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10/03/2016

La difficile mise en mouvement des agriculteurs victimes des pesticides

Dans un billet précédent, nous avions signalé plusieurs travaux de science politique portant sur la « cause » des agriculteurs victimes des pesticides. Coline Salaris vient de mettre en ligne sa thèse, intitulée Mobilisations en souffrance. Analyse comparative de deux problèmes de santé publique : familles victimes du Distilbène et agriculteurs victimes des pesticides.

L’auteur déroule une comparaison entre les deux cas. L'idée de mettre en parallèle une affaire déjà bien connue et un problème qualifié d'émergent, est intéressante. La première partie de la thèse met en avant les « entraves à la victimisation » (déni, incompréhension, etc.) et décrit le chemin cahoteux qui part de l’identification mal assurée d’un problème personnel, passe par la rencontre d’autres malades (les « pairs » du « groupe latent »), et aboutit à la consolidation d’un « groupe nécessaire » autour du « ciment de la blessure commune ». La seconde partie aborde des enjeux organisationnels – division du travail entre associations, « bureaucratisation » des associations autour du « noyau originel » –, mais aussi la quête de relais dans les médias, dans le secteur académique et devant les tribunaux, pour se terminer sur les convergences entre action des victimes et politiques de santé publique.

« Se présenter comme victime et se mobiliser en tant que telle dans l’espace public ne va pas de soi », explique l’auteur. Étudier le « processus de victimisation » constitue « un préalable important à la compréhension des mécanismes de mise en œuvre des actions collectives victimaires ». À partir des cas traités, C. Salaris dégage ainsi des enjeux généraux aux niveaux individuel et collectif : « Individuellement, ce processus implique une intériorisation et une formulation identitaires consistant à donner du sens » à une épreuve existentielle. « Collectivement, il s’agit de construire un groupe » suffisamment solide et visible pour faire reconnaître par les autorités comme véritable problème de santé publique ce qui, au départ, apparaissait comme une infortune personnelle.

En fin de volume, de larges extraits d’entretiens sont opportunément reproduits.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : HAL Sciences de l'Homme et de la Société

10:02 Publié dans Agriculteurs, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : pesticides, santé publique, mobilisation, salaris |  Imprimer | | | | |  Facebook

19/05/2015

Santé publique et travail agricole : quels sont les mécanismes de la « production de l’ignorance » ?

 

Dans le sillage de plusieurs articles (voir un précédent billet sur ce blog) consacrés aux mobilisations d’agriculteurs « victimes des pesticides », François Dedieu (INRA) et Jean-Noël Jouzel (CSO) publient dans la Revue française de sociologie une contribution sur le dispositif de prévention des intoxications professionnelles en France. À partir de l’exemple de l’interdiction de l’arsenite de soude en 2001, les chercheurs entendent montrer « comment ce dispositif parvient à s’accommoder des savoirs ‘inconfortables’ susceptibles de remettre en cause ses arrangements institutionnels ordinaires », et mettre « en évidence les mécanismes par lesquels les organisations qui produisent ces savoirs offrent à leurs membres de ‘bonnes raisons’ de les ignorer, en désamorçant leur sens critique et en évitant d’œuvrer aux changements institutionnels qui devraient découler de leur prise en considération ». Leur travail débouche ainsi sur une intéressante réflexion sur les ressorts du changement institutionnel.

Lien : Revue française de sociologie

15/12/2014

Phyto-victimes : approches sociologiques d’une mobilisation improbable

Les revues Sociologie du travail et La Nouvelle Revue du Travail ont publié récemment deux articles consacrés à l’association Phyto-victimes. Les risques liés aux produits chimiques phytosanitaires sont connus de longue date – l’existence d’un système d’autorisation de mise sur le marché et d’une politique de prévention des accidents de manipulation suffisent à l’attester. Mais ils font depuis quelques années l’objet d’un débat public renouvelé et soutenu.

Ces deux articles retracent l’histoire de l’association en analysant le parcours personnel des malades : « rupture biographique » que constitue la déclaration de maladie, nombreuses difficultés pour obtenir la reconnaissance comme « maladie professionnelle », échecs des démarches administratives, engagement dans la dynamique de l’association et « exploration » des voies d’action offertes par le droit (contre les fabricants ou la puissance publique). À partir d’entretiens approfondis avec les agriculteurs concernés et leur entourage, ils apportent des éclairages intéressants sur des « acteurs périphériques » qui ont permis de surmonter les obstacles à la mobilisation : journalistes engagés, juristes spécialisés dans les affaires d’intoxication en milieu professionnel, etc.

La mobilisation d’agriculteurs constitués en association de « victimes des pesticides » a joué un rôle important dans cette mise sur l’agenda public. Pour les sciences politiques, cette action collective est particulièrement intéressante car elle était « improbable ». Les répertoires d’action des agriculteurs sont en effet plutôt orientés vers un certain conformisme, avec une prise en charge collective des revendications par les syndicats représentatifs. De plus, le statut de profession indépendante ne facilite par les mobilisations communes et partagées. Enfin, la prescription de bonnes règles d’utilisation tend à renvoyer les cas d’intoxication vers l’erreur de manipulation, la négligence, etc., et donc à insister sur les comportements à risque des exploitants plutôt que sur la responsabilité publique collective.

Par ailleurs, notons que France-Culture a consacré une émission à ce sujet en septembre dernier, où interviennent d’autres chercheurs, Nathalie Jas et Christian Nicourt.

Florent Bidaud, Centre d’études et de prospective

Sources :Sociologie du travail, La Nouvelle Revue du Travail

15:14 Publié dans Agriculteurs, Santé et risques sanitaires | Lien permanent | Tags : pesticides |  Imprimer | | | | |  Facebook

06/02/2012

Projet de taxe différenciée sur les pesticides au Danemark

La ministère de l’Environnement danois a annoncé vouloir mettre en place une taxe différenciée sur les pesticides, afin de réduire leur utilisation d’un tiers. Le coût de certains insecticides passerait de 60 couronnes (8 euros) à 400 couronnes par hectare, tandis que d’autres pesticides écologiques deviendraient moins chers. La taxation sur les pesticides existe dans ce pays depuis 1996, mais elle n'était pas différenciée selon la toxicité des produits.

Or, un rapport de l'Environmental Protection Agency danoise vient de montrer que la nocivité des pesticides utilisés dans l'agriculture danoise pour la nature s'était accrue de 30% en trois ans (de 2007 à 2010), et que durant cette même période, la fréquence de traitement avait augmenté de 11%. Les auteurs de ce rapport ont développé un nouvel indice pour classer les pesticides en fonction de leur nocivité. Cet indice servira de base pour déterminer la taxation des pesticides et mesurer l’efficacité de cette mesure.

11:31 Publié dans 4. Politiques publiques, Environnement | Lien permanent | Tags : pesticides, danemark |  Imprimer | | | | |  Facebook