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07/11/2019

L'innovation sociale comme levier du développement des territoires ruraux de montagne

Les territoires ruraux et montagneux marginalisés sont parfois des lieux d'innovation sociale. Dans un numéro de la Revue de géographie alpine, consacré à ce sujet, des chercheurs ont étudié trois initiatives associant innovation sociale et production de laine (Pôle Laine, Ardelaine et Terre de Laine). À travers ces exemples, il s’agissait pour eux de comprendre dans quelle mesure l'innovation sociale pouvait constituer une piste pour le développement des territoires de montagne. Les auteurs montrent que si les projets étudiés sont tous structurés autour de la filière laine, d'un territoire et d'innovations sociales (constitution d'une Scop pour porter le projet, etc.), ces éléments ne se mettent pas en place simultanément ou dans le même ordre selon les cas : tantôt c'est la volonté de re-développer la production de laine qui amorce le projet, l'ancrage territorial et l'innovation sociale ne venant que plus tard, tantôt l'ordre est inversé.

Chronologie comparée des ancrages des trois projets étudiés

Laine.jpg

Source : Revue de géographie alpine

Dans tous les cas, ces initiatives ont enclenché des processus de développement local dépassant la seule production de laine (tourisme, culture, restauration, insertion sociale, etc.).

Source : Revue de géographie alpine

09:22 Publié dans Territoires | Lien permanent | Tags : innovation sociale, territoires ruraux, laine |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/10/2019

Interroger le concept de « frontière » pour mieux se protéger contre les ravageurs des forêts

Dans une publication récente, une équipe de chercheurs britanniques se saisit du concept de « frontière » pour en étudier les implications dans la lutte contre les pathogènes forestiers. S'il est fréquemment utilisé dans le cadre des questions migratoires et des risques liés aux déplacements de populations, ce n'est pas le cas en matière de biosécurité et de transport des marchandises.

Cette approche innovante s'appuie sur l'analyse des pratiques et des discours des acteurs de la protection de la santé des arbres (État, ONG, entreprises, scientifiques, etc.), recueillis grâce à une trentaine d'entretiens semi-directifs et à des focus groups. Ceux-ci réunissaient des participants à des ateliers déjà impliqués dans une recherche pluridisciplinaire sur les nouvelles technologies pour la détection précoce des ravageurs et pathogènes.

L'analyse est centrée sur la Grande-Bretagne mais la notion de frontière, a priori facile à définir s'agissant d'une île, paraît plus complexe dès lors qu'il est question de matériel biologique et de ses modalités d'entrée et de dissémination. Les supports des pathogènes sont diversifiés (emballages en bois, bois transformés, plantes), tout comme leurs modes de transport (camions, porte-conteneurs, avions, voitures, etc.). Enfin, leur introduction sur le territoire peut se faire sous différentes formes, plus ou moins faciles à repérer : spores, œufs, larves, etc.

De ce fait, les acteurs interrogés placent la frontière, entendue comme point d'introduction et de contrôle, à différents niveaux et lieux en fonction des produits et des ravageurs, depuis les ports jusqu'aux pépinières. Les auteurs font dès lors émerger le concept de « frontière omniprésente » (everywhere), conduisant à adapter les modalités de lutte contre les introductions de ravageurs. Ils invitent également à renforcer les contrôles à l'origine.

Enfin, si la frontière est partout, la responsabilité de tous dans la prévention et la détection précoce est engagée. La santé de la nature étant un bien commun, les auteurs proposent d'adopter la notion de « frontière pour tous » (everyone) et de définir les rôles de chacun, inspecteurs, forestiers ou grand public, tout en pointant la nécessité d'un développement des savoirs. Ces travaux prennent un relief particulier dans le contexte du Brexit, les auteurs s'interrogeant sur l'arbitrage futur entre renforcement des frontières et libre-échange.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Forests

17/09/2019

Terres nourricières ? La gestion du foncier agricole en France face aux demandes de relocalisation alimentaire

Les démarches de « retour au local », en matière alimentaire, sont le plus souvent étudiées sous l'angle de la consommation citoyenne, reléguant à l'arrière-plan leurs aspects fonciers et spatiaux. Elles sont aussi entourées d'un certain halo discursif, entretenant un doute sur leur réelle portée transformatrice. La thèse de géographie qu'A. Baysse-Laîné (université Lyon 2) consacre aux « mobilisations de terre », dans le cadre de projets de relocalisation alimentaire, apporte une analyse très éclairante en la matière.

Ciblant ses observations sur trois zones – le Lyonnais, l'Amiénois et le sud-est de l'Aveyron –, l'auteur repère des projets de relocalisation portés par divers acteurs : l'association Terre de Liens (6), des acteurs publics locaux (12), mais aussi des agriculteurs (118) intégrés dans une filière et réorientant tout ou partie de leur activité vers les marchés de proximité, notamment à l'occasion de la transmission de l'exploitation. Une autre dimension importante de son travail consiste à cerner la base foncière de ces circuits alimentaires.

Ses résultats mettent notamment en évidence une forme originale de « circuits courts de longue distance », sous influence urbaine et, dans le cas des mobilisations des acteurs publics, relativisent l'idée d'une moindre qualité des terres mises à disposition. Ils pointent aussi l'important décalage entre les discours sur la terre nourricière et la réalisation limitée des projets.

Le renouvellement des voies d'accès au foncier agricole se fait « à la marge » des dispositifs majoritaires d'installation. Des associations de développement rural et le syndicalisme minoritaire mettent en œuvre des « stratégies réticulaires » pour partager l'information sur la libération de terres à exploiter. De leur côté, les acteurs publics territoriaux et Terres de Lien engagent des « stratégies domaniales » d'acquisitions de terres, pour réserver celles-ci à certains types d'agriculture (production biologique, permaculture, etc.). Adoptant une approche en termes de « faisceaux de droits fonciers », l'auteur analyse les rapports de force autour des terres et envisage les effets des stratégies domaniales sur la coexistence entre différents modèles agricoles. Si les surfaces concernées sont assez réduites, ces effets d'ouverture à de nouveaux publics sont, en fait, loin d'être négligeables, les mobilisations de terre étant l'occasion d'un réajustement, plus ou moins conflictuel, des relations entre acteurs.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : HAL

09/09/2019

Commerce et ruralité. La « renaissance rurale » d'un siècle à l'autre ?, Michaël Pouzenc

Cette recherche universitaire analyse les rapports entre commerce alimentaire et ruralité. Dire que le commerce a disparu de l'espace rural est aujourd'hui un lieu commun. À l'encontre de ce préjugé, l'auteur montre que si la réduction du nombre des petits magasins traditionnels est bien réelle, elle a été compensée par l'installation de supérettes ou supermarchés de la grande distribution. Ils appliquent certes des modèles identiques à tous les territoires qu'ils occupent, mais en veillant aussi à s'adapter aux demandes spécifiques des consommateurs locaux. D'autres formes nouvelles d'installations récentes (boutiques multiservices, vente de plats à emporter ou de produits bios, etc.) participent de cette même vitalité rurale.

En même temps que la ruralité accueille et conditionne certains types de commerce, le commerce façonne de nouveaux rapports à la ruralité. Petits magasins comme grandes enseignes mettent en avant les produits du terroir, les agriculteurs des environs, la consommation citoyenne, etc. De leur côté, les circuits alternatifs de vente directe (AMAP, etc.) amènent les vendeurs et acheteurs à construire ou reconstruire de nouvelles images de la ruralité, faites d'engagements (développement durable, achats équitables) et de nouvelles représentations de la nature.

Au total, les nombreuses études de cas mobilisées dans ce livre montrent que ni le commerce rural ni la ruralité ne déclinent. Ils ne s'excluent pas non plus, alors même que nous vivons dans une société de consommation très urbanisée et à forte mobilité.

Lien : Presses universitaires du Midi

16:10 Publié dans Alimentation et consommation, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : commerce, ruralité, pouzenc |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/09/2019

Impacts sur l'agriculture de quatre scénarios politiques pour l'Union européenne à l'horizon 2040

Un article paru dans Land Use Policy en juin 2019 présente les résultats de la modélisation des impacts sur l'agriculture, à l'horizon 2040, de quatre scénarios politiques, développés par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et adaptés par les auteurs au cas européen. Le premier scénario (A1), libéral, prévoit la suppression de la Politique agricole commune (PAC) et la réduction des taxes à l'importation. Ce scénario conduirait à une réduction des petites et moyennes exploitations et, ainsi, à l'abandon de terres agricoles. De ce fait, la production totale serait en recul, malgré une meilleure efficience des structures restantes. Le scénario euro-sceptique (A2), avec maintien de la PAC et activation de mesures de protectionnisme, maximiserait les niveaux de production, au détriment de l'environnement. Le scénario social-démocrate (B1), remplaçant la politique agricole par le paiement de services écosystémiques aux agriculteurs, obtiendrait des résultats proches de ceux du scénario A1 : en effet, il serait marqué notamment par un abandon de prairies (propices à une mosaïque d'habitats, donc à une biodiversité importante), remplacées par des surfaces boisées plus uniformes. Enfin, le scénario localiste (B2), maintenant la PAC et régulant l'utilisation des terres au niveau local, semble le meilleur compromis, avec un haut niveau de production (1 % inférieur à A2) et les performances environnementales les plus élevées. Sa mise en œuvre nécessiterait de cibler des aides sur les zones agricoles marginales, sensibles à l'abandon des terres.

Modélisation des performances environnementales (indice BFFP) et productives des quatre scénarios prospectifs à horizon 2040, par rapport à l'année de référence 2010

ScenariosUE.jpg

Source : Land Use Policy

Lecture : le BFFP agrège les mesures des pressions sur la biodiversité des plantes dans trois systèmes de production (terres arables, prairies et cultures permanentes) ; l'indicateur en abscisse somme les productions pour la consommation humaine, pour l'alimentation animale, de biomasse non alimentaire pour produire de l'énergie, et de résidus de cultures permanentes.

Source : Land use policy

05/09/2019

La région Nouvelle-Aquitaine adopte sa feuille de route pour une transition écologique et énergétique

Lors de sa séance plénière du 9 juillet 2019, le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a adopté une feuille de route Néo Terra. Accompagner et accélérer la transition. S'appuyant sur les travaux de deux comités scientifiques ayant posé des diagnostics régionaux en matière de climat (AcclimaTerra – voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog) et de biodiversité (Ecobiose), onze ambitions sont formulées, cette stratégie ayant pour objectif de « faire de chaque risque une opportunité », en offrant la possibilité de « faire région », « faire levier » et « faire progrès ». Il s'agit, par exemple, d'encourager l'engagement citoyen (construction et diffusion d'une information fiable, promotion de modes de consommation responsables, etc.), d'accélérer et accompagner la transition agro-écologique (cf. figure ci-dessous), ou encore de préserver les ressources naturelles (en particulier en eau) et la biodiversité.

Ambitions de la région Nouvelle-Aquitaine en matière de transition agro-écologique à l'horizon 2030

NeoTerra.jpg

Source : région Nouvelle-Aquitaine

Source : région Nouvelle-Aquitaine

08/07/2019

Les échelles du commerce équitable : du commerce Nord-Sud au local

Un récent article de la revue Cybergeo s'intéresse à la reconfiguration des espaces du commerce équitable qui, selon l'auteure, s'opère depuis une quinzaine d'années dans le monde. Précédemment structuré autour d'échanges entre Nord (l'Europe représentant 60 % de ce marché) et Sud rural (Afrique, Asie, Amérique latine), le commerce équitable se développe aujourd'hui à des échelles plus régionales, voire locales, autour de polarités urbaines du Nord. Cette forme émergente Nord-Nord met en avant la préservation de l'agriculture familiale de proximité, sur fond d'argumentaires environnementaux et de souveraineté alimentaire.

L'article analyse les transformations des pratiques associées à ces nouveaux discours et réseaux d'acteurs, à travers la campagne internationale Fair Trade Towns lancée en 2001. L'auteure l'étudie aussi ses déclinaisons française (« Territoires du commerce équitable » à Lyon, 2009) et belge (« Communes du commerce équitable » à Bruxelles, 2004). Portées par des coordinations nationales d'acteurs historiques du commerce équitable (Oxfam, Ethiquable, Fair trade Max Havelaar, Artisans du Monde, etc.), ces campagnes visaient à redynamiser les ventes et les réseaux, et cherchait à promouvoir plus largement le secteur après des pouvoirs publics.

Cette institutionnalisation du commerce équitable a conduit à l'émergence de territoires urbains labellisés, qui souscrivent aux cinq critères génériques proposés par Fair Trade Towns. En intégrant certaines dimensions du commerce équitable dans leurs projets alimentaires ou leurs Agenda 21 (« achat publics » pour Lyon, « développement économique » pour Bruxelles), les villes deviennent de nouveaux acteurs du secteur : elles en modifient la géographie, les réseaux d'acteurs et les modes de justification. Le commerce équitable se retrouve alors parmi d'autres formes de consommation éthique, donnant davantage d'importance aux dimensions locales, biologiques, durables et de souveraineté alimentaire, par rapport aux aspects traditionnels, insistant plus sur la solidarité internationale et la rémunération des producteurs du Sud.

Inscription du commerce équitable dans les dispositifs territoriaux de développement durable

Comerce-equitable.jpg

Source : Cybergeo, Revue européenne de géographie

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : Cybergeo, Revue européenne de géographie

14:00 Publié dans Alimentation et consommation, Territoires | Lien permanent | Tags : commerce équitable, géographie, fair trade towns |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/06/2019

Le biorégionalisme américain, un outil pour repenser nos territoires

Dans un article de la revue EcoRev' de mai 2019, M. Rollot retrace la généalogie du biorégionalisme, mouvement éco-anarchiste radical et libertaire de l'aménagement du territoire, né au début des années 1970 aux États-Unis. Il en explore les différentes facettes : décentralisation poussée et participation citoyenne, conservationnisme écologiste (par différence avec les régionalismes traditionnels), autonomie productive (en particulier agricole et alimentaire) et intrication entre l'urbain et le rural. Sur cette base, l'auteur identifie dans le biorégionalisme une possible source d'inspiration pour repenser la gouvernance écologique et humaniste à l'ère de l'anthropocène. Il en souligne également les différences avec les réinterprétations patrimonialisantes proposées par les mouvements biorégionalistes européens.

Source : EcoRev'

09:04 Publié dans Territoires | Lien permanent | Tags : biorégionalisme, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/05/2019

La revanche des villages. Essai sur la France périurbaine, Éric Charmes

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La France devenue très majoritairement urbaine, mais qui fut si longtemps rurale et agricole, est taraudée par la situation et l'avenir de ses campagnes. En la matière, de nombreux préjugés dominent : la ruralité serait synonyme d'activités paysannes, il y aurait une opposition nette entre villes et campagnes, les villages vivraient un déclin irrémédiable, résider dans le périurbain s'apparenterait à de la relégation, Paris abandonnerait les territoires périphériques, etc. Tout cela ne correspond ni à ce que disent les données statistiques ni aux réalités vécues par les populations. C'est ce que montre Éric Charmes, directeur de recherche à l'École nationale des travaux publics de l'État (ENTPE), dans ce petit ouvrage salutaire qui prolonge et synthétise ses recherches antérieures (voir à ce sujet une précédente brève sur ce blog).

Le rural n'a jamais été aussi peu agricole, et sa désagricolisation s'accélère avec l'installation de nombreux citadins aux origines, formations et professions variées. Ces néo-ruraux ne deviennent pas de vrais campagnards mais restent pleinement urbains : ils travaillent et s'approvisionnent dans l'agglomération la plus proche, utilisent ses équipements sportifs, éducatifs, médicaux ou culturels. Loin des anciens clivages, ces échanges quotidiens assurent une hybridation des modes de vie et une continuité spatiale à l'intérieur de l'aire d'influence urbaine. Quant à la distribution des revenus, elle ne permet pas non plus, dorénavant, de distinguer ces deux espaces. L'émiettement des villes est tel que près des deux tiers des exploitations agricoles françaises se trouvent aujourd'hui dans le périurbain, qui représente 40 % du territoire et presqu'un quart de la population.

L'auteur montre que la périurbanisation ne signifie pas la crise ou la fin des campagnes, mais au contraire leur renouveau. Bourgs et villages sont revitalisés à mesure qu'ils s'inscrivent dans l'orbite des pôles urbains, et ceux qui en deviennent de véritables satellites connaissent la croissance démographique et économique la plus remarquable. Socialement, la catégorie des néo-ruraux n'est pas seulement constituée de ménages modestes ou vieillissants, comme le répètent avec insistance les médias, mais aussi de couches moyennes et de cadres du privé et du public, porteurs de nouvelles exigences politiques et culturelles. Ils contribuent par exemple au développement de circuits courts alimentaires, à l'essor des associations ou à des expériences de démocratie participative. Ces derniers venus sont aussi les premiers à protéger leur cadre de vie, à empêcher de nouvelles arrivées pour préserver l'image de la commune, la valeur de ses logements et sa bonne fréquentation, enclenchant ainsi un processus de ségrégation et de « clubbisation » qui oblige les nouvelles générations de rurbains à élire domicile encore plus loin des centres-villes. Quoi qu'il en soit, loin des prophéties hasardeuses sur la désertification du territoire, les villages périurbains ont pris leur revanche sur l'exode rural et ont fait advenir la prémonition loufoque mais prospective d'Alphonse Allais, qui rêvait de « construire les villes à la campagne ».

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Éditions du Seuil

11:43 Publié dans Société, Territoires | Lien permanent | Tags : charmes, villages, périurbanisation, campagnes, villes |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/04/2019

Densité de population et canaux de distribution sur les marchés alimentaires locaux aux États-Unis

Publié début mars 2019, un article de la revue Applied Economic Perspectives and Policy analyse les effets de la densité de population sur trois canaux de distribution des marchés alimentaires locaux : vente directe, revendeurs (ex. : restaurants) et grossistes. La Local Food Marketing Practice Survey (5 700 répondants) fournit les données sur les pratiques de vente des agriculteurs, leur localisation (comté) et la distance parcourue. Un modèle statistique quantifie l'influence de la densité de population sur la probabilité de choisir un canal de distribution donné, et, pour les participants, l'impact sur les ventes. À faible distance (25 miles), une densité de population plus élevée favorise le choix de la vente directe au détriment des grossistes, mais cet effet s'atténue rapidement au-delà de 50 miles. Pour le recours aux revendeurs, l'effet de la densité de population est significativement positif jusqu'à 100 miles. Selon les auteurs, cette analyse spatiale des marchés alimentaires locaux fournit des éclairages pour mieux cibler les programmes de soutien public en faveur des marchés alimentaires locaux, comme par exemple le Local Food Promotion Program de 2014, qui appuie les intermédiaires tels que les food hubs.

Source : Applied Economic Perspectives and Policy

03/04/2019

Une analyse de la recomposition de la huerta comtadine à travers l'étude des trajectoires de vie d'anciens ouvriers agricoles marocains

Dans un article publié sur le site Géoconfluences, A. Lascaux analyse les reconfigurations contemporaines de l'agriculture comtadine (dans les Bouches-du-Rhône). Fondée sur la huerta (agriculture de type jardinatoire), celle-ci a longtemps reposé sur une large main-d’œuvre saisonnière venue du Maroc. Depuis les années 1980, elle traverse une grave crise, qu'illustre la croissance des surfaces en friches. L'auteure montre qu'une partie de ces friches sont aujourd'hui réinvesties de façon informelle par d'anciens saisonniers marocains, donnant ainsi à voir une forme originale de reprise agricole. Ils y pratiquent une agriculture maraîchère peu exigeante en capitaux, qui va de la polyculture vivrière à la monoculture destinée à la commercialisation. Malgré leur promotion sociale apparente, tous pâtissent d'une triple marginalisation : spatiale, car ils restent cantonnés aux friches ; matérielle, car leurs moyens sont limités ; sociale, du fait de tensions qui émergent avec les agriculteurs anciennement installés.

Source : Géoconfluences

10:11 Publié dans Agriculteurs, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : huerta comtadine, ouvriers agricoles |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/03/2019

Rapport de l'OPCC sur le changement climatique dans les Pyrénées : impacts, vulnérabilités et adaptation

L'Observatoire pyrénéen du changement climatique (OPCC) a publié récemment un rapport mettant à jour les connaissances sur les conséquences des évolutions du climat sur le massif des Pyrénées, proposant des recommandations et identifiant dix défis, présentés dans une vidéo en ligne. Lancé en 2010, l'OPCC analyse la vulnérabilité sociale, économique et naturelle au changement climatique de cette biorégion, s'appuyant sur une coopération transfrontalière : près de 100 scientifiques et experts ont ainsi contribué au présent rapport. Dans cette zone de montagne particulièrement vulnérable, le changement climatique est un « facteur de stress supplémentaire », aggravant les difficultés actuelles : dépeuplement, changements d'affectation des sols, faible renouvellement des générations dans le secteur primaire. Une augmentation récente de la température moyenne annuelle et une diminution des volumes annuels des précipitations sont ainsi documentées, et un accroissement progressif des températures minimales et maximales est modélisé.

Évolution de la température moyenne annuelle dans l'ensemble des Pyrénées durant la période 1959-2010 (en rouge, anomalie positive par rapport à la valeur moyenne de la période de référence 1961-1990 ; en bleu, anomalie négative ; en noir, moyenne mobile pour une période de dix ans)

OPCC1.jpg

Source : OPCC

Parmi les impacts étudiés sur les systèmes biophysiques et les secteurs socio-économiques, retenons par exemple ceux identifiés pour les forêts : modification de la diversité des communautés et de la distribution des espèces, déplacement en altitude et recolonisation des zones de pâturage, altération de la productivité et du rôle de puits de carbone, dégradation des conditions de santé et apparition de nouveaux pathogènes. Les capacités forestières de protection contre des risques naturels seraient affectées et le nombre et l'intensité des incendies pourraient augmenter. S'appuyant sur ces constats, les auteurs recommandent par exemple de maintenir voire développer les activités agricoles, pastorales et sylvicoles, pour diminuer le volume et la continuité des combustibles, assurer une mosaïque d'habitats plus résilients, etc.

Types de successions possibles d'essences sous l'effet des changements climatiques en zone de montagne pyrénéenne

OPCC2.jpg

Source : OPCC

Du côté de l'agropastoralisme, l'OPCC identifie, par exemple, une expansion de cultures méditerranéennes (ex : vigne, olivier), une baisse de la productivité (manque d'eau, modifications de calendriers, phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents), la perte de diversité floristique des pâturages, ou encore des impacts négatifs accrus sur la santé et le bien-être des animaux d'élevage. Là encore, des recommandations sont proposées : renforcement ou réorientation des plans de suivi et de surveillance des ravageurs et pathogènes, gestion conservatoire des sols, primes à la modernisation des systèmes de ventilation des bâtiments d'élevage, etc.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : OPCC, OPCC

Une analyse de la diversité des espaces ruraux européens et de leurs perspectives d'évolution à l'horizon 2030

Les territoires ruraux européens présentent une hétérogénéité marquée, source d'enjeux majeurs pour les politiques publiques. Dans ce contexte, le Joint Research Centre a voulu caractériser la diversité de ces espaces et leurs perspectives d'évolution d'ici 2030.

L'analyse s'est focalisée sur cinq variables : la population rurale, l'emploi et la valeur ajoutée agricoles, les surfaces agricoles et les surfaces en friche. Pour apprécier l'état actuel et futur (à 2030) de ces variables, les auteurs ont mobilisé le modèle LUISA, habituellement utilisé pour l'évaluation ex ante des politiques européennes impactant les territoires ruraux. Ils ont ensuite eu recours à des techniques de partitionnement, afin de constituer différentes catégories de territoires. Ce partitionnement a été réalisé à la fois à une échelle nationale, pour voir comment se différencient les pays les uns par rapport aux autres, mais également à une échelle plus fine (NUTS 3, qui correspond au département français), pour caractériser la diversité infra-nationale. Il s’est appuyé sur les données de 2015.

Au niveau national, cinq catégories ont été constituées. La première rassemble les pays où la population rurale est faible et où l'agriculture, bien qu'efficace en termes d’utilisation de l’espace (faible proportion de surfaces en friche) et de valeur ajoutée générée par actif, n'a pas une place importante dans l'économie (Royaume-Uni, Allemagne, etc.). La deuxième regroupe des pays à l'agriculture moins efficace et où la déprise est parfois importante (Europe du Sud et de l'Est). La troisième couvre des pays où l'agriculture, performante, contribue de façon non négligeable à l'économie nationale, et dont la part de la population rurale est légèrement supérieure à la moyenne européenne (France, Irlande, Danemark, etc.). La quatrième rassemble des pays aux espaces ruraux très peuplés mais peu tournés vers l'activité agricole, dont le potentiel est limité par des contraintes naturelles fortes (Autriche, Suède, etc.). Enfin, la cinquième catégorie se compose de la Roumanie et de la Bulgarie, pays aux espaces ruraux peuplés et où l'activité agricole est centrale. Le partitionnement réalisé à l'échelle locale, qui s’appuie sur des catégories comparables à celles utilisées pour le niveau national, révèle quant à lui une image encore plus diversifiée et dispersée, sans qu'il en ressorte de schéma géographique clair (cf. figure ci-dessous).

Typologie des territoires ruraux européens

JRC.jpg

Source : Joint Research Centre (extrait CEP)

Lecture : les couleurs des cinq catégories pour les deux niveaux géographiques (national et infra-national) ne correspondent pas à des caractéristiques strictement similaires, même si le nuancier est le même.

En montrant la grande diversité des espaces ruraux, cette étude ouvre la voie à la conception de politiques européennes prenant davantage en compte cette hétérogénéité.

Mickaël Hugonnet, Centre d'études et de prospective

Source : Joint Research Centre

13:26 Publié dans 1. Prospective, Territoires | Lien permanent | Tags : jrc, rural, espace rural |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/03/2019

La fondation Carasso publie un retour d'expériences françaises et espagnoles sur les systèmes alimentaires territorialisés

La fondation Carasso a lancé, en janvier 2019, sa collection des Carnets Carasso, destinée au partage d'expériences portées par ses partenaires, autour de la durabilité de l'agriculture et de l'alimentation. Le premier opus présente des « initiatives inspirantes », le second, objet de ce billet, présente un retour d'expériences de 22 projets français et espagnols de systèmes alimentaires territorialisés (SAT). Réalisé par le cabinet AOConsulting, le service Défis de Montpellier SupAgro et l’ONG Cerai, il s'appuie sur une analyse bibliographique, des entretiens de terrain, des débats entre acteurs sur le terrain, etc. Les SAT prennent de l'ampleur, en France, depuis la loi d’avenir pour l’agriculture de 2014 et, en Espagne, à partir des mouvements sociaux et du Pacte de Milan de 2015. Les principaux défis communs pour un ancrage dans la durée sont identifiés : mobiliser tous les acteurs de la chaîne alimentaire ; mettre en place une gouvernance adaptée ; trouver un modèle socio-économique viable. Plusieurs pistes expérimentées pour y répondre sont présentées.

Par ailleurs, les auteurs rappellent que les SAT connaissent un taux d’échec important, et ils mettent en lumière des points de vigilance et de fragilité. Il s'agit en particulier de la dépendance par rapport au portage politique local, jugé faible dans les deux pays et conditionnant la pérennité des projets aux résultats des élections. De même, il apparaît que les chambres consulaires s’emparent peu de ces questions. Dans un contexte de diminution des subventions publiques, ces initiatives doivent démontrer leur viabilité économique. Les auteurs considèrent qu'elles participent activement à l’intérêt général, l'alimentation durable étant, pour eux, « un bien commun » devant « bénéficier d’une partie de la redistribution de l’argent public ». Ils soulignent également que la rémunération au « juste prix » et transparente des différents acteurs de la chaîne permet rarement l'atteinte de l'intention initiale d'une accessibilité économique, à tous, des produits et services issus des SAT, mis à part dans les cantines scolaires où les repas sont subventionnés.

Enfin, ils préconisent une mise en commun des expériences et leur dissémination, et identifient plusieurs points non traités dans le document : les interactions entre ville et campagne et le développement des territoires, la diversité des enjeux environnementaux éclipsée par le renforcement de la production biologique, etc. Soulignons aussi qu'il serait intéressant d'approfondir la comparaison France-Espagne sur l’émergence et la conduite des SAT.

Pacôme Dupont-Guianvarch, Centre d’études et de prospective

Source : Fondation Carasso

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13/03/2019

Paradoxe de la modernisation : le productivisme agricole et ses critiques en Bretagne (1990-2010)

Dans la revue Politix, C. Lemieux (EHESS) s'intéresse aux conflits sociaux autour de l'élevage porcin. Il s'appuie sur des observations ethnographiques et des entretiens réalisés entre 2006 et 2009, dans trois départements de Bretagne, avec des éleveurs, des syndicalistes agricoles, des habitants, des militants écologistes, des agents de l’État et des élus locaux.

En premier lieu, l'article décortique les transformations de la morphologie sociale de la région, la rurbanisation enclenchant une lutte entre agriculteurs et néo-habitants pour la maîtrise foncière et politique du territoire. Il montre comment, à l'occasion des procédures d'enquête publique sur les installations d'élevage, les différenciations entre groupes s’effacent au profit d’une simplification extrême de l’espace social, réduit à l’opposition entre urbains et ruraux. Ce clivage « en vient à résumer à lui seul, mais en apparence seulement, toute la conflictualité locale ».

Chacun de ces camps produit des idées et s’efforce de prescrire « ce que la société doit devenir » – élaborant ainsi leurs conceptions de la « modernité ». Celle que portent les agriculteurs s’est formée dans les années 1950 et met « une foi indéfectible dans la science et l'industrie » au service de la compétition sur les marchés internationaux. Elle rentre en conflit avec la modernité environnementale dont se réclament les néo-habitants, élaborée plus tardivement, et que le droit communautaire et les dispositifs de la PAC intègrent dans les années 1990, exerçant une pression inédite.

Les producteurs porcins en viennent progressivement à réinterpréter ces critiques et ces injonctions et à les considérer comme une attente des marchés. Ils réorganisent alors leurs exploitations en contrôlant mieux les rejets dans la nature. Mais, ce faisant, ils approfondissent aussi la logique d’intensification productiviste. Le monde agricole connaît donc un véritable processus de « modernisation », concept que l’auteur entend réhabiliter en sciences sociales. Sans céder à la téléologie, ni réifier les deux camps, Lemieux souligne ainsi la nécessité de prendre en compte des « évolutions de longue durée dont la dynamique génère dans le présent contradictions et paradoxes ».

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Politix

13:23 Publié dans Agriculteurs, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : bretagne, modernisation, productivisme |  Imprimer | | | | |  Facebook