations des paradigmes nutritionnels. Comme précédemment, l'hétérogénéité initiale des cuisines méditerranéennes a été perdue lors de leur diffusion. Elles ont en effet généré une multitude de formes hybrides et des plats-symboles (pizza, döner kebab) ont véhiculé une « référence culinaire globale et globalisée ». Il conclut sur le fait que la cuisine devient politique, et pourrait être un « nouveau terrain de tensions identitaires ».

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Lien : CNRS Éditions