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13/04/2016

Transmettre son exploitation, un passage de témoin pas si simple

En agriculture, l'acte de transmission de l'exploitation dépasse largement l'enjeu de la cession d'un appareil de production. Les difficultés rencontrées tant par les cédants que par les repreneurs restent toutefois difficiles à cerner et surtout à catégoriser.

C'est ce qu'ont tenté de faire R. Gaté et L. Latruffe, en menant des enquêtes auprès de 15 agriculteurs récemment installés et de 25 exploitants ayant exprimé leur intention de prendre leur retraite dans les années suivantes, en Bretagne. Le numéro de janvier-février d’Économie rurale publie les résultats de ce travail. De fait, si la revue de littérature permet d'identifier des difficultés d'ordres foncier, économique, financier et administratif, on constate que celles perçues par les cédants ou repreneurs sont plus diffuses et complexes à appréhender, beaucoup d'enquêtés ne se retrouvant pas dans la liste de difficultés proposée.

Malgré la faible taille de l'échantillon et les biais liés à la sélection des participants (proposés par les organismes territoriaux impliqués dans la transmission agricole et volontaires pour participer), les enseignements tirés de l'étude ont le mérite d'ouvrir le débat. Il apparaît que la difficulté majeure, pour un exploitant sans repreneur familial, est de trouver le candidat à la reprise. En revanche, tant les repreneurs que les cédants s'accordent à désigner les aspects administratifs comme principaux obstacles au processus de transmission.

Le foncier est également une préoccupation forte qui dépasse la seule question de son coût : soit parce que le cédant souhaite conserver une partie de ses droits de propriété, accroissant de fait la part en fermage de l'exploitation pour son repreneur, soit parce que la propriété foncière de l'exploitation est déjà morcelée et nécessite plusieurs négociations afin d'obtenir un transfert du bail. C'est d'ailleurs l'un des critères de recherche pour les candidats à la reprise qui apparaît mal dans les échanges avec ces agriculteurs nouvellement installés.

Il ressort ainsi de l'enquête l'importance de sensibiliser les agriculteurs à la préparation de la transmission de leur exploitation, afin de tenir compte des délais inhérents à la mise en place d'un projet d'installation, mais également pour réfléchir sereinement à ses modalités.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Économie rurale

10:45 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : transmission, bretagne |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/04/2016

Les néo-paysans, Gaspard D'Allens, Lucile Leclair

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Soizic, ancienne animatrice, de Dunkerque, est devenue agricultrice sur l'île de Quéménès ; Emeline et Valère, qui vivaient en HLM à Voiron, sont à la tête d'une chèvrerie à Blaizac ; Peggy dirigeait le musée d'art et d'histoire de Coutances, et est maintenant arboricultrice près d'Orléans ; Sébastien, qui tenait un magasin de disques à Nancy, exploite avec Lucile une safranière ; Sarah, passée par British Telecom et Michelin, cultive des variétés anciennes de céréales et vend son pain. Voici quelques-uns des personnages de ce livre consacré aux nouvelles trajectoires d'installation d'exploitants non issus du monde agricole.

Les auteurs ont parcouru la France, pendant un an, à la recherche de ces "néo-paysans". Ils décrivent leurs vies antérieures, faites d'insatisfactions croissantes, le mûrissement progressif de leurs projets, les conseils plus ou moins bons dont ils s'entourent, leurs doutes ou enthousiasmes au fil de démarches souvent longues et des obstacles à franchir. Ils narrent aussi l'apprentissage des gestes techniques et des règles de gestion, les relations de voisinage pas toujours faciles, les nouvelles conditions de travail, la relative faiblesse des revenus, les impacts de tout ceci sur la vie familiale comme sur la pérennité et la viabilité de la reconversion.

Qu'ils soient en maraîchage, élevage ou culture, ces nouveaux venus racontent les mêmes histoires de rejet du monde urbain, de fuite du marché du travail, de désir de nature, de recherche d'indépendance et de liberté, de quête d'une nouvelle vie et de volonté de reprendre en main leur existence. Ils insistent sur la beauté du travail manuel, sur leur refus de la technique et du productivisme, sur leur méfiance par rapport à l'agriculture conventionnelle. Ils valorisent le proche, le local, le communautaire, la relation directe aux consommateurs. Souvent, ils vont puiser dans leur vie d'avant et mobilisent d'anciennes compétences professionnelles pour réinventer leur condition paysanne. Les plus politisés d'entre eux se présentent comme l'avant-garde d'un futur monde plus solidaire, comme les germes d'une nouvelle conscience collective.

Comme le soulignent les auteurs, d'un côté ces néo-paysans, de plus en plus nombreux, apportent dans les campagnes de nouvelles valeurs, de nouvelles pratiques, de nouvelles exigences, et modifient le système agricole de l'intérieur. D'un autre côté, leur quête d'autonomie cache un fort individualisme et, sous prétexte de lutter contre le modèle économique dominant, ils s'installent dans une marginalité au fond assez inoffensive.

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Seuil

10:22 Publié dans Agriculteurs, Territoires | Lien permanent | Tags : néo-paysans, seuil |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/04/2016

Derniers chiffres 2015 de la MSA : légère baisse du nombre d’agriculteurs et chute des revenus

La Mutualité Sociale Agricole vient de publier les derniers chiffres sur la population des non salariés agricoles. En 2014, le nombre d’agriculteurs a baissé de 1,3 %, avec 467 600 exploitations au 1er janvier 2015. Cette tendance se situe au même niveau que celles observées ces dernières années (autour de 1%), alors que la diminution était avant 2012 de l'ordre de 2 à 3 % par an.

Un quart des départs n'a pas été remplacé et, en parallèle, la surface moyenne par exploitant a légèrement augmenté, passant à 54,6 hectares contre 54,2 hectares l’année précédente. Toutefois, les superficies d'exploitation sont très inégalement réparties : un exploitant sur deux met en valeur moins de 42 hectares, alors que 25 % exploitent une superficie d'au moins 75,5 hectares, voire supérieure à 118 hectares (pour 10 % des agriculteurs). Toutes productions confondues, les revenus professionnels diminuent d’un peu moins de 21 % sur un an : c’est le secteur des grandes cultures qui accuse la plus forte baisse, de presque 48 %.

Enfin, la MSA constate une augmentation de la part des chefs d’exploitation pluriactifs, qui s’élève désormais à 16 %, mettant en exergue la recherche d’un autre revenu pour compléter celui issu de l’exploitation.

Source : MSA

09:56 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : msa, agriculteurs, revenu agricole |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/03/2016

Innovation en agriculture : le rapport AKIS recommande plus de régulation face à la privatisation du conseil

Les systèmes de connaissance et d'innovation agricoles (AKIS) sont mal adaptés aux défis du futur. C'est le constat fait par un groupe d'experts européens à l'issue d'un travail prospectif mandaté par le Comité permanent pour la recherche agricole (SCAR), et qui a donné lieu au rapport Agriculture knowledge and innovation systems towards the future.

Le SCAR avait déjà posé en 2009 un diagnostic sévère : « le système de connaissances et d’innovations agricoles européen, financé par des fonds publics, semble verrouillé dans d’anciens paradigmes fondés sur des approches linéaires et des présupposés conventionnels ». Dans un rapport de 2012, il incitait à renforcer les partenariats entre la recherche, le transfert et les agriculteurs (voir sur ce sujet une note du CEP). Dans ce troisième rapport, le groupe fait l'état des lieux des connaissances sur les AKIS en Europe, analyse les impacts potentiels de la révolution numérique sur ceux-ci, élabore trois scénarios prospectifs et dresse enfin plusieurs recommandations à destination des pouvoirs publics.

Ces recommandations portent en particulier sur le conseil aux agriculteurs. Si les dispositifs institutionnels sont hétérogènes entre pays, une tendance générale se dégage depuis plusieurs années : la privatisation du conseil. Ce phénomène a plusieurs conséquences potentielles : un moindre partage de l'information entre organisations et entre agriculteurs, l'exclusion de l'accès au conseil pour les producteurs les moins solvables, le biais commercial dans l'information technique apportée, etc.

Face à la montée des acteurs privés du conseil, plusieurs stratégies et rôles des pouvoirs publics sont possibles : l'appui aux agriculteurs exclus du conseil privé, la coordination des multiples acteurs du conseil, le rôle d'arbitre sur l'objectivité de l'information, la garantie de qualité du service de conseil public comme privé, la régulation du secteur. Le rapport recommande en particulier de rendre plus transparente la qualité du conseil, notamment via un système de certification à l'échelle européenne. D'autres recommandations concernent le ciblage du financement public du conseil sur les biens publics, les mécanismes garantissant un flux d'informations et de connaissances entre les divers acteurs, et le renforcement du suivi et de l'évaluation des systèmes de conseil.

Alexandre Martin, Centre d’études et de prospective

Source : Standing committee on agricultural research

10:34 Publié dans 4. Politiques publiques, Agriculteurs, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : scar, akis, conseil |  Imprimer | | | | |  Facebook

Les formes d’organisation entrepreneuriale de la production agricole en Amérique latine

Le dernier volume de la revue Géographie Économie Société, paru fin 2015, regroupe quatre articles sur les formes d’organisation entrepreneuriale de la production agricole en Amérique latine. Il s'attache à approfondir la caractérisation de ces formes d'agriculture dans trois pays (Argentine, Brésil et Uruguay) notamment au regard de leurs liens avec les acteurs en amont et en aval des chaînes de valeur, des modalités d'utilisation des ressources (en particulier foncières et financières) et d'optimisation de la gestion des actifs et de l'organisation du travail. Les articles analysent les leviers de leur développement : économiques, techniques et politiques, en particulier les aspects d’innovation, de relations avec les milieux financiers et les politiques publiques. Ils s’interrogent enfin sur les liens entre l'essor de ces agricultures et les processus de développement des espaces ruraux. Sont-elles sources de développement local ? Quelles relations se dessinent avec les centres urbains, nationaux ou extérieurs ?

L'un des articles s'intéresse à l'influence de ce type d'agriculture sur la globalisation des espaces ruraux. Les auteurs y proposent tout d'abord une typologie des formes d'organisation entrepreneuriale agricole : devenues moins patrimoniales, mais plus financières et industrielles, alliant gestion des risques et optimisation des ressources, de plus en plus soumises à des influences externes (cf. extrait de la typologie ci-dessous). Le foncier est au cœur de la stratégie de localisation de ces entreprises : en ce sens, il constitue le moteur de l'insertion des espaces ruraux dans la globalisation. Par ailleurs, les transactions se font à des échelles locales, nationales et internationales. L'organisation du travail au sein de ces entreprises, pour certaines multi-localisées, implique à la fois les zones rurales (production), les pôles urbains de proximité (services, gestion opérationnelle) et les métropoles nationales voire lointaines (gestion financière, décisions), organisant ainsi ces espaces en réseaux et intensifiant les relations entre eux. Ces mécanismes, amenés à s'accentuer, participent à l'expansion des grandes cultures (soja en premier lieu) et bouleversent les agricultures argentines, brésiliennes et uruguayennes.

Extrait de la typologie proposée des formes d'agriculture entrepreneuriale

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Source : revue Géographie Économie Société, adaptation CEP

Claire Deram, Centre d’études et de prospective

Source : Géographie Économie Société

 

10:29 Publié dans Agriculteurs, Exploitations agricoles, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : amérique latine |  Imprimer | | | | |  Facebook

15/03/2016

Agriculture irriguée du Maghreb : stratégies innovantes de jeunes ruraux

Alors que la littérature sur l'exode rural dans les pays du sud est abondante, le dernier numéro des Cahiers Agricultures (novembre-décembre 2015) se focalise sur les parcours de jeunes agriculteurs installés, ou en passe de le faire, en agriculture irriguée dans les pays du Maghreb. De fait, c'est dans ce type de productions que ces jeunes en quête de nouvelles formes d'agricultures porteuses d'innovations techniques, sociales et institutionnelles, sont aujourd'hui les plus présents.

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À contre-courant des flux migratoires, ces jeunes ruraux font le choix de l'agriculture en dépit de l'absence de système d'accompagnement à l'installation. Confrontés aux blocages fonciers, financiers, voire culturels, ils développent des stratégies de contournement et d'innovation. Au travers de trajectoires individuelles, dans plusieurs régions du Maghreb, mettant en œuvre différentes méthodes d'analyse et des angles d'observation variés, ce numéro présente des réflexions approfondies sur les moteurs de l'installation agricole dans des pays en voie d'urbanisation et confrontés au chômage des jeunes.

L'une des études propose une approche originale afin d'identifier les dynamiques portées par les jeunes agriculteurs : modéliser le monde réel à travers un jeu de rôles, puis utiliser ce monde virtuel pour simuler le futur avec les acteurs concernés. Enfin, les simulations sont analysées collectivement pour en tirer des enseignements, notamment sur les enjeux à relever, dans un contexte de raréfaction de la ressource en eau.

Schéma de la démarche participative retenue dans le cadre de l'étude sur le rôle des jeunes agriculteurs dans une agriculture en transition dans le Saïss (Maroc)

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Source : Cahiers Agricultures

Cette méthode participative a permis une appropriation par les parties prenantes des situations singulières, mais aussi une appréhension du système dans sa globalité. L'étude éclaire les différences intergénérationnelles dans la conduite des exploitations, les jeunes s'avérant tout à la fois les plus innovants, montrant un esprit entrepreneurial développé, investis dans leur territoire et enclins à une démarche collective face aux problèmes rencontrés.

Au-delà des spécificités liées au contexte et aux freins propres à ces pays, les analyses présentées dans ce numéro questionnent les critères conduisant des jeunes à s'installer en agriculture, en dépit des discours peu engageants des entourages et du contexte économique difficile.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Cahiers Agricultures

10:25 Publié dans Agriculteurs, Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : maghreb, installation, jeunes |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/03/2016

Activités agricoles et risques de cancers chez les affiliés du régime agricole : résultats intermédiaires de l’étude AGRICAN

Un article de la revue Innovations Agronomiques mis en ligne récemment présente les premiers résultats de l’étude AGRICAN (AGRIculture et CANcers), conduite notamment par l’Inserm et l’université de Caen-Normandie. Enquête de cohorte épidémiologique débutée en 2005 et destinée à se poursuivre jusqu'en 2020 au moins, AGRICAN scrute la population agricole résidant dans onze départements français : plus de 180 000 affiliés du régime agricole, en activité ou à la retraite, sont suivis au cours du temps à la fois sur leurs expositions agricoles et leur état de santé (cf. figure ci-dessous). Le croisement des données issues des questionnaires renseignés par les membres de la cohorte, d'une part, et de la matrice cultures-exposition PESTIMAT d'autre part, permet ainsi d’obtenir des informations sur l’utilisation des pesticides.

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Source : Innovations Agronomiques

Plus grande cohorte au monde sur la santé en milieu agricole, AGRICAN permet de collecter des informations scientifiques sur les risques liés à l'activité des agriculteurs. C’est ainsi la première fois que le risque de cancer dans la population agricole française a pu être quantifié par rapport à la population générale : dans la cohorte, le taux de mortalité par cancer est inférieur de 30 % chez les hommes et de 24 % chez les femmes. Le rôle spécifique de certaines activités agricoles sur la survenue des cancers de la prostate ou des poumons (les plus fréquents chez l'homme dans la population générale) a également pu être étudié.

Si les premiers résultats de cette étude confirment la tendance observée au niveau international (risques plus élevés chez les agriculteurs pour des cancers de la prostate ou pour les mélanomes cutanés et plus faibles pour les cancers liés au tabagisme), ils montrent aussi que les risques de cancers de la prostate sont augmentés chez les éleveurs de bovins et de porcins ou lors de l’exposition aux pesticides sur différentes cultures (céréales, vergers, tabac, etc.). À l’inverse, concernant le cancer du poumon, les risques seraient moins élevés chez les éleveurs de bovins et de chevaux.

Notons que les résultats d’AGRICAN contribuent à enrichir les connaissances dans le cadre du consortium international de cohortes agricoles (AGRICOH).

Christine Cardinet, Centre d'études et de prospective

Source : Inra

10:06 Publié dans Agriculteurs, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : pesticides, agrican |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/03/2016

La difficile mise en mouvement des agriculteurs victimes des pesticides

Dans un billet précédent, nous avions signalé plusieurs travaux de science politique portant sur la « cause » des agriculteurs victimes des pesticides. Coline Salaris vient de mettre en ligne sa thèse, intitulée Mobilisations en souffrance. Analyse comparative de deux problèmes de santé publique : familles victimes du Distilbène et agriculteurs victimes des pesticides.

L’auteur déroule une comparaison entre les deux cas. L'idée de mettre en parallèle une affaire déjà bien connue et un problème qualifié d'émergent, est intéressante. La première partie de la thèse met en avant les « entraves à la victimisation » (déni, incompréhension, etc.) et décrit le chemin cahoteux qui part de l’identification mal assurée d’un problème personnel, passe par la rencontre d’autres malades (les « pairs » du « groupe latent »), et aboutit à la consolidation d’un « groupe nécessaire » autour du « ciment de la blessure commune ». La seconde partie aborde des enjeux organisationnels – division du travail entre associations, « bureaucratisation » des associations autour du « noyau originel » –, mais aussi la quête de relais dans les médias, dans le secteur académique et devant les tribunaux, pour se terminer sur les convergences entre action des victimes et politiques de santé publique.

« Se présenter comme victime et se mobiliser en tant que telle dans l’espace public ne va pas de soi », explique l’auteur. Étudier le « processus de victimisation » constitue « un préalable important à la compréhension des mécanismes de mise en œuvre des actions collectives victimaires ». À partir des cas traités, C. Salaris dégage ainsi des enjeux généraux aux niveaux individuel et collectif : « Individuellement, ce processus implique une intériorisation et une formulation identitaires consistant à donner du sens » à une épreuve existentielle. « Collectivement, il s’agit de construire un groupe » suffisamment solide et visible pour faire reconnaître par les autorités comme véritable problème de santé publique ce qui, au départ, apparaissait comme une infortune personnelle.

En fin de volume, de larges extraits d’entretiens sont opportunément reproduits.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : HAL Sciences de l'Homme et de la Société

10:02 Publié dans Agriculteurs, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : pesticides, santé publique, mobilisation, salaris |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/03/2016

Agriculteurs, métiers d'avenir ?

À l'occasion de l'édition 2016 du Salon International de l'Agriculture, France Culture s'est installée porte de Versailles. L'émission « Du grain à moudre » du 4 mars, animée par Hervé Gardette, s'interrogeait sur l'installation en agriculture. Alors qu'un agriculteur sur deux partira à la retraite dans les 10 prochaines années, « Faut-il avoir un grain pour devenir agriculteur ? » a confronté différents points de vue sur ceux qui s'installent aujourd'hui. Étaient invités Lucile Leclair, co-auteure de l'ouvrage Les néo-paysans, Pierre Meyer, jeune agriculteur, Michèle Roux, de la Confédération paysanne et Frédérique Elbé, proviseure d'un lycée agricole.

Leurs échanges ont permis de montrer la diversité accrue des profils des « jeunes » qui s'installent désormais. Ils ont également souligné une évidence : aux côtés des enfants d'exploitants qui reprendront le flambeau, de plus en plus nombreux sont ceux qui s'installent sans origine agricole, et avec une vision neuve de ce domaine professionnel. De fait, les agriculteurs sont aujourd'hui peu enclins à conseiller à leurs enfants de se lancer dans l'aventure. Si les jeunes ruraux restent nombreux à s'orienter vers les filières de l'enseignement agricole, beaucoup le font non pour s'installer mais pour se destiner à des métiers en lien avec l'agriculture. Ainsi, 35 à 40 % de ceux qui prennent la tête d'une exploitation ont plus de 40 ans et le font hors dispositifs d'installation, amenant les intervenants à s'interroger sur l'adéquation actuelle des critères retenus pour les aides à l'installation.

Source : France Culture

09:40 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : installation, france culture, métiers |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/12/2015

Un rapport de la FAO sur l’agriculture dans une zone de conflit

La FAO vient de rendre public le rapport d’une étude traitant de l’influence du conflit armé sur les exploitations agricoles dans l’est ukrainien. Les enquêteurs, déployés par une ONG locale, ont interrogé 648 exploitants, en se basant sur un échantillon représentatif d’exploitations vivrières et professionnelles, des deux côtés de la ligne de front séparant les territoires occupés des territoires sous contrôle de l’État ukrainien.

Les principaux résultats décrivent une situation particulièrement dégradée le long de cette ligne de front ainsi que dans les territoires occupés. L’accès au crédit et les problèmes de trésorerie rendent le financement des campagnes particulièrement difficile pour les agriculteurs professionnels qui ne peuvent plus se fournir en intrants, les prix de ces derniers ayant doublé. Les exploitations réduisent leurs cheptels bovins et s’orientent vers une production végétale encore plus extensive. L’autoconsommation joue plus que jamais un rôle de filet de sécurité alimentaire, dans un contexte de grande pauvreté monétaire, avec une intensification du travail agricole vivrier.

Les auteurs terminent par une série de recommandations, au premier rang desquelles la nécessité de réorganiser les filières d’intrants et de subventionner l’achat d’engrais et d'aliments pour le bétail. Dans un second temps, des aides pour l’achat de produits phytosanitaires, de cheptels et de machines agricoles seront nécessaires. D’après les experts de la FAO, 6 à 20 millions de dollars US seraient nécessaires pour éviter un effondrement du secteur agricole, qui aurait des conséquences économiques et sociales importantes.

Alexis Grandjean, Centre d’études et de prospective

Source : FAO

11:35 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : fao, ukraine |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/12/2015

Agriculture et monde agricole. Pierre Daucé

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Il est des livres-thèses, défendant une argumentation centrale de bout en bout, ou des livres-compilations, accumulant des idées et des faits relatifs à un sujet. Entre ces extrêmes, cette publication de Pierre Daucé (ancien chercheur INRA et ancien professeur à l'ENESAD et à l'ENSAR), est un bel exemple de livre-panorama, puisqu’il porte un regard circulaire sur l’histoire et sur l’avenir de l’agriculture française, en soulignant bien les débats et les défis, mais aussi les lignes de rupture et les marges de progrès qui structurent ce monde agricole.

Il commence en situant l’agriculture dans l’économie nationale, et rappelle que la production et les rendements croissent continûment depuis deux siècles, avec des exploitations plus grandes, plus mécanisées, qui participent aux échanges interindustriels et aux équilibres de la balance commerciale, mais ne représentent plus qu’une très faible proportion de l’emploi global et du PIB. Il prolonge son portrait par une description des nombreuses institutions et organisations agricoles (syndicats, coopération, mutualisme, etc.), et des non moins nombreuses politiques, réglementations, incitations, réformes, qui n’ont pas cessé d’encadrer ce secteur. Il s’intéresse ensuite aux productions, abondantes et diversifiées, fondées sur une mobilisation de plus en plus importante de capitaux, sur des structures sociétaires, de fortes spécialisations régionales et une différenciation marquée des statuts et des profils des actifs. Le chapitre suivant présente les grandes composantes du système agroalimentaire : production, distribution, consommation, filières, chiffres et règles du commerce international, marchés et prix, logiques de soutien public ou de libre concurrence. Le portrait se prolonge ensuite par des pages sur les conditions de vie en agriculture (famille, santé, retraite, accès aux équipements et aux services), les plus nombreuses étant consacrées à la mesure des revenus, à leur variabilité dans le temps et leur disparité selon les systèmes de production. Ce panorama se termine par une ouverture prospective sur les défis à venir pour l’agriculture française : les sources de tensions s’accumulent (environnement, développement rural, sécurité alimentaire, mondialisation), les jeux d’acteurs se complexifient, de nouvelles politiques apparaissent, et les modèles d’exploitation adaptés à ces changements restent certainement à trouver…

Bruno Hérault, Centre d’études et de prospective

Lien : La Documentation française

10:32 Publié dans Agriculteurs | Lien permanent | Tags : agriculture, monde agricole, daucé |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/12/2015

Les consommateurs vont-ils bloquer le progrès technologique en agriculture ?

Sous ce titre un brin provocateur pour un lecteur français, la revue du think-tank Australian Farm Institute propose un dossier consacré à l’acceptabilité sociale des biotechnologies et de l’élevage intensif. L’ensemble de la publication est coloré par une orientation technophile. L’inquiétude à l’égard des marchés asiatiques, plus réticents aux OGM à mesure qu’ils se développent économiquement, retient particulièrement l’attention. La revue de littérature réalisée par une équipe de l’University of Southern Queensland rappelle que l’Australie possède des atouts commerciaux à faire valoir sur ces marchés (une « intégrité » et une « capacité à produire des produits alimentaires de qualité élevée », reconnues dans le monde entier). Les attentes des consommateurs asiatiques doivent toutefois être prises en compte dans l’analyse des évolutions technologiques et des OGM pour les exploitations australiennes. Les consommateurs asiatiques les plus aisés, dont le nombre augmente rapidement, sont en effet de plus en plus attentifs aux aspects sanitaires et, notamment, réfractaires aux OGM, en particulier en Chine.

Source : Australian Farm Institute

10:24 Publié dans Agriculteurs, Alimentation et consommation, Exploitations agricoles | Lien permanent | Tags : australie, innovations, ogm, asie, chine |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/11/2015

Publication d’une thèse : Agriculteurs et apprenants au travail. La transmission professionnelle dans les exploitations agrobiologiques, une approche par les configurations sociales et les situations d’interactions

Soutenue récemment par Fanny Chrétien, cette thèse en sciences de l’éducation s’intéresse aux dynamiques d’apprentissage des métiers agricoles et plus particulièrement aux canaux par lesquels s’opère la transmission de savoirs dans le champ de l’agriculture biologique. Dans un enjeu de renouvellement des générations en agriculture, elle avait pour objectif d’analyser la diversité des formes de transmission professionnelle par l’élaboration d’un modèle (construit à partir d’une enquête réalisée en exploitation maraîchère biologique) et d’une étude approfondie de trois cas de transmission dans des exploitations agrobiologiques.

Ce travail s’intéresse à des formes spécifiques de construction de savoirs, qui peuvent s’observer lors de transmissions, en particulier hors cadre familial, et qui se sont développées en dehors des institutions publiques et des structures officielles de formation, à l’instar des espaces tests agricoles. Enfin, cette thèse enrichit le débat sur les concepts et les définitions de ce qui fait professionnalité.

Sources : HAL, HAL

10:34 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : transmission, apprentissage, savoirs, formation |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/09/2015

Pourquoi les agriculteurs adoptent-ils des mesures agro-environnementales ?

Une méta-analyse parue dans Environmental Science & Policy étudie les facteurs pouvant inciter les agriculteurs à souscrire des mesures agro-environnementales (MAE) de la PAC. Les MAE permettent à des agriculteurs de bénéficier d’une compensation financière en échange de leur engagement dans certaines pratiques favorables à l’environnement : entre 2007 et 2013, environ 22 milliards d’euros ont été dépensés par les États membres au titre de ces mesures. Au vu de ces dépenses importantes, de nombreuses études se sont penchées sur l’évaluation et l’amélioration de ce dispositif, et les auteurs de cet article se sont appuyés sur les résultats d’études expérimentales sur les choix des agriculteurs européens, publiés entre 2000 et 2013.

Plus de 160 facteurs ont été identifiés et regroupés en cinq grandes catégories : facteurs économiques, structure de l’exploitation, caractéristiques du chef d’exploitation, perception des MAE par le chef d’exploitation, capital social. Leur influence sur le choix de l’agriculteur à participer ou non à une MAE a été évaluée.

Malgré des résultats assez hétérogènes (certains facteurs pouvant jouer positivement ou négativement sur la participation à une MAE suivant le contexte), des tendances se dégagent. L’expérience de la participation à un programme environnemental, un niveau de paiement élevé, le recours à un conseil spécialisé sont, par exemple, liés positivement aux MAE. A contrario, la dépendance à un revenu exclusivement agricole ou la présence d’un repreneur sur l’exploitation jouent plutôt négativement. Le rôle d’autres facteurs est plus incertain : par exemple, selon les cas, la souscription à des MAE sera favorisée par la présence d’exploitants jeunes et qualifiés, ou par celle d’exploitants plus âgés, conduisant une agriculture « traditionnelle ».

Cette hétérogénéité, directement liée à celle des MAE et des territoires dans lesquels elles s’appliquent, limite la possibilité de tirer des conclusions générales sur les facteurs favorables à une souscription massive. Cette revue de littérature n’en présente pas moins l’intérêt de recenser un grand nombre de ces facteurs et de mettre en lumière leurs liens avec la volonté d’un agriculteur de souscrire une MAE. Cela pourrait permettre d’améliorer la conception de ces mesures et de favoriser leur diffusion.

Clément Villien, Centre d’études et de prospective

Source : Environmental Science & Policy

12:33 Publié dans 4. Politiques publiques, Agriculteurs, Environnement, PAC | Lien permanent | Tags : pac, mae |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/09/2015

Inventaires naturalistes et biodiversité agricole

La dernière livraison d’Études rurales porte sur « les mondes des inventaires naturalistes ». Décrire, nommer, ordonner : de l’inventaire botanique au XVIIIe siècle, jusqu’aux inventaires globaux de la biodiversité, la revue trace un parcours original, qui passe notamment par l’Observatoire Agricole de la Biodiversité (OAB), créé en 2010. Suzie Deschamps et Élise Demeulenaere montrent que « la participation à l'OAB suscite chez les agriculteurs des expériences d’observation du vivant, qui contribuent à recréer des ‘’prises’’ sur leur environnement de travail ; elle accompagne la reconfiguration des relations professionnelles, notamment entre agriculteurs et conseillers ». Ainsi, « l’OAB participe au ré-ancrage des pratiques agricoles dans leur milieu, accompagnant ainsi l’évolution actuelle des paradigmes agricoles – de l’artificialisation au pilotage de la nature ».

Source : Cairn

11:06 Publié dans Agriculteurs, Enseignement et recherche, Environnement | Lien permanent | Tags : biodiversité, inventaire naturaliste |  Imprimer | | | | |  Facebook