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10/12/2020

Agricultures américaines. Les voies de la croissance (XVIIIe-XXe siècles)

Comme le rappelle P. Luna (EHESS) en introduction de ce numéro récent d'Études rurales, l'historiographie classique des « révolutions agricoles » distingue trois modèles de modernisation : la voie « anglaise », basée sur l'expropriation et la mise en place d'une agriculture de firme, avec concentration des terres et économies d’échelle ; la voie française de l'économie paysanne, « arriérée, retardée techniquement, routinière » et peu productive ; et une troisième, illustrée par les hobereaux prussiens, les junkers, à transition lente, accompagnée par l’État. Si ce paradigme a parfois guidé les politiques de développement, il est aujourd'hui largement remis en cause. Les articles réunis ici mettent en évidence la grande diversité des trajectoires de modernisation en Amérique du Nord (dont Mexique), au Brésil et dans les Andes. Sans doute ne pouvait-il pas y avoir « de ''voies nationales'' de croissance agricole dans une période où le cadre prédominant était la réalité régionale ».

Source : Études rurales

13/03/2019

Paradoxe de la modernisation : le productivisme agricole et ses critiques en Bretagne (1990-2010)

Dans la revue Politix, C. Lemieux (EHESS) s'intéresse aux conflits sociaux autour de l'élevage porcin. Il s'appuie sur des observations ethnographiques et des entretiens réalisés entre 2006 et 2009, dans trois départements de Bretagne, avec des éleveurs, des syndicalistes agricoles, des habitants, des militants écologistes, des agents de l’État et des élus locaux.

En premier lieu, l'article décortique les transformations de la morphologie sociale de la région, la rurbanisation enclenchant une lutte entre agriculteurs et néo-habitants pour la maîtrise foncière et politique du territoire. Il montre comment, à l'occasion des procédures d'enquête publique sur les installations d'élevage, les différenciations entre groupes s’effacent au profit d’une simplification extrême de l’espace social, réduit à l’opposition entre urbains et ruraux. Ce clivage « en vient à résumer à lui seul, mais en apparence seulement, toute la conflictualité locale ».

Chacun de ces camps produit des idées et s’efforce de prescrire « ce que la société doit devenir » – élaborant ainsi leurs conceptions de la « modernité ». Celle que portent les agriculteurs s’est formée dans les années 1950 et met « une foi indéfectible dans la science et l'industrie » au service de la compétition sur les marchés internationaux. Elle rentre en conflit avec la modernité environnementale dont se réclament les néo-habitants, élaborée plus tardivement, et que le droit communautaire et les dispositifs de la PAC intègrent dans les années 1990, exerçant une pression inédite.

Les producteurs porcins en viennent progressivement à réinterpréter ces critiques et ces injonctions et à les considérer comme une attente des marchés. Ils réorganisent alors leurs exploitations en contrôlant mieux les rejets dans la nature. Mais, ce faisant, ils approfondissent aussi la logique d’intensification productiviste. Le monde agricole connaît donc un véritable processus de « modernisation », concept que l’auteur entend réhabiliter en sciences sociales. Sans céder à la téléologie, ni réifier les deux camps, Lemieux souligne ainsi la nécessité de prendre en compte des « évolutions de longue durée dont la dynamique génère dans le présent contradictions et paradoxes ».

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Source : Politix

13:23 Publié dans Agriculteurs, Société, Territoires | Lien permanent | Tags : bretagne, modernisation, productivisme |  Imprimer | | | | |  Facebook