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14/12/2016

Manières d'être employeur dans les PME bio et forestières

L’agriculture et la forêt sont de plus en plus retenues comme terrains d’étude par des sociologues intéressés par les rapports employeurs-employés dans les professions indépendantes. En attestent deux publications récentes.

Dans la revue Sociologie du travail, Madlyne Samak (CNRS) rend compte d’une enquête auprès de maraîchers bio des Alpes-Maritimes, réalisée dans le cadre de sa thèse. Elle décrit des pratiques d’emploi « à la frontière du marchand et du non marchand ». Elle rappelle notamment que le recours au « coup de main » de la famille, des amis, des voyageurs pratiquant le WWOOFing, etc., pour « les aider à désherber, récolter, et entretenir les cultures » est parfois difficile à distinguer du « travail au noir ».

Mais le hiatus entre les idéaux des agriculteurs enquêtés – « une sympathie marquée pour les idées écologistes et altermondialistes », voire anticapitalistes –, et certaines « pratiques d’emploi » pose à ces exploitants des questions de cohérence idéologique. L’implication dans des groupes de producteurs et le jugement des pairs « produisent parfois des effets de politisation, qui conduisent les exploitants à modérer leur recours au précariat », et notamment aux contrats de travailleurs saisonniers étrangers. Mais pour les plus petits exploitants, dans un contexte économique très contraint, à la limite d’une situation de survie, « la solidarité et l’entraide constituent finalement les seules ressources mobilisables ». Ceux-ci essaient de compenser l'incapacité à rémunérer les « coups de main » par un investissement relationnel plus fort avec les travailleurs bénévoles (amitié, aide pour leur propre projet d’installation, etc.).

Dans la revue Genèses, Julien Gros (université Paris-Dauphine) s’intéresse aux relations d’emploi dans une PME forestière. Ici aussi, le patron s’appuie sur l’amitié ou, en tout cas, sur « l’entretien d’une certaine forme de proximité sociale malgré l’existence de rapports de subordination ». Mais l’auteur montre comment le paternalisme et « les formes de domination personnalisée à l’œuvre dans les rapports sociaux au sein de l’entreprise se recomposent à mesure de la formation d’une lignée patronale » (transmission au fils) « et de son éloignement progressif des travailleurs qu’elle dirige ».

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Sources : Sociologie du travail, Genèses

13:12 Publié dans Exploitations agricoles, Forêts Bois, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : emploi, pme, agriculture biologique |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/12/2016

Décider dans l'incertitude : la recherche apporte sa contribution

Faut-il présenter les résultats scientifiques avec l'incertitude qui les accompagne ? Ou, au contraire, cette transparence décrédibilise-t-elle l'état des connaissances et réduit-elle leur contribution à l'aide à la décision, notamment politique ? Ces questions ont été au cœur d'une grande partie des débats lors du colloque « Quelles nouvelles approches de l'incertitude pour la gestion des forêts et de leur biodiversité ? », organisé le 16 novembre dernier par le GIP Ecofor.

Face aux controverses, mais également à la demande accrue de transparence du grand public, les chercheurs construisent des guides de bonnes pratiques visant à accompagner cette évolution, sans pour autant brouiller les messages. On notera tout particulièrement l'analyse récemment publiée par l'Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES), sur l'utilisation des modèles et l'élaboration de scénarios en appui à la mise en œuvre ou à l'évaluation des politiques environnementales, ainsi que le guide de l'Anses sur le traitement de l'incertitude dans les processus d'évaluation des risques sanitaires.

Sources : GIP Ecofor, IPBES, Anses

11:22 Publié dans Enseignement et recherche, Forêts Bois, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : incertitude, risques |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/12/2016

Des dispositifs fiscaux en faveur de la forêt et de l'agriculture biologique cohérents mais difficiles à quantifier

La Cour des comptes française a récemment publié une enquête sur les dispositifs fiscaux susceptibles d'avoir un impact sur l'environnement. Ce travail identifie plusieurs faiblesses : incohérence des mesures prises dans leur globalité (certaines venant compenser l'impact négatif d'autres), affaiblissement du suivi et de l'évaluation au cours des quinze dernières années, multiples difficultés méthodologiques. À noter toutefois le satisfecit (au risque de saupoudrage près) des interventions en faveur de la forêt et de l'agriculture biologique, qui convergent positivement, même si leurs effets sont peu ou pas quantifiés.

Source : Cour des comptes

16/11/2016

Quand pertes de biodiversité et de productivité forestière vont de pair

Montrer les effets de la biodiversité sur la productivité des systèmes forestiers, tel est l'enjeu d'une publication dans la revue Science, qui a mobilisé une équipe internationale de chercheurs appartenant à 90 institutions. Sachant qu'une espèce arboricole sur trois est considérée comme menacée, ils ont exploré les conséquences d'une diminution de cette diversité des essences sur l'augmentation annuelle du volume de bois, c'est-à-dire l'accroissement biologique.

Ce travail repose sur 45 inventaires forestiers dans 44 pays, soit près de 780 000 parcelles, incluant plus de 30 millions d'arbres appartenant à 8 727 espèces. Avec cette importante base de données, les chercheurs visent à changer d'échelle par rapport aux études précédentes. Ils souhaitent ainsi obtenir une appréciation plus globale de la relation entre biodiversité et productivité, tout en soulignant ses variations spatiales.

Côté résultats, sur la majorité des sites, une perte de la biodiversité spécifique entraîne une diminution de la production forestière : globalement, un déclin de 10 % (de 99 % dans un second cas) entraîne une baisse de 2 % à 3 % de la productivité (entre 62 et 78 % dans ce second cas). Les cartes ci-dessous montrent les conséquences régionales de ces pertes de biodiversité. À noter que les régions les plus touchées en termes relatifs (c'est-à-dire en pourcentage) ne sont pas forcément celles les plus concernées en termes absolus (en m3 de production perdus par hectare et par an). Les auteurs soulignent également les impacts possibles sur l'atténuation des émissions de gaz à effet de serre : une baisse de diversité de 25 % entraîne une diminution de 7,2 % de la capacité de stockage de carbone.

Estimation en % (carte A) et dans l'absolu (carte B) de la baisse de productivité forestière avec un déclin de 10 % de la richesse des espèces forestières (entre parenthèses, les résultats pour un déclin de 99 %)

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Source : Science

Les auteurs proposent également une estimation de la valeur économique de cette biodiversité, estimation partielle car reposant uniquement sur la valeur économique de la production de bois. Pour ce faire, ils mobilisent deux études donnant une valeur de la production forestière annuelle de l'ordre de 649 milliards de US$ (2007) et 606 milliards de US$ (2011). Ils appliquent les taux de perte de productivité calculés précédemment (26 à 66 % pour une diminution de la biodiversité actuelle à une seule espèce), et en concluent ainsi à une valeur comprise entre 166 et 490 milliards de US$ (2015) par an.

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Sources : Science, Cirad

10:20 Publié dans Environnement, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : biodiversité, forêt, productivité |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/11/2016

Concilier la bioéconomie et les services écosystémiques forestiers : une gageure pour les politiques européennes ?

Les actes de la conférence finale du programme européen ORCHESTRA (Orchestrating forest-related policy analysis in Europe), conduit dans le cadre du réseau COST (European Cooperation in Science and Technology), ont été récemment publiés. En l'absence de politique forestière de l'Union européenne, la question de la recherche de cohérence entre les différentes politiques impactant le secteur forestier se pose. Dans ce contexte, l'intégration des enjeux de la bioéconomie en matière de bois, tout en préservant un haut niveau de services écosystémiques en forêt, doit faire l'objet d'une attention particulière.

Au cours de ces deux journées de restitution des travaux, les chercheurs, économistes, écologues et sociologues ont notamment questionné l'identification des objectifs stratégiques de la bioéconomie et des services écosystémiques, l'utilisation des modèles quantitatifs en aide à la décision et en évaluation, l'intégration des enjeux de la bioéconomie et de la préservation des écosystèmes dans les processus politiques.

Source : European Cooperation in Science and Technology

09:21 Publié dans Biomasse/Biocarburants, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : bioéconomie, services écosystémiques, forêt |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/10/2016

Forêt et bois : une contribution essentielle à l'atténuation du changement climatique

Alors que l'accord de Paris assouplit les règles de comptabilisation du carbone forestier dans les engagements des États, la FAO récapitule dans un rapport récent les différents leviers mobilisables pour l'atténuation du changement climatique (augmentation de la surface forestière, lutte contre la déforestation, bois énergie, bois construction, etc.), et les conditions économiques optimales de leur utilisation. Elle s'appuie sur des travaux théoriques récents et les programmes menés dans différents pays. Cette analyse fait écho à des travaux publiés récemment sur la forêt française.

Potentiel économique de la foresterie par rapport aux autres options d'atténuation dans le secteur de l'agriculture, la forêt et des autres usages des terres, par région en 2030 (d'après Smith et al.)

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Source : FAO

Si le boisement et le reboisement restent les plus efficaces pour atténuer à court terme le réchauffement climatique, ils comportent de nombreuses limites : coût du foncier, sécurisation de la propriété, risques politiques. Combiner un coût réduit de plantation et une efficacité maximale de séquestration, qui sont les critères de sélection par la finance carbone, s'avère délicat quand le prix du carbone est faible.

La lutte contre la déforestation a un périmètre d'application restreint par nature, les pays développés ayant déjà adopté des mesures de restriction sur les défrichements forestiers. Dans les pays du Sud, la déforestation est liée à la qualité des sols et aux prix des productions agricoles substituées : dans la majorité des cas, l'avantage économique va aux cultures plutôt qu'au maintien de la forêt. D'où la nécessité de développer les incitations financières (via le programme REDD+ notamment).

Le rapport aborde également les émissions de carbone évitées par l'utilisation du bois-énergie ou matériau. L'amélioration de l'efficacité énergétique est un enjeu fort dans les pays où le bois est un combustible courant (Afrique surtout), en particulier pour la cuisson. Le bilan carbone du bois-énergie est quasiment nul lorsqu'il provient de forêts gérées durablement, en circuit court. Pour le bois-matériau, la difficulté de retracer le cycle de vie des produits, le manque de statistiques fiables sur la production et le commerce des matériaux compliquent l'évaluation du potentiel d'atténuation.

Pour une efficacité optimale, les politiques devraient combiner ces différents leviers (qui se renforcent mutuellement) et mettre en place des outils financiers adaptés.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : FAO

11:30 Publié dans Climat, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : fao, forêt, atténuation, changement climatique |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/10/2016

Filière forêt-bois : un potentiel de croissance à concrétiser

Alors que la demande de bois devrait progresser tant à des fins énergétiques que de construction, la filière s'interroge sur sa capacité à mobiliser la production forestière pour générer plus de valeur ajoutée et d'emplois sur le territoire. Cette question était posée aux nombreux intervenants de la journée organisée par l'Association française des Eaux et Forêts (AFEF), au Sénat, le 26 septembre.

Le diagnostic est là : la production annuelle est récoltée pour moitié seulement, le secteur est l'un des principaux postes de déficit du commerce extérieur, la forêt française est essentiellement composée de feuillus alors que la demande s'exprime en résineux, les entreprises (structures financières et organisationnelles, équipements) obéissent trop souvent à des schémas anciens. Dans ce contexte, comment redonner du souffle à la filière forêt-bois ? On pourra se reporter, sur cette thématique, à un article récent publié dans Le Monde diplomatique.

R&D, formation des prescripteurs de bois (architectes, ingénieurs, etc.), contractualisation des approvisionnements, mise en place de cotations du bois, sont autant de pistes qui ont été avancées pour permettre à la filière de bénéficier des perspectives actuellement favorables au bois.

Source : AFEF

10:41 Publié dans Forêts Bois | Lien permanent |  Imprimer | | | | |  Facebook

14/09/2016

Concilier préservation de la forêt et amélioration de la sécurité alimentaire : une priorité pour le développement

À l'occasion de la semaine mondiale de la forêt (18 au 22 juillet 2016), la FAO a dévoilé son rapport annuel sur l'état des forêts dans le monde. Au-delà du constat classique sur la progression de la déforestation (3,3 millions d'ha par an entre 2010 et 2015), le rapport questionne surtout les interactions entre agriculture et forêt. Si elles sont concurrentes en matière d'occupation du sol, ce sont les politiques d'aménagement du territoire, plus ou moins intégrées, et associant les populations à leur gouvernance, qui s'avèrent les plus efficaces pour limiter la déforestation.

Le rapport examine ainsi l'évolution parallèle des surfaces forestières et agricoles sur longue période, en entrant dans le détail des multiples causes a priori de la déforestation. Analysant les politiques nationales de 35 pays, qu'elles soient sectorielles ou transversales, les auteurs mettent en évidence l'importance d'une intégration de la forêt dans les politiques agricoles ou de développement économique : cela permettrait une meilleure maîtrise de l'utilisation des terres, tout en facilitant la prise en compte d'objectifs contradictoires ou concurrents, au moins en apparence. De manière contre-intuitive, un fort niveau d'investissement public en agriculture est également un facteur d'atténuation de la déforestation, en permettant une intensification de la production sur les terres existantes plutôt que le recours à la conversion de nouvelles terres.

FAO-forets.jpg

Le focus sur huit situations nationales contrastées (Chili, Costa Rica, Gambie, Géorgie, Ghana, Tunisie, Viet-Nam et Corée du sud), présentant une amélioration conjointe de la sécurité alimentaire et du couvert forestier, consolide ces constats. Qu'elles soient d'initiative publique ou privée, la préservation et la reconstitution des forêts nécessitent un cadre réglementaire prenant en compte l'apport de la forêt et des produits forestiers dans toutes ses dimensions : sociales, économiques et environnementales. La mise en place de gardes-fous en matière de gestion foncière, l'attention portée à un retour des bénéfices forestiers vers les populations rurales, l'implication des communautés dans la gestion du patrimoine forestier (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog), sont autant de facteurs qui favorisent, en retour, la préservation des sols et la qualité de l'eau, éléments essentiels pour l'agriculture.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : FAO, FAO

15:01 Publié dans Développement, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : fao, forêt |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/09/2016

Le Brexit rebat les cartes des positions européennes en matière de politique forestière et environnementale

Alors que le Royaume-Uni est un l'un des États membres ayant l'une des plus petites couvertures forestières, et que le bois y est majoritairement importé, sa sortie de l'Union européenne pourrait modifier sensiblement les équilibres de négociation, tant en interne qu'au plan international. C'est le résultat de l'analyse publiée en juin par des chercheurs de l'European Forest Institute.

S'appuyant sur des entretiens auprès d'un échantillon d'experts européens, ils mettent en évidence le rôle du Royaume-Uni, à la fois en tant qu'importateur de bois tropicaux, mais également soucieux de la gestion durable forestière dans les pays du Sud. Alors que ce pays est plutôt un observateur perspicace dans les débats sur une éventuelle politique forestière au plan européen, il a été l'un des promoteurs des règlements de lutte contre l'exploitation illégale des forêts (FLEGT).

Source : Forest Policy and Economics

13:56 Publié dans 4. Politiques publiques, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : brexit, politique forestière |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/07/2016

ReceBio, estimer l'impact de la demande en bioénergie sur la forêt européenne

La Commission européenne a mis en ligne le rapport final d'une étude intitulée ReceBio, dont l'objectif est d'estimer les conséquences d'une demande croissante en bioénergie sur les ressources forestières au sein de l'Union européenne, ainsi qu'au niveau mondial. L'étude est le fruit de la collaboration de chercheurs de l'IIASA, de l'Öko-Institut, de l'European Forest Institute (EFI, voir un autre billet sur ce blog), d'INDUFOR et de l'Institute for European Environmental Policy.

Pour réaliser ce travail, les auteurs ont défini 5 scénarios. Deux d'entre eux fixent des objectifs européens de réduction des émissions, de l'ordre de 20 % en 2020 pour la Baseline et de 80 % en 2050 pour le scénario EU Emission reduction. Deux autres font des hypothèses sur l'évolution de la demande : stable après 2020 (Constant EU demand) et en hausse au niveau mondial (Increased rest of the World bioenergy demand). Le dernier scénario Increased EU biomass import explore les impacts d'une diminution des coûts des échanges.

Au niveau des résultats, la Baseline est caractérisée par une augmentation de la production domestique de bois (+10 % entre 2010 et 2030 ; taillis en courte rotation (TCR) essentiellement) et des importations en pellets (+90 %). Elles se stabilisent entre 2030 et 2050, contrairement au scénario EU Emission reduction. Dans ce dernier, cette hausse après 2030 s'accompagne d'une réduction des terres dédiées aux prairies et aux cultures végétales ; de plus, une partie du bois à destination de la production de matériaux est détournée pour produire directement de l'énergie. Inversement, quand la demande en bioénergie est stable (Constant EU demand), une partie des co-produits des scieries est réorientée de l'énergie vers la fabrication de panneaux. Dans le Increased rest of the World bioenergy demand, les possibilités d'importation par l'UE sont limitées par les besoins croissants des pays tiers, et la production à partir des TCR est la plus importante de tous les scénarios. Enfin, dans le dernier scénario, les importations en bois rond sont en hausse de 22 %, en 2050, par rapport au scénario EU Emission reduction, voire multipliées par 4 pour les pellets.

Reposant sur les modèles Globiom et G4M de l'IIASA, ce travail conclut sur des synergies entre protection des zones riches en biodiversité et réduction des émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, il montre que les efforts de réduction au sein de l'UE (scénario EU Emission reduction) peuvent être reportés dans des pays tiers (« fuites de carbone »).

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Sources : IIASA, Commission européenne

09:45 Publié dans Biomasse/Biocarburants, Forêts Bois | Lien permanent | Tags : bioénergie, forêt, recebio |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/07/2016

L'European Forest Institute (EFI)

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Initié par la recherche forestière finlandaise, en pointe au plan européen, l'European Forest Institute (EFI) a été créé en 1993 par douze organismes européens de recherche forestière, afin de bâtir un réseau sur les questions forestières s'appuyant sur des moyens dédiés. Basé à Joensuu, au cœur de l'université de Finlande orientale, l'Institut a dès l'origine adopté trois axes de recherche : ressources ; politiques ; écologie et gestion.

Depuis cette date, l'Institut est passé d'un statut de consortium d'organismes de recherche à celui d'organisation internationale européenne, dont la convention a été ratifiée par 25 Etats européens (dont la France), représentés au sein d'un Conseil. La présidence, tournante sur trois ans, est actuellement assurée jusqu'en 2018 par l'Autriche. L'EFI regroupe désormais 115 organisations membres associées (basées en Europe) ou affiliées (situées en dehors de l'Europe), provenant de 36 pays. Ces dernières couvrent les domaines de la recherche, de l'industrie et de la propriété forestières, mais également, de manière plus large, la recherche environnementale. Le financement est assuré par l'Union européenne, les États membres et, plus modestement, les organisations membres.

S'appuyant sur ses propres équipes de recherche en Finlande ou dans ses délégations locales, et sur celles des organisations membres, l'Institut a deux pôles principaux d'activité : la recherche et l'aide à la décision en matière de politique publique forestière. Dans ce cas, l'EFI rend les travaux de recherche accessibles aux décideurs politiques (voir un précédent billet sur ce blog consacré à sa contribution à une meilleure prise en compte de la filière forêt-bois dans l'atténuation du changement climatique). L'EFI crée aussi de multiples occasions de rencontre entre recherche et politique (par exemple, journée consacrée le 6 juin dernier à la bioéconomie et ses conséquences pour la filière forêt-bois).

Visant la prise de décision sur une base scientifique, l'Institut met à disposition un grand nombre d'analyses, de données et d'outils de modélisation. Il a notamment développé un modèle de « démographie forestière », EFISCEN, dont le code source est désormais accessible. Ce modèle permet de quantifier l'impact de politiques publiques sur la surface forestière, la biomasse disponible, les flux de carbone et les services écosystémiques fournis.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Lien : European Forest Intitute

09:31 Publié dans Forêts Bois | Lien permanent | Tags : efi, portrait, forêt |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/07/2016

Forêts secondaires et atténuation

Dans une publication de Science Advances, une collaboration internationale de recherche explicite le rôle de la régénération des forêts secondaires, dans les 40 prochaines années, dans la zone tropicale de l'Amérique latine. La principale originalité de leur travail réside dans la prise en compte détaillée des classes d'âges et de la distribution spatiale de ces forêts secondaires. Ainsi en 2008, elles couvriraient 2,4 millions de km², soit 28,1 % de la surface étudiée (cf. carte ci-dessous).

Potentiel de séquestration de carbone à l'horizon 2048 par les forêts secondaires ; du plus faible (rouge) au plus fort (vert)

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Source : Science Advances

Pour calculer le potentiel de stockage de carbone dans la biomasse aérienne, sont prises en compte les forêts secondaires âgées de moins 60 ans en 2008. Ce potentiel total est estimé à environ 8,48 millions de milliards de tonnes de carbone. Cette quantification repose sur l'hypothèse suivante : 100 % de ces forêts secondaires se régénèreraient naturellement. Les auteurs précisent que cette valeur correspond aux émissions de l'Amérique latine et des Caraïbes entre 1993 et 2014. L'approche spatiale amène également à conclure qu'une grande part du potentiel se situe au Brésil, en Colombie, au Mexique et au Vénézuela.

Source : Science Advances

09:24 Publié dans Forêts Bois | Lien permanent | Tags : forêt, amérique latine, régénération |  Imprimer | | | | |  Facebook

13/06/2016

Mesurer la contribution des espaces verts au bien-être

Que la nature contribue au bien-être des populations est une évidence. Mais quelle valeur accordons nous à cette contribution ? Et quelle place occupe-t-elle dans les priorités que nous nous fixons ? S'agissant de biens communs dont l'usage est parfois indirect ou qui prennent toute leur valeur à ne pas être « consommés » (en vue d'en assurer la pérennité), la mesure de l'impact des forêts ou des parcs arborés en ville sur le bien-être des personnes, qu'elles fréquentent ou non ces espaces, est un sujet de recherche en soi.

Plusieurs travaux ont été récemment publiés, proposant des méthodes diverses pour évaluer cette contribution. Le Commissariat général au développement durable publie ainsi une étude réalisée sur les forêts publiques de métropole, s'appuyant sur une enquête auprès d'un échantillon représentatif de la population, auquel il était proposé divers choix de gestion forestière ayant un impact fort sur la biodiversité d'une part, et sur le paysage d'autre part. Il s'agit alors d'évaluer les préférences des Français en matière de gestion des forêts publiques. L'étude évalue également l'impact de l'information dont disposent les personnes interrogées dans la formation de leur jugement : les publics les plus avertis privilégient les choix de gestion favorisant la préservation de la biodiversité.

A l'inverse, l'U.S. Forest Service a tenté de quantifier la contribution des parcs publics en zone urbaine, en recherchant les corrélations pouvant exister entre la densité, l'accessibilité et la qualité des parcs publics et différents indicateurs du bien-être. Il ressort de cette analyse que c'est principalement la densité des espaces verts qui est importante pour le bien-être général des habitants, et pour leur santé en particulier.

A mi-chemin entre ces deux approches, un projet mené par l'université de Cambridge vise à recueillir directement auprès de volontaires, par le biais d'une application sur smartphone qui les interroge trois fois par jour, les conditions dans lesquelles ils se trouvent et leur état psychique, en les géolocalisant. En croisant les masses d'informations recueillies, les chercheurs espèrent mesurer l'impact des différents types d'espaces verts sur le bien-être et contribuer à l'évaluation des politiques publiques en matière de gestion de la biodiversité.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Sources : CGDD, Université de Cambridge, U.S. Forest Service (USDA)

15:19 Publié dans Environnement, Forêts Bois, Société | Lien permanent | Tags : bien-être, espaces verts |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/06/2016

Au-delà de la gestion durable, la gestion écosystémique des forêts

8 ans après son premier opus, l'Agence européenne de l'environnement publie un nouveau bilan de la santé des forêts d'Europe de l'ouest. Elle fait le point, à cette occasion, sur les services rendus par les forêts aux populations. Rappelant les apports considérables des forêts lorsqu'elles sont en bon état, en termes de production de bois ou de produits non ligneux, de qualité de l'air et de l'eau, de biodiversité et de paysage, elle met en avant le nécessaire équilibre qui doit être recherché entre les différentes fonctions de la forêt, en prenant en compte temporalité et spatialité.

La forêt couvre plus de 40 % de l'Union européenne, une superficie en progression de 10 % au cours des 25 dernières années. Cette évolution, positive à première vue, masque des sources d'inquiétudes quant au devenir des écosystèmes forestiers : la surface s'est stabilisée durant la dernière décennie et l'état de conservation des écosystèmes n'a guère progressé depuis 2006, dernier état des lieux au titre de la directive habitat.

95 % des forêts européennes sont gérés selon des principes de gestion durable, dont la finalité est de maximiser la production de biomasse actuelle et future, en intégrant de manière plus marginale les autres fonctions, ces dernières n'étant rémunérées qu'exceptionnellement. Le rapport propose un bilan économique des autres productions forestières, identifie les synergies ou les contradictions introduites par la gestion forestière entre les différentes fonctions, ouvre des pistes de réflexion sur les moyens de rémunérer la multiplicité des services forestiers et, ainsi, de favoriser une gestion multifonctionnelle.

Cadre conceptuel pour les écosystèmes forestiers

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Source : Agence européenne de l'environnement

Face aux problématiques émergentes (climatique et sanitaire notamment), mais également aux attentes évolutives des sociétés, la gestion forestière doit se montrer plus prospective. L'Agence propose de faire évoluer le cadre conceptuel de la gestion durable forestière pour une approche véritablement multifonctionnelle, de long terme, intégrant l'ensemble des services écosystémiques forestiers à l'échelle de la forêt ou de territoires. Enfin, compte tenu de l'émiettement de la propriété forestière européenne et du vieillissement des propriétaires, la diffusion des connaissances, voire d'une certaine culture forestière, est un enjeu d'autant plus important que la biomasse forestière occupe une place importante dans la bio-économie.

Muriel Mahé, Centre d’études et de prospective

Source : Agence européenne pour l'environnement

15:16 Publié dans Forêts Bois | Lien permanent | Tags : aee, gestion ecosystémique, forêt |  Imprimer | | | | |  Facebook

16/05/2016

Des scénarios pour répondre à la demande globale alimentaire en 2050 sans déforestation

Six chercheurs de l'Institute of Social Ecology et de I'Institut de recherche en agriculture biologique à Vienne ont passé au crible 500 scénarios de production et demande alimentaires, avec comme contrainte initiale l'absence de déforestation à l'horizon 2050. Les principales variations entre ces scénarios tiennent au niveau des rendements, au pourcentage d'expansion des zones cultivées (0 à +70 %) en particulier sur les prairies très productives, à la composition du régime alimentaire des animaux d'élevage, à l'origine de la viande dans l'alimentation humaine (parts des ruminants, des monogastriques) et aux régimes alimentaires humains. Sont distingués les régimes suivants : VEGAN avec uniquement une base végétale (2 636 kcal/pers/jour), VEGETARIAN sans viande mais avec des œufs et du lait (2 636 kcal/pers/jour), MEAT (2 648 kcal/pers/jour), BAU en ligne avec les projections de la FAO en 2050 et RICH où le régime alimentaire nord-américain de 2000 domine (3 546 kcal/pers/jour). Tous ces régimes, sauf BAU, supposent une convergence mondiale des quantités ingérées per capita. La figure ci-dessous présente l'ensemble des scénarios, des hypothèses sous-jacentes et les résultats en termes de faisabilité. Cette dernière correspond à l'adéquation entre l'offre et la demande alimentaires. Si la demande est supérieure à l'offre de 5 % (cropland-limited) et/ou si les seuils écologiques de pâturage sont dépassés (grazing-land limited), le scénario est considéré comme non réalisable.

Scénarios et hypothèses sous-jacentes (régimes alimentaires en colonne, modes de production en ligne). Les zones en vert foncé correspondent aux scénarios considérés comme faisables, en vert clair comme probablement faisables. Les autres couleurs indiquent les raisons de la non faisabilité.

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Source : Nature Communications

D'après le jeu d'hypothèses retenu, un peu moins de 60 % des scénarios sont jugés réalisables. Les hypothèses en termes de régimes alimentaires jouent un rôle important en comparaison avec celles touchant aux rendements ou à l'expansion des cultures. Tous les scénarios avec le régime VEGAN et 94 % dans le cas VEGETARIAN seraient réalisables, contre 2/3 en BAU et 15 % pour le régime MEAT. Par ailleurs, l'exercice de modélisation réalisé montre que la convergence des régimes alimentaires diminue l'autosuffisance des pays en développement. Néanmoins, cette étude ne tient pas compte des effets du changement climatique et n'intègre pas des considérations autres que biophysique (ex : flux de biomasse non contraint par des dimensions économiques ou des barrières à l'échange).

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Source : Nature Communications