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10/06/2020

Modes d'organisation de la pêche au Mexique et jeux d'acteurs : entre confiance et opportunisme

Un article publié dans Plos One en avril 2020 analyse les relations de pouvoir qui lient les pêcheurs de Bahia de Kino et de Rio Lagartos (Mexique) à leurs clients, à partir d’interviews et de données d'octroi de prêts. Dans ce pays, tous les pêcheurs ne possèdent pas l'ensemble des moyens nécessaires pour leur activité : il leur faut parfois emprunter pour payer les intrants (ex. : carburant), entretenir leur matériel voire louer un bateau. Pour ce faire, ils développent souvent des relations de type protecteur-protégé avec un patron, ou intègrent une coopérative. Ces deux derniers acteurs, qui sont alors à la fois clients et créditeurs, sélectionnent avec précaution leurs débiteurs pour ne pas menacer leur propre survie économique. De ce fait, ils privilégient les pêcheurs qui sortent en mer selon un rythme prévisible, ont les compétences pour capturer les espèces désirées, honorent leurs engagements plutôt que de vendre leur pêche au plus offrant pour ne les rembourser que dans un second temps.

L'étude des prêts et des remboursements montre que les relations de confiance sont plus fortes entre pêcheurs et coopératives qu'entre pêcheurs et patrons : les prêts consentis sont plus élevés et les remboursements plus nombreux dans le premier cas. Dans le second, les débiteurs tendent à accumuler les dettes, devenant ainsi plus exposés au risque d’exploitation. À cela s'ajoute le caractère bilatéral de leurs relations, dont le coût social de rupture est plus faible que si plusieurs acteurs étaient impliqués. Les patrons ont ainsi plus de difficultés à maintenir des relations durables avec les pêcheurs fiables : ils sont donc forcés d'interagir avec un plus grand nombre de pêcheurs non fiables que dans le cas des coopératives, où la pression sociale est plus forte et dissuade les comportements opportunistes. De plus, pour les pêcheurs, rejoindre une coopérative permet de participer à la gouvernance de la structure, ce qui renforce leur adhésion et leur volonté d'honorer leurs engagements. Finalement, l'organisation en coopérative semble plus à même de répartir équitablement les bénéfices.

Nombre de débarquements effectués par les pêcheurs pour rembourser les avances des patrons et coopératives en fonction du nombre de prêts accordés par ceux-ci

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Source : Plos One

Lecture : la taille des cercles indique le nombre d'occurrences et les couleurs les catégories de pêcheurs selon leur comportement (rouge : hors catégorie ; kaki : recherche du meilleur prix ; vert : fiable ; bleu : moins fiable ; violet : non fiable). Le disque en partie haute du graphe présente la répartition des débarquements selon le profil des pêcheurs.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : Plos One

11:37 Publié dans Pêche et aquaculture, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : mexique, pêche, coopérative |  Imprimer | | | | |  Facebook

Vers un renforcement des conflits liés à la pêche du fait du changement climatique ?

Acidification, hausse des températures, élévation du niveau des océans : les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes marins sont d'ores et déjà nombreuses. Elles devraient se renforcer à l'avenir, affectant les stocks de poissons et leur répartition à l'échelle mondiale. Dans un article publié dans la revue Marine Policy, une équipe nord-américaine s'interroge sur la possibilité que ces facteurs conduisent à une augmentation des conflits liés à la pêche. Les auteurs mettent notamment en évidence deux zones particulièrement sensibles : la mer de Chine, où la conflictualité pourrait être exacerbée par une ressource qui devrait diminuer avec le changement climatique ; la zone Arctique où, à l'inverse, les stocks de poissons devraient s'accroître et être davantage exploitables, du fait de la fonte des glaces, suscitant ainsi d'intenses convoitises et une forte concurrence.

Évolution probable (%) du potentiel maximal de captures en 2050 et localisation des conflits liés à la pêche entre 1993 et 2010

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Source : Marine Policy

Source : Marine Policy

11:21 Publié dans Climat, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : changement climatique, pêche, conflits |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/05/2020

Impacts économiques de l'extension de l'aire marine protégée de Papahānaumokuākea (États-Unis, État d'Hawaï)

Suite de l'expansion de cette aire marine protégée, en 2016, un article publié dans Marine Policy estime ses impacts économiques sur l’activité des pêcheurs de thon à la palangre. Des données officielles hawaïennes, relatives à la localisation des zones de pêche, à « l'effort de pêche » (déterminé ici par le nombre d'hameçons utilisés), aux captures et ventes de poissons ont été mobilisées.

En 2016, 141 bateaux palangriers, actifs dans la région d'Hawaï, ont déployé 51 millions d'hameçons et généré 111 millions de dollars de revenus. Pour cette étude, ces thoniers ont été classés en plusieurs catégories selon la part de leur effort de pêche mesurée, entre 2012 et 2016, dans les eaux désormais protégées : ceux dont l'effort était inférieur à 1 % ont constitué le groupe témoin, non exposé aux conséquences de l'agrandissement de l'aire marine protégée, tandis que ceux dont l'effort excédait 6 % ont été considérés comme impactés et leurs résultats économiques analysés. Pour ces pêcheurs (29 bateaux), le nombre de poissons capturés pour 1 000 hameçons a chuté de 7 % et le revenu journalier a baissé de 302 $, soit une perte de revenu de 9 % par voyage. Au cours des 16 mois qui ont suivi l’extension, cette perte est estimée à 3,5 millions de dollars. Selon les auteurs, ces professionnels pourraient encore être en phase d'adaptation et de recherche de zones de pêche permettant une productivité équivalente.

Revenu moyen ($) par sortie en mer du groupe témoin (pointillés) et du groupe impacté (trait plein) en fonction du temps (mois)

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Source : Marine Policy

Lecture : la barre verticale matérialise la date à laquelle l'aire marine protégée de Papahānaumokuākea a été étendue. Après cette extension, les évolutions pour les deux groupes deviennent similaires.

Soulignons que ces conclusions diffèrent de celles proposées par une autre publication de février 2020, parue dans Nature et considérant la même aire marine : les auteurs y montraient que l'industrie de la pêche palangrière hawaïenne n'avait pas subi les effets négatifs de l'expansion. Cette divergence peut s'expliquer par le choix d'un groupe témoin différent (les pêcheurs samoans américains) qui n'avait pas l'autorisation de pêcher dans les eaux maintenant protégées et ne capturaient pas les thons. Dans cette configuration, moins de 10 % des palangriers hawaïens étudiés s'aventuraient dans la zone considérée pour pêcher, ce qui implique un moindre impact de son extension sur l’activité.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Sources : Marine Policy, Nature Communications

 

06/05/2020

Le changement climatique favorise l'antibiorésistance en aquaculture

Les maladies en aquaculture sont un frein au développement de cette filière, qui contribue à la sécurité alimentaire de nombreux pays. Grâce à une méta-analyse conduite sur 460 articles scientifiques, une publication de Nature d'avril 2020 montre que, pour chaque pays, le niveau d'antibiorésistance en aquaculture est corrélé à celui dans la population humaine et à la vulnérabilité au changement climatique. En outre, les hausses de températures sont associées à une plus forte mortalité en élevage (fruits de mer, crustacés ou poissons).

Les auteurs estiment qu'il est urgent de limiter nationalement et internationalement l'utilisation des antibiotiques, afin de renforcer la sécurité alimentaire face au changement climatique : par exemple, interdire leur usage comme facteur de croissance, promouvoir des méthodes préventives comme l'emploi de probiotiques, etc.

Corrélation de Pearson entre un indicateur d'antibiorésistance (MAR) en aquaculture avec le MAR en médecine humaine (a), avec un indicateur de vulnérabilité au changement climatique (b) et avec les températures (c), selon les pays considérés

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Source : Nature Communications

Lecture : plus le coefficient de corrélation de Pearson est proche de 1, plus les deux variables sont corrélées linéairement. En bleu, pays à hauts revenus ; en vert, pays aux revenus moyens-supérieurs ; en rose, pays aux revenus moyens-inférieurs. Les numéros 1 à 4 désignent, dans l'ordre, le Vietnam, l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh, pays les plus exposés aux antibiorésistances et au changement climatique. La taille des points est proportionnelle à la production aquacole en kg/habitant.

Source : Nature Communications

18/03/2020

The making of a blue revolution in Bangladesh: Enablers, impacts, and the path ahead for aquaculture, Rashid Shahidur, Xiaobo Zhang

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À l'instar des tendances mondiales, l'aquaculture au Bangladesh a vu sa productivité croître fortement au cours des trois dernières décennies : contribuant à moins de 20 % de la production nationale de poissons en 1990, elle a atteint 50 % en 2012. Un ouvrage, publié en 2019 par l'International food policy research institute (IFPRI), décrit cette filière et l'organisation de sa chaîne de valeur, évalue son impact sur la pauvreté et envisage ses évolutions à l'horizon 2030.

À la différence de l'élevage bangladais de crevettes, détenu par de riches propriétaires et orienté vers l'exportation, celui de poissons est fait principalement de manière artisanale, dans des étangs, et destiné à 90 % au marché intérieur. En utilisant des données collectées auprès de 12 240 foyers, les auteurs montrent que les gains de productivité de l'aquaculture (hors crevettes), entre 2000 et 2010, ont permis une augmentation totale des revenus des ménages d'environ 2 %. 2 millions de personnes sont ainsi sorties de la pauvreté, ce qui représente 10 % de la réduction de la pauvreté sur cette période. Ce progrès a néanmoins principalement bénéficié au troisième quintile des ménages, en matière de revenus, et peu aux plus pauvres.

Les rendements des fermes aquacoles du Bangladesh étant inférieurs à ceux du Vietnam et de la Thaïlande, des gains de productivité pourraient encore s'observer dans le futur. Différents scénarios d'évolution, à l'horizon 2030, montrent une production de poissons d'élevage en hausse, de 3,65 à 6,35 % par an selon les hypothèses, accompagnée d'une réduction des prix de 0,02 à 0,73 % par an. En conséquence, la consommation bangladaise de poissons d'élevage pourrait s'accroître de 42 à 109 % entre 2015 et 2030. Alors que les préconisations de la FAO sont de 18 kg annuels, les populations rurales et pauvres mangent à l'heure actuelle 14 kg par an de poissons, sauvages ou d'élevage : les progrès de l'aquaculture leur permettraient d'augmenter cette quantité de 7 à 21 kg. Ces projections supposent toutefois une amélioration de l'accès à ces produits, notamment via le transport et le stockage. Enfin, la capture de poissons sauvages pourrait être ralentie du fait de contraintes environnementales croissantes, contrebalançant le développement de l'aquaculture et les gains pour les populations fragiles.

Résultats de trois scénarios de simulation sur la production de poissons, en tonnes, aux horizons 2020 et 2030

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Source : IFPRI

Lecture : base : poursuite des tendances actuelles ; simulation 3 : forte productivité et forte demande ; simulation 5 : très forte productivité et forte demande. Origine des poissons : en bleu, aquaculture ; en orange, pêche en eau douce ; en gris, indéterminée ; en jaune, pêche en mer.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Lien : IFPRI

13/03/2020

Contre temps et marées. Pêcheurs hauturiers de Lorient en mer d'Écosse, Boris Charcossey

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N'en déplaise au chanteur Renaud, aujourd'hui c'est l'homme qui prend la mer mais pas la mer qui prend l'homme. On ne trouvera donc pas, dans cet ouvrage, de sombres récits de tempêtes et de naufrages, mais la description simple et sobre de la vie des marins hauturiers. Outre ses enquêtes en Bretagne, dans les ports ou les familles, l'auteur réalisa de fréquents embarquements, à des périodes choisies pour observer les « quatre saisons de la pêche ». Au total, son travail de terrain s'est échelonné sur six ans. En bon ethnologue, il nous livre ses carnets de notes, remplis sur le vif et retravaillés pour la présente édition. Son témoignage, rare, est agrémenté de photos qui parlent d'elles-mêmes et racontent, à la place des pêcheurs taiseux, la dureté de la tâche et le huis clos du navire.

Ce qui frappe d'abord, c'est la désorganisation de tous les rythmes temporels : alternance de semaines d'activité ou de congés à terre, succession d'efforts intenses et de moments de récupération, travail de nuit, fragmentation du sommeil, imprévus imposés par l'armateur ou la météo, et parfois périodes de trente ou quarante heures sans repos. L'état de la mer, les objectifs de capture et les impondérables techniques deviennent les seuls maîtres des horloges.

On retiendra aussi la dure et banale sociabilité masculine de l'équipage, faite de rites de passage, de confrontations et de mises à l'épreuve. Les relations alternent entre rudesse et complicité, avec de vraies amitiés et de solides inimitiés. Aux repas, on parle beaucoup de travail et de salaire, de quantités de poissons et de familles à retrouver, d'anecdotes légendaires ou de lendemains qui chantent. On se raconte des histoires plutôt grossières, tournant autour de la sexualité, et l'alcool normalement interdit échauffe les esprits.

Malgré les engueulades du commandant, l'usure physique et les fréquents accidents, ces hommes sont fiers « d'être du métier », de fabriquer un « monde à part », avec ses codes, ses risques et ses routines. Ils insistent sur leur spécificité et se démarquent volontiers des « terriens ». Ils intériorisent les contraintes, font preuve d'obéissance et d'abnégation, et finalement s'exploitent eux-mêmes. Quand l'ethnologue les questionne et s'étonne de telle ou telle situation, il récolte invariablement la même sentence : « c'est l'habitude ». Cette habitude amène à marner jour et nuit mais à aimer son sort et à faire de nécessité vertu. Elle pousse aussi à cacher ses maladies et blessures par crainte d'être réformé par la médecine du travail. Ainsi va la vie sur un grand chalutier de pêche au large...

Bruno Hérault, Centre d'études et de prospective

Lien : Société d'ethnologie

16:42 Publié dans Pêche et aquaculture, Travail et emploi | Lien permanent | Tags : charcossey, pêcheurs, pêche hauturière, marins |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/03/2020

Estimations des pertes économiques et de revenus dues à la pêche illégale

Un article publié dans Science Advances en février 2020 propose une estimation des impacts de la pêche illégale sur l'économie et les revenus de 143 pays, entre 1950 et 2014. Pour ce faire, sont mobilisées les données de la FAO et celles produites dans le cadre du projet de recherche Sea around Us, porté par l'université de la Colombie Britannique et rassemblant près de 400 collaborateurs.

Selon les hypothèses posées, concernant la part des captures classées comme illégales selon le type de pêche (industrielle ou artisanale), entre 8 et 14 millions de tonnes de poissons débarquées illégalement dans le monde (hors captures en haute mer) sont commercialisées chaque année : cela représente de 9 à 17 milliards de dollars US. Les pertes globales en matière de taxes seraient de 2 à 4 milliards de $US. Celles pour les économies, incluant toutes les activités liées à la pêche, comme la transformation ou la réparation de bateaux, sont quant à elles estimées entre 26 et 50 milliards de $US. Selon les auteurs, les acteurs publics comme privés auraient donc un intérêt économique clair à combattre sévèrement la pêche illégale.

Source : Science Advances

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15/01/2020

Le changement climatique diminue l'emploi et les revenus des pêcheries de Nouvelle-Angleterre (États-Unis)

Un article de décembre 2019 publié dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences montre les liens entre l'augmentation des températures (due au changement climatique), les revenus et l'emploi dans les pêcheries de Nouvelle-Angleterre, entre 1996 et 2017. Pour ce faire, la variabilité interannuelle du climat est mesurée via l'oscillation nord-atlantique (NAO), traduisant des différences de pression atmosphérique. Les captures de poissons, les revenus dégagés et l'emploi sont issus des données de l'administration américaine.

L'augmentation du NAO d'une unité entraîne une diminution de 1 % des revenus : après 6 ans, la baisse est de 13 %. Par ailleurs, sur la période 1996-2017, les variations climatiques sont responsables d'une baisse de 16 % des emplois dans le secteur de la pêche de la zone étudiée, sans prendre en compte les impacts des mesures de gestion de la ressource. Or, la Nouvelle-Angleterre concentre 20 % des emplois américains de cette filière. Le réchauffement climatique devrait donc être pris en compte, selon l'auteur, dans la gestion des pêcheries de la région.

Impacts d'une augmentation du NAO d'une unité sur les salaires (A) et l'emploi (B), en fonction du secteur d'activité (en bleu clair la pêche commerciale)

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Source : PNAS

Source : PNAS

14:50 Publié dans Climat, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : nouvelle-angleterre, revenus, températures, pêcheries |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/12/2019

Vulnérabilité de l'agriculture et des pêcheries marines face au changement climatique

La revue Sciences advances a présenté, fin novembre, une étude consacrée à la vulnérabilité des systèmes de production alimentaire de différents pays du monde face aux effets du changement climatique. Le travail se focalise sur l'agriculture (hors élevage) et les pêcheries marines, dans respectivement 240 et 194 pays ou régions. Deux scénarios à horizon 2100 sont étudiés : un scénario « business as usual » ne supposant pas de réduction particulière des émissions de gaz à effet de serre ; un scénario de limitation forte conforme aux objectifs de l'Accord de Paris.

L'étude révèle que le changement climatique peut avoir des effets « gagnant-gagnant », « gagnant-perdant » et « perdant-perdant » pour l'agriculture et la pêche. Les régions tropicales seraient les plus exposées aux situations « perdant-perdant », sachant qu'elles sont également les plus vulnérables vis-à-vis de l'emploi, de la sécurité alimentaire et du revenu, et avec une moindre capacité d'adaptation. Les pays situés à une plus haute latitude, quant à eux, feraient face à des impacts plus faibles, voire à des situations gagnant-gagnant (Canada, Russie). Ainsi, le scénario business as usual exposerait 90 % de la population mondiale à des situations perdant-perdant et moins de 3 % à des situations gagnant-gagnant. Le scénario « Accord de Paris », en revanche, se traduirait par une exposition plus réduite de la population (60 %) à des situations perdant-perdant et plus de personnes (jusqu'à 5 %) se trouveraient dans des situations gagnant-gagnant. De plus, les effets « perdant » seraient de moindre amplitude que dans le scénario business as usual.

Écart de productivité de l'agriculture (A) et des pêcheries marines (B) à horizon 2100 sous le scénario « business as usual »

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Source : Science advances

Les auteurs en concluent que les stratégies pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre – à supposer qu'elles soient d'ampleur mondiale et maintenues dans le temps –, réduiraient massivement la vulnérabilité humaine aux impacts sur l'agriculture et les pêcheries marines. Et cela y compris dans les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre. Les auteurs invitent à envisager des stratégies d'adaptation intersectorielles dans les pays faisant face à des situations gagnant-perdant, par exemple pour réduire la production agricole au bénéfice de la pêcherie marine, ou inversement. Des pistes de recherche complémentaires sont évoquées, notamment le développement de l'aquaculture, pour les États qui disposent d'infrastructures adaptées.

Amplitude des changements de la productivité agricole et des pêcheries marines (intérieur des anneaux A et B), et proportion de la population mondiale affectée (extérieur des anneaux A et B), selon deux scénarios d'émissions de CO2 (RCP8.5 et RCP2.5)

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Source : Science advances

Vincent Hébrail-Muet, Centre d'études et de prospective

Source : Science advances

10/12/2019

Numéro spécial de La Recherche sur la biodiversité

La revue La Recherche publie un numéro spécial intitulé La biodiversité en péril (décembre 2019-février 2020). Mêlant présentation de connaissances scientifiques et entretiens avec des chercheurs, il comporte trois parties : les « fondements » de la biodiversité, les « menaces » qui pèsent sur elle, sa « reconquête ». Les aspects agricoles, forestiers et halieutiques sont abordés au fil de ce numéro.

On retiendra notamment ici un article consacré à la protection de la mer et des océans, partant des engagements de l'Organisation des Nations unies, en 2010, à mettre en place des aires marines protégées sur 10 % de la surface des eaux d'ici 2020 (contre 30 % préconisés par la communauté scientifique). À ce jour, 7,3 % des eaux sont concernés, mais très peu en haute mer, et seule une minorité est dotée d'un dispositif de gestion ou de limitation des activités de pêche : ce constat interroge sur leur efficacité réelle en termes de protection des stocks de poissons. L'article met en avant des solutions innovantes pour financer leur fonctionnement, comme par exemple la réduction de la dette des Seychelles, compensée par une organisation non gouvernementale et des mécènes, en échange d'un engagement du pays à protéger 30 % de son espace maritime.

Lien : La Recherche

09:50 Publié dans Environnement, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : la recherche, biodiversité, aires marines protégées |  Imprimer | | | | |  Facebook

12/11/2019

Le Centre for Environment, Fisheries and Aquaculture Science (Cefas)

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Le Cefas est une agence exécutive du ministère de l'environnement, de l'alimentation et des affaires rurales (Defra) du Royaume-Uni, chargée des questions de durabilité des environnements aquatiques, marins ou d'eau douce. Fondé en 1902 à Lowestoft, cet organisme compte actuellement 530 employés dans diverses villes du pays, ainsi que deux antennes à l'étranger (Koweït, Oman). Le Cefas a pour mission d'appuyer la prise de décisions par le gouvernement du Royaume-Uni, mais il peut également être sollicité par d'autres acteurs (territoires d'outre-mer, gouvernements étrangers, entreprises, ONG, instituts de recherche, etc.), sur diverses thématiques : prévision des changements écosystémiques, développement de techniques innovantes de mesure et de surveillance, collecte de données, appui à l'économie bleue et durabilité des produits de la mer. Par exemple, cet organisme a proposé des éléments scientifiques pour aider à la mise en place d'aires de protection marine au Royaume-Uni. Par ailleurs, en matière de modélisation, il a développé des méthodes pour évaluer les impacts potentiels des flottes de pêche sur les espèces et les écosystèmes.

Dans le cadre de l'interdiction par l'Union européenne de la pêche électrique, il a publié en juin dernier une étude des impacts de ce type de chalut sur la biodiversité. La richesse spécifique mesurée est plus faible de 57 % sur la zone où la pêche électrique fut utilisée, comparativement à celle qui en était exempte. De plus, le nombre de captures était moindre de 21 %. Toutefois, les auteurs soulignent que la zone soumise à la pêche électrique avait également été exploitée par des chaluts traditionnels : les effets respectifs des deux techniques ne peuvent donc pas être distingués.

Enfin, dernière illustration de ses travaux, en mai 2019, le Cefas a co-animé un atelier sur la diminution des prises accessoires de cétacés dans les pêcheries du Royaume-Uni, rassemblant entre autres pêcheurs et décideurs politiques. Sur la base de ces échanges, il conseille par exemple de mettre en place des incitations monétaires pour encourager les pêcheurs à tester des alternatives techniques et à collecter des données pour en évaluer l'efficacité.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : Centre for Environment, Fisheries and Aquaculture Science

15/10/2019

Ressources halieutiques et changement climatique : rapport du GIEC

Le Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a publié, en septembre 2019, un rapport sur les impacts environnementaux, économiques et sociaux du changement climatique sur les océans et la cryosphère. Chaque grand type d'écosystème (régions polaires, îles de faible altitude, etc.) est étudié, selon divers scénarios considérant plusieurs niveaux d'émissions de gaz à effet de serre, d'utilisation des sols, de mobilisation internationale, etc., menant à différentes hausses de températures.

Les écosystèmes marins sont des pourvoyeurs essentiels de ressources alimentaires et d'emplois pour de nombreuses populations. Le réchauffement climatique, en favorisant notamment la hausse des températures de l'eau et son acidification, aura certainement un fort impact sur les ressources aquatiques. Le potentiel maximum de captures de poissons s'est dégradé ces dernières années et cette tendance devrait se poursuivre : d'après le GIEC, il chuterait de 20 à 24 % d'ici 2100 par rapport à la période 1986-2005. Les volumes pêchés devraient donc diminuer au cours du temps, d'autant que la surexploitation de certains stocks s'ajoutera aux effets climatiques. Ainsi, la sécurité alimentaire et les modes de vie des populations dépendant le plus des ressources marines (en particulier en zones tropicales) seraient menacés et des conflits entre pêcheries, autorités et communautés locales pourraient surgir pour l'accès à la ressource.

L'élévation des températures de l'eau pousserait les espèces à migrer, toutefois sans survie assurée : si des pertes de biomasse dans les eaux tropicales sont à craindre, il n'est pas certain que les eaux polaires accueillent de nouveaux stocks de poissons. Cette migration soulèverait également des défis en matière de gouvernance : les mesures de protection en place perdraient de leur efficacité et de nouveaux problèmes de gestion et de partage de la ressource émergeraient. Par ailleurs, le changement climatique favoriserait la bio-accumulation de polluants organiques et de mercure dans les plantes et animaux marins. La santé des populations les plus dépendantes de ces ressources pour leur alimentation serait alors impactée.

Pour faire face à ces enjeux, le GIEC encourage la collecte et le partage de données pour mieux coordonner la gestion des stocks et la protection des écosystèmes marins. Les auteurs soulignent toutefois que la perte de certaines espèces de haute valeur économique semble difficilement évitable si la hausse des températures se poursuit.

Impacts directs des principaux facteurs associés au changement climatique sur les écosystèmes marins de l'océan austral

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Source : GIEC

Lecture : les facteurs marqués d'une étoile sont documentés à partir des résultats des scénarios d'émissions de gaz à effet de serre élevées.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : GIEC

11:41 Publié dans Climat, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : giec, océans, pêche, poissons, ressources halieutiques |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/10/2019

Statistiques économiques de la flotte de pêche européenne

Le Comité scientifique, technique et économique pour la pêche (STECF) de l'Union européenne a publié, en août 2019, son rapport annuel. Les données sont détaillées par type de navire, par zone de pêche et par pays membre, et couvrent la période 2008-2017.

Le nombre de navires européens a diminué de 15 % entre 2008 et 2017, tandis que leur puissance (kW) a décru de 14,5 % et leur tonnage de 18 % sur la même période (hors Croatie). 21,3 % des navires ont été inactifs en 2017. 75 % de ceux en activité sont classés en pêche artisanale (bateaux de moins de 12 m utilisant des engins dormants, par exemple des nasses), 24 % sont de grande taille (plus de 12 m, utilisant des engins dormants ou traînants, majoritairement dans les eaux européennes) et moins d'un pourcent appartiennent à la flotte hauturière (plus de 24 m). Si l'Espagne présente la flotte ayant le plus grand tonnage (22 % du total), celle de la France est la plus puissante (16,3 %) et celle de la Grèce la plus nombreuse (18 %).

Évolution du tonnage de la flotte européenne, en fonction de l'activité de pêche (artisanale en bleu, de grande taille en vert, hauturière en orange et inactive en gris), entre 2008 et 2017

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Source : Publications Office of the European Union

Le nombre de jours passés en mer, les sorties de pêche et, par suite, l'énergie consommée suivent une tendance à la baisse. Pourtant les captures en valeur (7,6 milliards d'€) et en poids (5,3 millions de tonnes) ont augmenté respectivement de 6 et 14 % par rapport à 2008. Les débarquements en poids et en valeur par jour de pêche suivent ainsi une tendance croissante depuis 2008 (+ 33 % et + 25 % en moyenne). Dans les deux cas, l'Espagne est le plus grand producteur. Le hareng de l'Atlantique est l'espèce la plus pêchée en tonnage, et le maquereau commun en valeur.

Enfin, après neuf ans de croissance continue, les performances économiques de la flotte européenne affichent une baisse de 3 % par rapport à 2016. Quatre pays membres (Allemagne, Finlande, Malte, Lituanie) ont subi des pertes nettes en 2017, et la pêche artisanale est la plus touchée par ce recul. Les résultats économiques sont notamment dépendants des quotas attribués et du coût de l'énergie. Si l'emploi a également diminué de 13 % entre 2008 et 2017, les salaires en équivalent temps plein ont eux augmenté de 38 %. À noter que la France présente les salaires en équivalent temps plein les plus élevés pour les pêches artisanale et hauturière.

Évolution des indicateurs de performance économique par rapport aux niveaux de 2008 : revenu (bleu), valeur ajoutée brute (vert), valeur ajoutée nette (rouge), bénéfice brut (orange)

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Source : Publications Office of the European Union

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : Publications Office of the European Union

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09/10/2019

Pêche et bien-traitance animale : des expériences scientifiques d'étourdissement des poissons

En plus de poser la question de la bien-traitance animale, la mise à mort longue et douloureuse des poissons détériore la qualité de leur chair. Pour y remédier, les auteurs d'un article de septembre 2019, publié dans Plos One, ont comparé deux protocoles d'étourdissement : un lot de maquereaux a subi une première électrocution de 0,5 s, puis une deuxième de 4,5 s avant d'être immergés dans un bain de glace ; un autre lot a été soumis à un unique choc électrique de 5 s avant immersion. Pendant six minutes, la réponse musculaire des individus a été observée, toutes les minutes, pour tester l'efficacité de ces procédés.

Les protocoles testés provoquent tous deux une perte de conscience, effective à partir d'une électrocution de 0,5 s et sans interruption jusqu'à la mort des individus. Aucune trace de dommage interne (de la moelle épinière par exemple) et donc de détérioration de la qualité des poissons n'a été constatée suite à l'électrocution. Néanmoins, obtenir un procédé commercial d'étourdissement nécessiterait des travaux complémentaires pour généraliser le dispositif à l'ensemble des espèces capturées, en particulier celles de grande taille ne pouvant être facilement manipulées.

Schéma du dispositif d'électrocution

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Source : Plos One

Source : Plos One

16/09/2019

Bilan de la Politique commune de la pêche dressé par un rapport parlementaire

L'Assemblée nationale a mis en ligne, en juillet 2019, un rapport d'information sur la durabilité environnementale de la pêche européenne. Sur la base d'un bilan de la Politique commune de la pêche (PCP) de 2013 et de l'état des stocks de poissons, il établit que l'objectif de l'Union d'atteindre un « bon état écologique » des stocks d'ici 2020 ne sera pas atteint. Puis il explore des perspectives pour la prochaine programmation de la PCP : investir dans la transition écologique ; lutter contre la pêche illégale, non-réglementée et la surpêche ; renforcer le respect des règles en matière de pêches professionnelle et de loisir.

La Méditerranée est une zone particulièrement préoccupante par rapport à l'objectif de durabilité des stocks : 78 % d'entre-eux y sont surexploités en 2016. Les auteurs proposent notamment d'étendre le système de quotas à toutes les espèces méditerranéennes (et non plus seulement au thon et à l'espadon) et d'y encourager plus fortement les travaux de chercheurs sur les stocks. De plus, de manière générale, les quantités maximales pouvant être pêchées dans une zone donnée ne respectent pas les avis scientifiques, donnés à titre consultatif dans 41 % des cas (figure ci-dessous). L'Assemblée demande que la Commission européenne ait obligation de justifier tout dépassement de ces seuils.

Nombre des totaux admissibles de capture sur la période 2014 à 2019 et proportion d'entre eux dépassant (en rouge) ou respectant (en bleu) les recommandations scientifiques

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Source : Assemblée nationale

En outre, il apparaît que la PCP repose essentiellement sur l'idée de maximiser les captures sur le long terme, ce qui favorise les objectifs en termes d'effort de pêche (ex. : nombres de jours de pêche et de bateaux), au détriment des aspects relatifs à la sélectivité des engins (ex. : maillage des filets). En plus de mieux prendre en compte ces derniers, les auteurs souhaitent intégrer la rentabilité maximale de la pêche dans les outils de gestion (cf. figure ci-dessous), et non plus seulement la quantité maximale.

Enfin, la PCP 2013 a introduit l'obligation de débarquement (OD) pour les espèces à quota ou à taille minimale de capture. Elle consiste à ramener au port, au lieu de les rejeter à la mer, les prises non conformes, par exemple ceux de taille non commerciale. Cette mesure est majoritairement rejetée par les pêcheurs européens. L'Assemblée déplore une mise en œuvre « brutale », sans contrôle ni accompagnement spécifique, alors que certains pays ayant interdit les rejets, comme le Chili ou la Norvège, auraient pu servir d'exemples. Parmi les conditions essentielles à l'acceptation de l'OD, figurent le développement des débouchés pour les poissons anciennement rejetés, l'amélioration de la sélectivité des engins et l'adaptation des navires à cette cargaison supplémentaire.

Le rendement maximal de capture, optimisation de la différence entre recettes et coûts

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Source : Assemblée nationale

Lecture : la distance AB correspond au plus grand écart entre les courbes de recettes et de coûts (AB > CD). AB permet donc de trouver le niveau d'effort de pêche (combinaison du nombre de jours en mer, taille du navire, puissance des engins, etc.), associé à la meilleure rentabilité, et donne donc le rendement maximal de capture.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : Assemblée nationale

16:54 Publié dans 4. Politiques publiques, Environnement, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : assemblée nationale, pcp |  Imprimer | | | | |  Facebook