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05/02/2018

Quelles conséquences de l'adoption de la RSE pour les ouvriers agricoles sud-africains de la filière de fruits à l'export ?

Dans Anthropology Southern Africa, un récent article fait un premier bilan de la certification sociale mise en place par la filière des fruits d'exportation sud-africaine (Sustainability initiative of South Africa, SIZA), premier système institué au plan mondial pour répondre aux exigences de responsabilité sociale de grands importateurs occidentaux. L'auteure, anthropologue et auditrice, analyse l'impact de l'adoption de standards internationaux au niveau des exploitations, dans un pays où la main-d’œuvre agricole a été l'une des plus concernées par le système de l'Apartheid. Pour ce faire, elle se base sur les résultats des audits menés (notamment par elle-même) depuis la mise en place de ce système volontaire, initié par l'association professionnelle Fruit South Africa.

Elle met ainsi en évidence la difficulté de définir un cadre méthodologique d'évaluation des relations sociales et des droits des travailleurs, premièrement en raison des contraintes propres à l'exercice d'audit (s'appuyant essentiellement sur des éléments quantitatifs), ensuite à cause du décalage entre standards internationaux et contextes locaux, notamment en matière de positionnements hiérarchiques des ouvriers et des chefs d'exploitation, largement hérités du passé. In fine, la mise en place de ces standards privés semble avoir contribué à améliorer les conditions de travail (santé, sécurité, salaires), sans toutefois que la causalité puisse être clairement établie ; en revanche, les résultats en matière d'autonomisation des ouvriers (prise de conscience et défense de leurs droits) restent décevants.

Source : Anthropology Southern Africa

18/01/2018

Pour la Banque mondiale, la PAC agit positivement sur l'emploi et réduit la pauvreté à l'échelle européenne

Dans son rapport Thinking CAP : supporting agricultural jobs and incomes in the EU, la Banque mondiale conclut à des effets différenciés, mais globalement vertueux, de la PAC sur l'emploi et la pauvreté dans l'Union européenne. Les auteurs ont développé une approche empirique en mobilisant des données, à différentes échelles, sur les aides de cette politique et sur les variables économiques du secteur agricole. Contrairement aux travaux existants, les résultats ne sont pas issus de projections, de modèles ou de comparaisons ex post : il s'agit de la première analyse empirique mesurant des corrélations entre la PAC et la pauvreté européenne sur longue durée.

L'étude conclut tout d'abord à un rôle positif de la PAC sur l'emploi agricole. Cet effet est néanmoins limité : une hausse de 10 % des subventions réduit de 1,5 % les pertes d'emplois du secteur. Mais l'étude montre aussi un rôle positif de cette politique sur la productivité agricole qui s'expliquerait, selon les auteurs, par le fait que, moins exposés aux risques, les agriculteurs seraient plus incités à investir. Contrairement à une idée répandue, il n'y aurait pas, d'après ces résultats, de contradiction entre amélioration de la productivité et maintien des emplois.

La PAC aurait également contribué à réduire la pauvreté dans l'UE, ainsi que les inégalités entre les régions européennes, cela étant dû notamment à l'amélioration de la qualité des emplois agricoles, et à un ciblage relativement efficace des fonds vers les régions européennes où le secteur agricole est corrélé à un taux de pauvreté important des populations. Ces résultats sont différenciés en fonction des États et des instruments. Les effets de la PAC varient ainsi selon l'étape atteinte par le pays dans le « processus de transformation structurelle », lequel permet de diminuer la pauvreté dans les zones agricoles. De plus, si le rapport salue les vertus des paiements découplés du premier pilier et les dispositifs du deuxième, il identifie en revanche des résultats négatifs des paiements couplés sur l'emploi.

Il résulte de cette analyse des recommandations ciblées. Pour les pays en transition (Roumanie, Bulgarie mais aussi Grèce ou Espagne), les auteurs recommandent de poursuivre le découplage des aides et le ciblage de celles-ci sur les zones et les producteurs les plus pauvres, et d'améliorer les conditions de vie dans les zones rurales. Pour ceux où la transition est plus avancée, il s'agirait de centrer la PAC sur les soutiens du deuxième pilier, destinés à poursuivre la modernisation de l'agriculture.

Alexandre Martin, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale

11:20 Publié dans 4. Politiques publiques, PAC, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : pac, banque mondiale, pauvreté, emploi |  Imprimer | | | | |  Facebook

Comment les bûcherons vivent-ils leur position de travailleur indépendant mais subalterne ?

Le sociologue J. Gros (IRISSO, université de Paris-Dauphine) a mené de 2007 à 2012, dans le cadre d'une thèse, une enquête de terrain sur les bûcherons, en combinant observations du travail et entretiens répétés avec différents acteurs du monde forestier : bûcherons salariés et chefs d'entreprises, agents de l'ONF, etc. Plusieurs articles tirés de ce doctorat viennent de paraître, qui permettent de mieux connaître la composition et le fonctionnement du groupe professionnel des bûcherons non salariés, les « entrepreneurs de travaux forestiers » (ETF).

Un article dans la revue Sociologie du travail rappelle que, de longue date, « l'activité de bûcheron brouille les frontières entre travail indépendant et travail salarié ». Les ETF possèdent leurs outils de production (véhicules, tronçonneuses), et ne sont pas, juridiquement, dans une position de « subordination » à un patron. Ils occupent dans la division du travail une position que l'auteur qualifie de « subalterne », proche de celle des ouvriers, et qui contraste avec d'autres groupes dits « indépendants » : faibles marges de manœuvre à l'égard de leurs donneurs d'ordre (« un rôle d'exécutants même en situation autonome »), faibles revenus et travail solitaire (les trois quarts n'employant pas de salariés).

L'article dresse plusieurs portraits de bûcherons pour cerner les différents sens que peut prendre « le passage à l'indépendance », suivant que l'installation se fait en début de carrière ou, au contraire, en cours de vie professionnelle, après l'expérience d'un métier ouvrier ou comme bûcheron salarié. Une fois à son compte, un certain désenchantement et des déceptions peuvent apparaître : tous les profils n'ont pas la même capacité à « mettre à distance » le caractère subalterne du travail, en fonction notamment des ressources initialement mises en jeu (capital social et scolaire).

Dans la Revue française de sociologie, un autre article examine en détail les modalités administratives d'entrée dans le groupe, celui-ci faisant jusque récemment l'objet d'une autorisation d'exercice octroyée par une commission dont l'auteur a pu examiner certaines délibérations.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : Sociologie du travail, Revue française de sociologie

11:15 Publié dans Forêts Bois, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : bûcherons, etf, sociologie, travailleurs indépendants |  Imprimer | | | | |  Facebook

17/01/2018

Au Royaume-Uni, le secteur des produits agroalimentaires et des boissons serait le plus impacté par la rupture commerciale due au Brexit

À la demande du maire de Londres S. Khan, le think tank Cambridge Econometrics vient de réaliser une étude approfondie sur les impacts économiques qu'auraient différents scénarios de Brexit sur le Royaume-Uni, et en particulier sur sa capitale. Pour tous ceux-ci, elle montre que le Brexit affectera négativement et durablement l'économie outre-Manche, mais que Londres s'en sortira globalement mieux que le reste du pays. Le Royaume-Uni important plus de 50 % de son alimentation, dont 70 % de l'Union européenne, laquelle est également son plus gros marché d'exportation en la matière (60 % en 2015), ce secteur apparaît comme l'un des plus problématiques dès lors que les coûts commerciaux augmenteront.

Pour mener ce travail, cinq scénarios ont été développés et quantifiés avec le modèle macro-économétrique E3ME, dont deux des points forts sont l'important niveau de désagrégation et l'intégration des aspects sociaux, notamment la distribution des gains et des pertes. Il représente notamment les investissements, les flux migratoires et le chômage. Le scénario de référence est une situation de statu quo où le Royaume-Uni resterait dans le marché commun et l'union douanière. Les scénarios 2, 3, 4 et 5 représentent des formes de plus en plus « dures » de Brexit, allant du maintien du Royaume-Uni dans le marché commun jusqu'à une absence totale d'accord, avec des périodes de transition variables (voir tableau ci-dessous).

Détail des cinq scénarios analysés dans le rapport

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Source : Cambridge Econometrics

Les produits agroalimentaires et les boissons sont l'un des secteurs clés analysés en détail, compte tenu de son poids commercial au niveau national. En cas d'accord peu favorable au Royaume-Uni (scénario 4) ou d'absence d'accord (scénario 5), les auteurs considèrent que le secteur déclinera, cela pouvant entraîner des ruptures dans les chaînes d'approvisionnement, avec des effets délétères en cascade dans d'autres pans de l'économie (transports, distribution). Cet impact négatif proviendrait de l'augmentation des coûts commerciaux (jusqu'à 48 % d'augmentation des prix à l'importation en cas d'absence d'accord), mais également de la dépendance du secteur agroalimentaire britannique de la main-d’œuvre européenne. Un autre facteur serait la redirection des investissements des grandes entreprises agroalimentaires en dehors des frontières britanniques, avec une réduction estimée à 1,4 milliard de livres en 2030 (scénario 5).

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Source : Cambridge Econometrics

08/01/2018

Le devenir des salariés licenciés pour motif économique : retour à l'emploi plus difficile pour les ouvriers du secteur industriel, notamment agroalimentaire

C'est l'une des conclusions de l'étude publiée récemment par la Fabrique de l'industrie. S'appuyant sur le suivi de plusieurs centaines de milliers de travailleurs entre 1998 et 2010 (panel DADS de l'Insee), les auteurs analysent les trajectoires suivies par ceux qui perdent à un moment donné leur emploi, en faisant la distinction entre les secteurs exposés à la mondialisation (dont l'agroalimentaire, le commerce de gros de produits agricoles bruts), ou « abrités » (non concernés par la concurrence internationale, comme le commerce alimentaire de détail, les services de proximité, etc.).

En moyenne, un travailleur sur deux qui perd son emploi suite à la fermeture d'un site de production en a retrouvé un dans les trois années qui suivent. C'est plus difficile pour ceux du secteur manufacturier, qui comprend l'industrie agroalimentaire : les licenciés de l'industrie laitière sont parmi ceux qui peinent le plus à rebondir. De fait, lorsque les productions sont très territorialisées, les travailleurs peu qualifiés de l'industrie sont également les moins mobiles géographiquement et sectoriellement : certains retrouvent un emploi dans les services de proximité, mais souvent à leur détriment en matière de trajectoire professionnelle (salaire plus faible, précarité accrue). Lorsqu'ils arrivent à en retrouver un dans le secteur manufacturier, les perspectives sont à l'inverse très favorables.

Source : La Fabrique de l'industrie

10:11 Publié dans IAA, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : salariés, ouvriers, industrie |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/12/2017

Le développement de l'automatisation change la donne de la production industrielle dans le monde

D'après un rapport récent et très riche de la Banque mondiale, l'automatisation croissante des chaînes de production pourrait conduire à une moindre dynamique de développement, dans certains pays dont la croissance dépend fortement de l'emploi industriel. En effet, avec l'introduction des robots, de plus en plus d'industries relocalisent leur production au plus près des consommateurs, dans les pays développés, où elles peuvent s'appuyer sur des personnels qualifiés. Chaque révolution technologique a été à l'origine d'une modification substantielle de l'organisation géographique de la production manufacturière : la robotisation, l'internet des objets et l'impression 3D sont les facteurs actuels de rupture pouvant conduire à une nouvelle répartition des emplois industriels dans le monde. Les secteurs forestier et agroalimentaire sont en particulier concernés.

Partant d'une analyse des tendances récentes de la production industrielle dans le monde (notamment les délocalisations croissantes pour diminuer les coûts de la main-d’œuvre), le rapport rappelle le rôle important joué par les emplois manufacturiers dans le développement de certains pays et régions, tels que la Chine, l'Amérique du Sud et l'Asie du Sud-Est. C'est particulièrement le cas des industries pour lesquelles la proportion d'ouvriers est importante : le bois, le textile, l'ameublement et, dans une moindre mesure, l'agroalimentaire.

Après avoir établi un lien entre dynamisme industriel et développement, et l'avoir caractérisé selon les secteurs, le rapport examine les tendances qui pourraient contribuer au ralentissement de la croissance induite par l'industrie : démographie, migrations, commerce, investissement, concentration des activités, serviciarisation de l'industrie, etc. Une cartographie de l'évolution des avantages comparatifs révélés est ainsi réalisée pour chaque ensemble des secteurs industriels, mettant en évidence les dynamiques récentes à l’œuvre.

Modification des avantages comparatifs révélés entre 1993-1995 et 2012-2014 pour les secteurs de la transformation des matières premières, notamment agroalimentaire, industries du bois et du papier.     En orange les pays ayant perdu des avantages comparatifs ; en vert foncé ceux en ayant gagné

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Source : Banque mondiale

Modification des avantages comparatifs révélés entre 1993-1995 et 2012-2014 pour les secteurs industriels d'exportation, intensif en main-d’œuvre peu qualifiée, notamment textile et ameublement

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Source : Banque mondiale

Les secteurs industriels sont enfin passés au crible d'une accélération future des principales tendances motrices : les conséquences pour leur avantage comparatif révélé sont analysées au regard du triptyque compétitivité / capabilité / connectivité. Certaines situations critiques au regard du développement sont alors identifiées : par exemple, en agroalimentaire, certains pays (par exemple Équateur, Sénégal, Nigéria) pourraient voir leur compétitivité dégradée, conduisant à un renversement de leur avantage comparatif du fait de l'importance croissante des services liés à la production. De manière générale, le rapport met en évidence le fait que les écarts de niveaux de formation entre les pays ont désormais un poids déterminant dans la géographie de la production industrielle, face au développement de l'automatisation.

Le rapport débouche sur une série de préconisations en matière de politiques commerciale, industrielle et éducative. Enfin, il s'interroge sur la faisabilité et la pertinence d'une politique industrielle ciblée sur un secteur ou un objectif (par exemple, limiter les pertes d'emplois non qualifiés) dans le contexte de rupture technologique.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Banque mondiale

13/12/2017

Micro-fermes maraîchères et conditions de travail : des principes aux compromis

Les micro-fermes maraîchères, qui suscitent aujourd'hui un certain engouement, constituent-elles un fantasme urbain ou une alternative viable à l'agriculture conventionnelle (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog) ? Des travaux récents se sont à nouveau penchés sur la question.

A. Dumont et P. Baret (université catholique de Louvain) se sont intéressés aux conditions de travail en production légumière en Wallonie. Leurs résultats ont été publiés dans le Journal of Rural Studies. Ils ont mené une enquête auprès de 41 producteurs dans des systèmes techniques variés, « conventionnels » ou bio, de façon à positionner chaque classe d'exploitations (petite, moyenne ou grande) au regard d'une série de critères. Parmi les producteurs bio, ils ont aussi distingué des exploitations qualifiées d'« agro-écologiques » en fonction du respect ou non d'au moins neuf des onze « principes » de l'agro-écologie retenus dans une précédente publication.

Leur étude confirme des faits souvent évoqués, en particulier la difficile conciliation entre les trois dimensions économique, sociale et environnementale de la performance. Pour les plus petites exploitations, « les conditions de travail dans les systèmes agro-écologiques se révèlent plus mauvaises qu'on ne pouvait s'y attendre », en ce qui concerne l'autonomie et l'insatisfaction au travail. La forte compétition sur le créneau des « paniers » pousse à compléter l'offre en recourant à des grossistes, parfois à l'insu des consommateurs, tandis que ceux-ci refusent de s'engager à long terme. Les très petites surfaces sont alors insuffisantes pour vivre de sa production.

La thèse d'agronomie de K. Morel (AgroParisTech) va plus loin, en mettant au point un modèle de simulation du revenu, avec des données d'entrée sur les rendements, le temps de travail, etc., issues notamment d'observations sur une vingtaine de fermes dans le nord de la France et une dizaine à Londres. Les « chances de viabilité » apparaissent variables selon les scénarios et les combinaisons productives, mais dans certains cas bien réelles, ce qui semble converger avec les constats plus positifs des chercheurs belges sur les bonnes performances des exploitations agro-écologiques de taille moyenne.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Sources : Journal of Rural Studies, Archive ouverte HAL

05/12/2017

Une bipolarisation croissante de l'emploi qui se traduit également au niveau territorial

L'Insee a récemment publié une analyse, basée sur le recensement de la population, de la bipolarisation des emplois en France selon les territoires. De plus, un document de travail approfondit l'hypothèse d'un lien entre le développement des nouvelles technologies et l'augmentation de la demande de cadres ou d'emplois non qualifiés, accentuant des disparités territoriales. Le marché de l'emploi paraît fortement territorialisé, reflétant l'évolution des secteurs d'activité. La diminution des emplois ouvriers, imputable à la concurrence internationale, a été sensible dans les régions où l'activité y était la plus exposée (textile, métallurgie). En revanche, là où l'emploi ouvrier est surtout agricole ou agroalimentaire, il a mieux résisté. Les emplois peu qualifiés de ce secteur, faiblement délocalisables et/ou peu automatisables jusqu'à présent, se sont maintenus : la proportion d'ouvriers non qualifiés augmente en s'éloignant des villes, et atteint 25 % dans les grandes régions viticoles.

Évolution de la part des ouvriers non qualifiés par type de territoire en France métropolitaine (en %)

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Source : Insee

Dans le même temps, les emplois de services peu qualifiés (essentiellement services à la personne et commerces de proximité) se sont fortement développés, mais pas dans les régions où l'emploi ouvrier a le plus diminué, expliquant une partie de l'augmentation du taux de chômage dans ces territoires. De fait, leur croissance est surtout dépendante de la demande de services (vieillissement, travail des femmes, commerce), et n'est pas liée à la diffusion des TIC.

Source : Insee, Insee

16:15 Publié dans Agriculteurs, IAA, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

01/12/2017

Agriculture et migrations : un atlas des migrations rurales africaines éclaire la complexité du phénomène

Alors que 220 millions de jeunes ruraux d'Afrique subsaharienne seront en âge de travailler d'ici 15 ans, les dynamiques des migrations rurales dans cette région restent mal connues. Le Cirad, en publiant avec la FAO un atlas de ces migrations, sur la base de données internationales et nationales, apporte une contribution utile à la compréhension de ce phénomène et de ses liens avec l'agriculture.

L'atlas indique que la vaste majorité des Africains migre au sein même de l'Afrique. Il s'agit principalement de jeunes hommes ayant été scolarisés. Leur décision de migrer est moins guidée par la nécessité de survie que par la volonté notamment de « vivre de nouvelles expériences ». L'atlas invite à investir dans l'agriculture et le développement rural, et à encourager les liens entre zones rurales et urbaines afin d'offrir à ces populations des conditions de vie meilleures.

Source : Cirad

16:03 Publié dans Développement, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : migrations, monde rural, afrique subsaharienne, atlas |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/11/2017

La place des femmes dans les secteurs de la pêche et de l'aquaculture

Une étude commandée par FranceAgriMer fait le point sur la place des femmes dans la pêche et l'aquaculture. Alors que la pénibilité du travail sur les bateaux et dans les élevages entraîne des difficultés chroniques de recrutement, et qu'une réflexion sur l'attractivité des métiers est à l'ordre du jour, l'égalité femmes-hommes ne semble pas être une priorité pour le secteur. « Les a priori sur la répartition "naturelle" des tâches » sont encore forts. Ainsi, les femmes représentent un tiers des effectifs, mais seulement 1,4 % pour la pêche embarquée. Toutefois, les mentalités évoluent et « les outils réglementaires permettant la prise en compte des enjeux d’égalité professionnelle » (conventions collectives de branche, bilans sociaux, statut de conjoint collaborateur, formation maritime, etc.), encore « mal connus et peu utilisés », pourraient servir de leviers à l'avenir.

Source : FranceAgriMer

08:34 Publié dans Pêche et aquaculture, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : franceagrimier, pêche, aquaculture, femmes, métiers |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/10/2017

La chaîne d'approvisionnement alimentaire britannique fortement tributaire de la main-d’œuvre étrangère, y compris pour les emplois qualifiés

Face à l'insuffisance de statistiques identifiant le poids des travailleurs étrangers dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire britannique, les fédérations professionnelles du secteur (agriculture, IAA, distribution, etc.) ont lancé des enquêtes auprès des employeurs. Les résultats, publiés cet été, sont sans appel : un tiers des emplois permanents y est occupé par des travailleurs européens, ce qui en fait un des secteurs très exposés aux modifications des règles de la mobilité internationale.

À plusieurs reprises, des manques pour analyser l'impact du Brexit sont apparus dans les statistiques sur l'emploi dans les secteurs agricoles et agroalimentaires : pas toujours de distinction de l'origine géographique des travailleurs, absence de prise en compte de certains secteurs (travailleurs hors UE en agriculture) ou de certains types d'emplois (saisonniers), etc. Ces difficultés ne permettant pas d'avoir une photographie suffisamment précise de la situation de l'emploi dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire, les fédérations professionnelles se sont réunies en consortium de façon à compléter les éléments de l'Office for National Statistics (recueil annuel sur la population, emploi par origine et nationalité) par le biais d'une enquête ciblée.

Menée entre mars et mai 2017, cette enquête a été adressée conjointement aux entreprises (238 réponses) et aux associations professionnelles, répondant au titre de leurs membres. Les éléments recueillis ont été complétés par des enquêtes sectorielles : 627 réponses au total ont été collectées pour analyser la contribution des travailleurs étrangers en termes d'emplois et de métiers, mais également les recrutements. Les résultats sont présentés globalement et au travers de focus sectoriels, parmi lesquels l'agriculture.

Comment les répondants sur l'ensemble de la chaîne alimentaire s'adapteraient-ils si leur entreprise n'avait plus accès à la main-d’œuvre européenne non britannique ?

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Source : Food and Drink Federation

Il ressort en particulier que les recours à la main-d’œuvre étrangère pallient la difficulté de recruter localement pour des raisons d'attractivité, de disponibilité de main-d’œuvre ou de salaires trop bas. Plus de la moitié des répondants envisagent un recours accru à l'automatisation en réponse à ces difficultés, et 17 % (totalisant 3,6 milliards de livres de chiffre d'affaires - CA) pensent à une délocalisation. Enfin, plus d'un tiers (3,5 milliards de livres de CA) estiment leur activité non viable.

Muriel Mahé, Centre d'études et de prospective

Source : Food and Drink Federation

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06/10/2017

La baisse du nombre d'agriculteurs explique la diminution du nombre d'indépendants depuis 1984

En dépit des évolutions observées avec l'apparition de nouvelles formes d'emploi, les statuts d'emploi restent fortement liés aux métiers exercés et au niveau de qualification. Ce sont les conclusions d'une analyse publiée en septembre par France Stratégie, exploitant les enquêtes « Emploi » de la Dares sur la période 1982-2014.

Ainsi, si le métier d'agriculteur s'exerce toujours majoritairement en indépendant (73 %), la part du salariat y a doublé en trente ans, une évolution similaire à celle observée dans la plupart des professions pratiquées traditionnellement sous ce statut (y compris les professions libérales). Les salariés y sont de plus en plus souvent recrutés sur la base des contrats à durée limitée (CDD, contrats d'usage, etc.).

Positionnement des différents métiers selon le taux de croissance annuel moyen des effectifs salariés et non-salariés entre 1984 et 2014

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Source : France Stratégie

À l'inverse, la relation d'emploi dans les industries de process, parmi lesquelles les IAA, reste majoritairement sous CDI, malgré la progression de l’intérim auquel elles ont recours en variable d'ajustement.

Source : France Stratégie

09:33 Publié dans Agriculteurs, Société, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : france stratégie, indépendant, salariat, iaa |  Imprimer | | | | |  Facebook

03/10/2017

Les ouvriers agricoles parmi les plus heureux au travail

C'est l'une des conclusions les plus marquantes des résultats publiés récemment par la Fabrique de l'industrie à partir de l'enquête « Qualité de vie au travail » de la Dares. Ils sont issus d'une approche originale développée sur la base de l'identification de huit profils de travailleurs selon les conditions objectives de leur activité professionnelle (horaires, revenus, qualifications, expositions aux nuisances, etc.), croisés avec six profils bâtis sur le ressenti exprimé par les actifs (bien-être au travail, autonomie, tensions avec la hiérarchie ou les collègues, etc.). L'ensemble des réponses à l'enquête a été reclassé selon ces deux grilles de lecture, aboutissant à un portrait de la relation au travail des actifs.

Sans surprise, la majorité des agriculteurs exploitants sont classés dans le profil objectif « indépendant » et subjectif « travaille seul » : le sentiment de liberté (de s'organiser, de choisir son activité, etc.) va alors de pair avec des contraintes horaires et physiques importantes. Ils sont également plus souvent que les autres fiers d'un travail bien fait.

Distribution des profils subjectifs par catégorie socio-économique

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Source : La Fabrique de l'industrie

02/10/2017

Le monde rural : situation et mutations

Le think tank Terra Nova publie une note de l'économiste et géographe Laurent Davezies sur les transformations du monde rural. Chiffres à l'appui, l'auteur commente notamment le poids décroissant de l'agriculture dans la vie de ces territoires, et suggère que « le monde rural est moins en train de dépérir que de changer de fonction », avec la montée d'une économie touristique et résidentielle. La part de l'agriculture dans l'emploi du monde rural n'est plus aujourd'hui que de 12 %, et la ruralité compte dorénavant presque autant d'emplois industriels qu'agricoles. De façon plus générale, l'emploi salarié privé y a plus souffert, cette dernière décennie, que dans le monde urbain. Néanmoins, l'auteur montre que ces difficultés ont été très amorties par les solidarités redistributives mises en œuvre par les villes : « sur les 3,8 millions d'actifs vivant en 2012 dans le monde rural, 47 % vont travailler dans une aire urbaine ». Et 85 % des nouveaux actifs apparus entre 2006 et 2011 sont des navetteurs allant travailler dans des aires urbaines. Au total, la majorité des territoires ruraux profitent très directement et fortement du dynamisme de l'économie urbaine.

Source : Terra Nova

09:13 Publié dans Société, Territoires, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : monde rural, terra nova, davezies |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/09/2017

L'empire de l'or rouge. Enquête mondiale sur la tomate d'industrie, Jean-Baptiste Mallet

Dans un ouvrage argumenté, précis et mené comme un thriller, Jean-Baptiste Mallet expose le résultat de deux années de travail d'enquête de terrain sur la production et le commerce de ce produit de grande consommation qu'est le concentré de tomates. Alternant éléments documentaires sur l'histoire du développement de cette industrie depuis la fin du XIXe siècle, portraits d'entrepreneurs et analyses issues de ses investigations en France, en Italie, en Angleterre, aux États-Unis, en Chine et au Ghana, l'auteur brosse un portrait édifiant d'un produit banal qui se révèle emblématique de la mondialisation des systèmes alimentaires.

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Le premier constat qui émerge est celui des multiples réussites, tant agronomiques qu’industrielles, sous-jacentes au secteur. Soutenue par les progrès de la génétique végétale et des machines-outils, la production mondiale de tomates est passée de 28 millions de tonnes en 1961 à 164 en 2016, dont un quart est transformé pour un marché en croissance de 3 % par an. Parmi les portraits d'entreprises structurantes, on retiendra celui de la Heinz Company. Fondée en 1876 et célèbre pour son tomato ketchup américain et sa HP sauce britannique, elle illustre à elle seule le succès du modèle capitaliste américain. Un autre exemple notable est celui de l'entreprise chinoise Chalkis, dont le capital est détenu par l'Armée populaire de Libération, et qui a contribué en 10 ans à faire de la Chine le premier producteur mondial de concentré.

Le journaliste dépeint également les excès et scandales de cette agro-industrie. Il évoque les fermetures d'entreprises insuffisamment compétitives, car transformant des tomates locales, face à celles utilisant du concentré chinois. En 2015, l'Italie a ainsi importé plus de 200 000 tonnes de concentré qui, réhydraté, salé puis reconditionné, a été revendu comme produit italien en Europe, Afrique et Moyen-Orient. Le rôle de l'agro-mafia italienne dans le contournement des règles douanières, l'existence d'un marché africain de « vieux » concentré chinois impropre à la consommation, ou encore l'ajout courant d'additifs (fibre de soja, amidon ou dextrose) au concentré chinois, sans mention sur les étiquettes, sont amplement documentés. Des conditions de travail dans les champs de tomates du Xinjuiang (Chine) à l'exploitation de la main-d’œuvre immigrée illégale en Italie du sud, c'est au final un portrait de la résurgence d'un sous-prolétariat moderne au service de la mondialisation alimentaire que dresse l'auteur.

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Lien : Fayard