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12/09/2014

INDE : de l'assurance-récolte à la stabilisation des revenus ?

Dans un pays où l’agriculture est fortement dépendante de la régularité de la mousson (près de 80% des apports pluviométriques annuels), les dégâts aux cultures provoqués par les aléas climatiques, la sécheresse au premier chef, affectent directement la viabilité de l’activité agricole. Cette vulnérabilité est d’autant plus forte que la couverture de l’irrigation est encore partielle (environ 43%) et que les ressources de la plupart des agriculteurs indiens sont limitées (85% des exploitations ont moins de 2 ha). Dans ce contexte marqué notamment par des vagues de suicides en milieu rural (plus 250 000 de 1995 à 2012, soit plus de 20 000 par an – National Crime Records Bureau), la réforme des dispositifs assuranciels dans le secteur agricole est l’une des priorités du nouveau gouvernement. Annoncée au mois de mai, dès le premier discours du ministère de l’agriculture, elle a été officiellement lancée par un séminaire intitulé « Farm Income Insurance », organisé le 4 septembre dans l'État du Gujarat.

Jusqu’à présent, l’Inde a mis en place plusieurs dispositifs relevant d’une logique d’assurance-récolte. Le plus ancien, le National Agricultural Insurance Scheme (NAIS) a été introduit en 1999 et souscrit, fin septembre 2012, par 203 millions d’agriculteurs (soit une moyenne de 15,6 millions par an), permettant de couvrir un total de 307 millions d’hectares. Basé sur des indices de rendement établis par zone géographique, l’indemnisation prévue par le NAIS est calculée sur la base de l’écart entre le rendement constaté et la moyenne des cinq dernières années. Ce système de compensation est toutefois fortement critiqué : des délais de versement des indemnisations trop longs (6 à 8 mois, parfois plus d’un an), dans un pays où sont conduites deux cultures par an (Kharif et Rabi), les agriculteurs frappés par une calamité devant souvent préparer la nouvelle culture avec une trésorerie vide ; un niveau des montants jugé souvent inférieur aux pertes réelles du fait de l’application d’indices de rendement forfaitaires. Pour pallier ces défauts, deux autres systèmes ont été mis en place :

  • le Wheater Base Crop Insurance Scheme (WBCIS) : basé sur des indicateurs climatiques (températures, pluviométrie, humidité), il vise à évaluer plus rapidement et objectivement les aléas naturels et les dommages associés ; mis en place en 2007, il a été adopté majoritairement par le Rajasthan, État qui concentre les 2/3 des quelques 46 millions de paysans couverts par ce système depuis sa création ;

  • le Modified National Agricultural Insurance Scheme (mNAIS) : expérimenté à partir de 2010, ila vocation à remplacer progressivement le NAIS en apportant des améliorations significatives (possibilité d’avances sur l’indemnisation, révision des modalités de calcul du rendement moyen, extension de la couverture à de nouveaux risques - pertes au semis par exemple). À ce stade, ouvert pour la première fois aux compagnies d’assurance privées, le mNAIS a été souscrit par 4,5 millions d’agriculteurs pour 4,6 millions ha couverts (soit 1,5 millions d'agriculteurs par an).

Malgré ces récentes évolutions et en dépit des chiffres impressionnants de souscription, le dispositif rénové demeure imparfait : le NAIS est largement déficitaire (de 1999 à 2012, 3,5 milliards d'euros d'indemnisations pour 1,07 milliard d'euros de primes d'assurance) et paraît difficilement soutenable dans un contexte de fort déficit budgétaire ; l’adhésion à ces instruments est faible (seuls 17% des agriculteurs indiens sont couverts, en raison essentiellement de l’obligation pour les bénéficiaires de prêts agricoles de souscrire une police d’assurance-récolte).

Compte-tenu de cet historique et pour élargir le bénéfice de l’assurance à la majorité des agriculteurs, le ministère de l’agriculture indienne souhaite passer à un dispositif d’assurance-revenu en s'inspirant d’une expérimentation intitulée Farm Income Insurance conduite en 2003/2004 auprès de 180 000 fermiers. Cette dernière intervenait en cas de chute des revenus en-dessous d’un revenu garanti, calculé au regard du rendement moyen des 5 à 7 dernières années, auquel est appliqué le prix minimum de soutien (minimum support price). L’indemnisation correspondait à la différence du revenu réel et du revenu garanti. A priori, le gouvernement indien s’oriente aujourd’hui vers la reprise de ce schéma en le généralisant. Cet objectif est toutefois très ambitieux, dans la mesure où il requiert de fortes capacités administratives pour en gérer la mise en œuvre et les contrôles, ainsi que des moyens financiers conséquents, sans compter qu’il conviendrait de vérifier la compatibilité de cette subvention au regard des engagements indiens à l’Organisation mondiale du commerce.

Cédric Prévost, Conseiller pour les affaires agricoles, Service Économique Régional de New Delhi, Ambassade de France en Inde

Source : Ministry of agriculture, Government of India

10:23 Publié dans 4. Politiques publiques | Lien permanent | Tags : inde |  Imprimer | | | | |  Facebook

Futur de l'OMC : les nouveaux enjeux selon Pascal Lamy

Les transformations profondes de la structure du commerce mondial rendent obsolètes les principes du GATT et les modalités classiques de la négociation à l'OMC, de même qu'elles enterrent les politiques mercantilistes, car l'enjeu n'est plus la protection tarifaire mais la convergence des normes entre pays. C'est la thèse que l'ancien Directeur Général de l'OMC développe dans un court essai publié par le think tank En temps réel, dans lequel il appelle à un renouvellement de la gouvernance du commerce international.

Les mutations dont parle Pascal Lamy se résument dans l'expression désormais connue de « Made in the world ». La généralisation des chaînes de valeur globales a fortement impacté la localisation de la production et, désormais, les exportations d'un pays et la valeur ajoutée qu'il en retire dépendent fortement de ses importations. L'auteur en déduit que la logique mercantiliste, consistant à se protéger des importations, n'est plus adaptée à la réalité. Or celle-ci imprègne l'esprit du GATT, accord international à l'origine de l'OMC.

Depuis sa création, l'OMC s'est occupée principalement de la réduction globale des droits de douane, objectif partagé par l'ensemble des pays membres afin d'accroître le commerce international. Mais aujourd'hui, les droits de douane sont, d'après l'auteur, de moins en moins efficaces et de moins en moins utilisés. Les obstacles au commerce se situent désormais principalement dans les écarts entre les règlementations des pays, écarts qu'il s'agit de réduire. C'est là le principal défi que Pascal Lamy identifie pour le futur : la convergence des préférences collectives, le passage de l'interdépendance économique à « l'interdépendance sociétale ».

Dans ce contexte nouveau, les rapports de force sont modifiés. Si les protections liées aux préférences collectives (OGM, biodiesel, hormones, etc.) concernent principalement les pays développés, on assiste à une montée en puissance des pays émergents dans la gouvernance de l'OMC. Cela rend les négociations d'autant plus complexes.

L'auteur considère ainsi que l'OMC n'est plus adaptée à la réalité du commerce international. Son mandat ne permet pas de traiter les problèmes nouveaux tels que les restrictions aux exportations (notamment pour les produits agricoles) ou les questions monétaires. Ses procédures de négociation (« paquet global », consensus) sont à l'origine de blocages et de lenteurs. Une réforme de l'OMC est donc nécessaire, « si l'on souhaite faire prévaloir le multilatéralisme sur le bilatéralisme ».

Alexandre Martin, Centre d'études et de prospective

Source : En temps réel

10:21 Publié dans Mondialisation et international | Lien permanent | Tags : omc |  Imprimer | | | | |  Facebook

De futures négociations à l'OMC difficiles pour les États-Unis, d'après une étude de l'ICTSD

L'ICTSD, Centre International pour le Commerce et le Développement Durable, a rendu publique cet été une étude traitant des conséquences du nouveau Farm Bill américain de 2014. Après avoir décrit les principaux changements apportés par cette nouvelle loi-cadre, les auteurs en abordent les éventuelles conséquences.

Les aides découplées du précédent Farm Bill, qui ont été abandonnées, relevaient dans leur ensemble de la boîte verte de l'OMC et représentaient, dans un contexte de prix hauts, le principal poste de dépense avec près de cinq milliards USD par an. Alors que les prix de certains oléagineux et céréales sont à la baisse depuis plusieurs mois, l'ICTSD rappelle qu'en cas de confirmation de cette tendance, les subventions allouées aux producteurs pourraient doubler avec les nouvelles mesures adoptées. En effet, ces dernières, issues de mesures préexistantes qui ont été remodelées et renforcées, relèveraient clairement de la boîte orange de l'OMC. Elles consistent en des filets de sécurité par les prix, en des garanties du chiffre d'affaires et des assurances privées largement subventionnées.

Toutefois, le risque de voir les États-Unis dépasser le plafond de dépenses qui leur est accordé serait relativement faible, même si l'étude précise que la nouvelle loi-cadre pourrait rendre les négociations d'un prochain accord OMC difficiles pour les Américains.

Alexis Grandjean, Centre d'études et de prospective

Source : ICTSD

10:20 Publié dans 4. Politiques publiques | Lien permanent | Tags : farm bill, omc |  Imprimer | | | | |  Facebook

La Thaïlande perd le rang de premier exportateur mondial de riz au profit de l’Inde sur la campagne 2013/2014

Suite aux élections de juillet 2011 en Thaïlande, la mise en place d’un prix garanti du riz local 50% plus cher que le prix mondial a induit une perte de compétitivité du riz thaïlandais à l’exportation. Dès la campagne 2011/2012, les exportations du pays ont quasiment été réduites de moitié, pour remonter péniblement à 9 millions de tonnes en 2013/2014 contre 10,6 millions en 2010/2011. Sur la même période, les stocks domestiques ont gonflé, passant de l’équivalent de 6 mois à 13 mois de la consommation annuelle.

Parallèlement, la Thaïlande perd sa place de premier exportateur mondial au profit de l’Inde dont les exportations ont plus que triplé entre les campagnes 2010/2011 et 2013/2014. Ainsi, entre 2012 et 2014, le prix du riz Thaï 100% Grade B (Bangkok), qui sert de référence sur le marché mondial, a subi une chute de 26%.

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Source : International Grains Council

Face à cette baisse des prix du riz importé, certains pays africains sont sur la défensive et envisagent de protéger leur production par une hausse des droits de douane.

José Ramanantsoa, Centre d'études et de prospective

Sources : International Grains Council, Inter-réseaux Développement rural

 

10:18 Publié dans Production et marchés | Lien permanent | Tags : riz, thailande |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/09/2014

Quel rôle et quels effets de la PAC dans la préservation des prairies permanentes ?

Dans son numéro 64 de juillet 2014, Le courrier de l'environnement de l'Inra a publié un article proposant une réflexion sur les effets de la « conditionnalité PAC » dans la préservation des prairies permanentes, en analysant en détail les textes réglementaires européens et leurs modalités d'application en France. Malgré la reconnaissance de ses nombreux avantages sur le plan environnemental, paysager ou même sur la qualité des produits animaux, la prairie est en régression continue en France métropolitaine depuis les années 1970, et ce jusqu'en 2010 (date des dernières données mobilisées). Alors que la baisse est très forte dans les régions de grandes cultures et mixtes, on assiste ailleurs à une spécialisation herbagère. Toutefois, les prairies naturelles sont les plus menacées dans toutes les zones.

L'enjeu « prairie » a été progressivement intégré à la PAC, depuis la création de l'indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), en passant par la prime au maintien des surfaces d'élevage extensif (PMSEE devenue ensuite PHAE). Son rôle environnemental est explicitement reconnu dans le règlement (CE) n°1782/2003 [article 5(2)], instaurant en 2005 la conditionnalité des aides PAC et comportant notamment une exigence de « maintien des pâturages permanents (PP) ».

Si la formulation européenne de cette exigence dans le règlement de 2003 laissait prévoir une protection forte de l'ensemble des prairies, l'auteur montre qu'une interprétation très « lâche » de cet article dans son règlement d'application a grandement atténué la portée de la mesure. Le choix, par exemple, de limiter à 10% la diminution du ratio PP / Surface Agricole Utile entre 2005 et 2013 s'avère peu contraignant puisque la baisse des surfaces en prairies n'a pas dépassé ce taux en moyenne depuis 1992. Il en va de même pour les modalités d'application prises à l'échelle nationale.

L'auteur s'interroge donc sur l'effet de la conditionnalité. Si l'enjeu de maintien des prairies semblait bien se prêter à un instrument de ce type, plusieurs dispositions ont pu produire des effets pervers et conduire paradoxalement à un retournement des prairies. C'est le cas par exemple de l'anticipation de l'année de référence.

Enfin, quelques perspectives pour la politique agro-environnementale sont proposées : ne pas focaliser uniquement le maintien sur la « quantité » de prairies mais aussi sur leur « qualité » (celle-ci ayant tendance à être dégradée par intensification), assurer un bon équilibre entre adaptation aux situations locales et niveau d'ambition, etc. Autant d'enseignements au prisme desquels la mise en œuvre du « verdissement » à venir pourra être analysée, selon l'auteur.

Clément Villien, Centre d'études et de prospective

Source : Le Courrier de l'environnement de l'Inra

10:16 Publié dans 4. Politiques publiques, Environnement, PAC | Lien permanent | Tags : prairies, pac, inra |  Imprimer | | | | |  Facebook

La coopération agricole investit dans la distribution via In Vivo

Regroupant plus de 220 coopératives, le premier groupe coopératif français, In Vivo, s'engage dans la distribution alimentaire en ouvrant à l'automne un premier magasin à Toulouse. Mettant en avant un approvisionnement local et/ou via des coopératives de producteurs, ce développement marque une étape supplémentaire dans la stratégie d'intégration verticale de la filière par les agriculteurs. Fort de son statut de leader dans la distribution spécialisée en jardinerie avec les réseaux Gamm Vert et Delbard, In Vivo cherche ainsi à étoffer son positionnement en investissant les capitales régionales.

Ce projet vise à recréer davantage de liens entre la production agricole et les consommateurs en supprimant les intermédiaires. Rappelons en effet que les coopératives agricoles, directement ou via leurs filiales, constituent une part importante du secteur de la transformation agro-alimentaire. Avec un objectif de développement fixé à 250 magasins à moyen terme, le monde agricole pourrait se donner ainsi les moyens, par le développement coopératif, de répondre aux enjeux de la transmission des prix et du partage de la valeur ajoutée face à un secteur de la distribution de plus en plus concentré.

Frédéric Courleux, Centre d'études et de prospective

Source : L'usine nouvelle

10:13 Publié dans 5. Fait porteur d'avenir, Filières agricoles | Lien permanent | Tags : in vivo |  Imprimer | | | | |  Facebook

Campagnes de promotion de la consommation de fruits et légumes : quels résultats et quelles perspectives ?

Un article publié récemment dans la revue scientifique Appetite s'intéresse aux principales politiques menées, depuis plus d'une décennie, dans les pays développés et visant à augmenter de façon durable la consommation de fruits et légumes. La consommation journalière de fruits et légumes reste bien inférieure aux recommandations de l'OMS et l'impact de ces actions apparaît limité. Différents types de facteurs d'influence ont été identifiés (liés à la production, à la distribution et au consommateur), et les auteurs proposent de nouvelles approches qui seraient plus efficaces.

Ainsi, si l'impact de ces programmes est modeste chez les adultes, une campagne ciblée sur les enfants aura plus de succès. Par ailleurs, les approches holistiques sont plus à même de favoriser des changements de comportement durables. Enfin, une collaboration entre les différents acteurs concernés est un facteur facilitant la réussite de la campagne, tout comme cibler un groupe spécifique de consommateurs et favoriser une participation pro-active des familles.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Sources : Appetite, EUFIC

10:10 Publié dans 4. Politiques publiques, Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : fruits et légumes |  Imprimer | | | | |  Facebook

10/09/2014

Quelle contribution des médias sociaux à l'information sur les risques alimentaires ?

Dans le cadre du projet européen de recherche FoodRisC, un sondage en ligne a été administré auprès de 1 264 consommateurs (de 18 à 75 ans et issus de huit États membres), afin d'étudier leur propension à utiliser différentes sources pour trouver des informations sur les risques sanitaires liés aux bactéries dans les légumes frais. Ce focus thématique fait suite à la crise liée à la présence d'E. coli dans des graines germées, survenue en 2011.

Quatre catégories de consommateurs ont été identifiées en fonction de leur appétence à utiliser l'ensemble ou certains des médias existants (« traditionnels » ou sociaux) et à rechercher de l'information supplémentaire. Les consommateurs utilisant les médias sociaux ont une moyenne d'âge plus basse que les autres catégories. Les représentants, dans l'échantillon, des pays du Sud (Italie, Portugal, Espagne) ont une plus forte propension à chercher de l'information sur les risques alimentaires via tous les médias, alors que la Belgique, l'Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni sont sous-représentés dans cette catégorie. Enfin, il apparaît que les médias sociaux ne peuvent pas être utilisés pour toucher, sur cette thématique, des personnes difficiles à atteindre par d'autres moyens de communication.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Sources : EUFIC, Food Quality and Preference

L'insécurité alimentaire au Québec

L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a publié, mi-août 2014, une mise à jour des données sur la prévalence, et son évolution depuis 2005, de l'insécurité alimentaire chez les ménages de la province. En 2011-2012, 8,1% des ménages québécois (soit un peu plus de 250 000) ont connu une situation d'insécurité alimentaire (modérée pour 5,8% des ménages, grave pour 2,3%). Cette proportion est similaire à celle du Canada (8,4%).

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La prévalence de l'insécurité alimentaire présente des variations significatives en fonction du lieu de résidence (8,6% en milieu urbain contre 5,9% en milieu rural), de la taille et du type de ménage (12% pour les personnes seules, 15% pour les familles monoparentales, 4% pour les couples avec ou sans enfant), du revenu (24% des ménages à très faible revenu par exemple), du logement (17% des locataires) ou encore du niveau d'étude. Si la prévalence de l'insécurité alimentaire est restée constante de 2005 à 2010 (7%), elle a crû en 2011-2012 (8,1%), du fait d'une plus grande proportion de ménages en insécurité alimentaire modérée.

S'appuyant sur des travaux montrant que la méthode usuelle employée sous-estimerait la prévalence de l'insécurité alimentaire (critères de classification des ménages trop stricts), l'INSPQ introduit une nouvelle catégorie, « l'insécurité alimentaire marginale ». Correspondant aux « ménages ayant indiqué qu'ils avaient des craintes ou des obstacles pour l'accès à des aliments en raison du revenu », elle concerne 4,9% de ménages en 2011-2012, portant ainsi l'insécurité alimentaire totale à 13% des ménages québécois. Enfin, l'INSPQ présente les résultats d'une nouvelle méthode distinguant parents et enfants au sein des ménages : 12% des adultes seraient en insécurité alimentaire au Québec et 16% des enfants.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Institut national de santé publique du Québec

 

10:05 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : insécurité alimentaire, canada |  Imprimer | | | | |  Facebook

09/09/2014

Les Français veulent vivre plus intensément

Publié en juillet 2014 par le Crédoc, le numéro 268 de Consommation et modes de vie présente une synthèse du Cahier de recherche La société des loisirs dans l'ombre de la valeur travail (décembre 2013). À l'instar de nombreux pays, les Français veulent de plus en plus réussir toutes les facettes de leur vie (famille, travail, relations amicales, loisirs, etc.). La France se distingue toutefois par une place centrale accordée à la vie professionnelle et par un moindre investissement de la dimension « loisir et temps libre » par rapport aux habitants des pays nordiques et anglo-saxons.

La place symbolique accordée à la vie amicale, au temps libre et aux loisirs a progressé. Le temps libre a ainsi cru de 47 minutes par jour entre 1986 (7h19) et 2010 (8h06) ; les Français consacrent notamment neuf minutes supplémentaires aux repas. Par rapport aux autres pays, un intérêt plus important est constaté pour le repas, le bricolage et le jardinage, alors qu'il est par exemple moindre pour des pratiques artistiques amateurs ou les visites de monuments. Les Français passent ainsi, en moyenne et par jour, 2h15 à table, soit un peu plus que dans les pays latins et beaucoup plus qu'au Royaume-Uni (1h25) et qu'en Suède (1h34).

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Crédoc

10:04 Publié dans Alimentation et consommation, Société | Lien permanent | Tags : crédoc |  Imprimer | | | | |  Facebook

Ingrédients et peurs alimentaires

Dans un article publié dans Food quality and preference en juin 2014, une équipe de recherche de la Cornell University (État de New-York) présente les résultats d'une étude sur les peurs alimentaires liées à des ingrédients. Sur la base d'une enquête téléphonique menée auprès d'un échantillon de 1 008 mères américaines, ces travaux s'appuient sur le cas du sirop de maïs riche en fructose, objet récemment d'une forte attention des médias généralistes ainsi que des blogs et réseaux sociaux.

Parmi les points mis en évidence, les consommatrices ayant peur d'un ingrédient spécifique peuvent exagérer les risques perçus et être partiellement influencées par leur groupe de référence. Les ingrédients associés à des aliments moins sains (snacking, desserts) nuisent, par leur présence, à l'évaluation d'aliments perçus en général comme relativement sains. Les peurs alimentaires peuvent être contrebalancées lorsque des informations sur l'ingrédient (histoire, mode de production, utilisation) sont données.

Les auteurs identifient plusieurs pistes de recherche : mesurer l'impact que les normes et la désirabilité sociales peuvent avoir sur l'évitement d'ingrédients, étudier le comportement d'autres catégories de population, évaluer l'influence des peurs alimentaires sur les comportements réels et les schémas de consommation. Ainsi, par exemple, les personnes craignant le sirop de maïs riche en fructose ne sont pas prêtes à payer plus pour des produits contenant plutôt du sucre de table.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : Food Quality and Preference

09:57 Publié dans Alimentation et consommation | Lien permanent | Tags : ingrédients, peurs alimentaires |  Imprimer | | | | |  Facebook

Conséquences de la sécheresse dans l'État californien sur le secteur agricole

Publiée par le Center for Watershed Sciences en juillet 2014, une étude évalue l'impact de la sécheresse sur l'agriculture californienne. 2014 est la troisième année de sécheresse consécutive et également la troisième plus importante historiquement. L'étude couvre plus de 90% des terres irriguées de cet État (3,8 millions d'ha). Concernant la méthodologie, plusieurs modèles sont utilisés : le Statewide Agricultural Production Model pour les aspects économiques liés aux productions agricoles (chiffre d'affaires, coûts, intrants dont eau) couplé avec le Impact Analysis for Planning Model pour les impacts sur l'emploi au niveau de l'État, et le modèle C2VSim qui simule les prélèvements en eau (souterraine et de surface).

Repérage des zones étudiées

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Source : UC Davis

Dans un premier temps, les auteurs estiment que la ressource en eau de surface diminuerait en 2014 de 8,1 milliards de m3, soit un volume représentant 25% de la quantité annuellement utilisée par le secteur agricole dans les zones étudiées. Ce déficit serait compensé aux trois-quarts par des extractions d'eau souterraine, à hauteur de 6,3 milliards de m3 : leur part dans les prélèvements totaux passerait ainsi de 31% à 51%. Le coût de ce pompage additionnel est évalué à environ 454 millions de dollars.

Du point de vue des productions agricoles, les moins impactées sont celles à haute valeur ajoutée comme les arbres fruitiers, les fruits à coques ou les légumes. Les mises en jachère liées à la sécheresse concernent au total 173 200 ha, principalement des cultures de moindre valeur ajoutée comme les pâturages irrigués et des cultures annuelles. La diminution nette de ressource en eau induit des pertes de l'ordre de 810 millions de dollars pour les cultures et de 203 millions pour l'élevage, auxquelles il faut ajouter le coût du pompage additionnel cité plus haut. Au final, le coût global de la sécheresse 2014 pour la collectivité est de 2,2 milliards de dollars avec une perte de 17 100 emplois saisonniers et à temps partiel. À noter que 2015 pourrait aussi être une année avec des déficits importants en eau, hors prise en compte de l'impact d'El Niño.

Les auteurs mettent en évidence deux thèmes nécessitant de meilleures connaissances. D'une part, les usages de l'eau souterraine en Californie sont méconnus, bien que le niveau des nappes phréatiques soit bien suivi. Ces dernières ne se rechargeant pas entièrement chaque année, y compris en année humide, cette ressource est donc de plus en plus difficile d'accès et les coûts plus élevés (pompages plus profonds). Un enjeu d'autant plus important que cette étude met en évidence la dépendance du secteur agricole à la ressource souterraine en cas de sécheresse.

D'autre part, il paraît nécessaire de mieux connaître les marchés de l'eau californiens : ces marchés fonctionnent essentiellement de manière informelle, et il y a absence d'informations centralisées sur les prix et les quantités disponibles qui impactent la bonne gestion de la ressource en eau en cas de sécheresse.

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Sources : UC Davis

Pour plus d'informations sur l'évolution de la sècheresse : Pacific Institute

09:54 Publié dans Agronomie, Climat, Environnement | Lien permanent | Tags : californie, sécheresse, eau |  Imprimer | | | | |  Facebook

08/09/2014

Quantification de l'impact environnemental des protéines animales pour la consommation humaine aux États-Unis

Le travail de quatre chercheurs américains et israéliens, récemment publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), éclaire l'impact de la consommation américaine en protéines animales sur les surfaces agricoles, le volume d'eau mobilisé pour l'irrigation, les émissions de gaz à effet de serre et l'azote réactif (fertilisants). Cette étude repose sur une approche top-down, autrement dit mobilisant des données statistiques agrégées à l'échelle des États-Unis.

Sont distingués les élevages bovins (avec une subdivision viandes et lait), porcins et avicoles (volailles de chair et œufs). La figure ci-dessous présente les « unités » de ressources mobilisées par 1 000 kcals consommées, et ce pour chacune des productions étudiées. La dernière figure (E) indique la consommation moyenne journalière par personne.

proteines-USA.JPG

Source : PNAS

En termes de résultats, l'élevage bovin viande mobilise respectivement 28, 11 et 6 fois plus de terres, d'eau pour l'irrigation et d'azote réactif que la moyenne des autres productions. Pour les émissions de GES, elles sont cinq fois supérieures. Un résultat qui change peu si l'on considère non plus les calories, mais les protéines consommées.

En conclusion, les auteurs soulignent plusieurs points : 1) la robustesse des résultats sur la filière bovin viande malgré les incertitudes (une filière plus consommatrice en ressources), 2) la mise en lumière d'impacts potentiellement bénéfiques d'un changement de régime alimentaire et 3) la création d'une méthodologie mobilisable pour évaluer les politiques alimentaires, avec des améliorations à apporter sur le travail des données (mobilisées en grand nombre dans cet exercice).

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Source : PNAS

 

09:52 Publié dans Alimentation et consommation, Environnement | Lien permanent | Tags : protéines, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

Un choix stratégique des terres pour l'expansion de la production agricole pourrait contribuer à limiter le déstockage de carbone par les sols

Dans une publication de juillet 2014, des chercheurs américains de l'université du Minnesota se sont interrogés sur la manière de combiner le maintien d'un service écosystémique, à savoir le stockage du carbone, avec l'expansion des terres agricoles, qui elle répondrait à la hausse de la demande alimentaire.

L'idée est de mettre en regard, via une approche spatialisée, le nombre de calories produites et la quantité de carbone stocké pour chaque région. Une donnée supplémentaire est alors ajoutée : le coût social du carbone, soit les dommages qui résulteraient des émissions de carbone (37 $ par tonne de carbone).

Leur conclusion est la suivante : à l'horizon 2050 et à l'échelle mondiale, un choix stratégique des terres mobilisées pourrait préserver environ six milliards de tonnes de carbone pour une valeur approximative d'un milliard de dollars, en comparaison avec un scénario au fil de l'eau. Les zones concernées (US Corn Belt, Europe de l'Ouest, vallée du Nil, plaine de la rivière Gange et Est de la Chine) sont des régions actuellement agricoles dont la mobilisation ne se ferait qu'à la marge, limitant les pertes de carbone liées à la destruction de forêts.

Élise Delgoulet, Centre d'études et de prospective

Source : PNAS

09:50 Publié dans Agronomie, Climat, Enseignement et recherche, Environnement | Lien permanent | Tags : carbone, sols |  Imprimer | | | | |  Facebook

05/09/2014

Des progrès majeurs dans le séquençage du génome de plusieurs plantes commerciales (blé tendre, colza, agrumes)

Plusieurs plantes commerciales ont récemment vu leur génome séquencé, ce qui ouvre la voie à d'importantes avancées en amélioration génétique. Les travaux concernent le blé tendre et le colza, aux génomes quatre à cinq fois plus grands que celui de l'Homme, ainsi qu'une dizaine d'agrumes.

Tout d'abord, l'Inra de Clermont-Ferrand, leader au sein du Consortium International de Séquençage du Génome du Blé (IWGSC), vient de déchiffrer la première séquence de référence du chromosome 3B du blé tendre. Une première ébauche du génome complet de cette céréale est donc désormais disponible. Ce résultat a nécessité « la mise au point d’une stratégie originale de séquençage, le développement d’outils bioinformatiques et l’identification de plusieurs dizaines de milliers de marqueurs moléculaires ». Publié dans la revue Science, ce travail devrait permettre d'identifier des caractères d'intérêt (résistance aux bio-agresseurs, à la sécheresse, amélioration des rendements, etc.). Le Consortium souhaite maintenant terminer le séquençage des 20 autres chromosomes dans les trois ans qui viennent.

Le même type de travaux a été mené sur le colza, par un consortium international d’une trentaine d’instituts de recherche, piloté par l’Inra et le CEA (Genoscope) : ils ont permis de déterminer la séquence de référence du génome complet du colza, ainsi que celle d’une collection de variétés représentant la diversité de cette espèce. La grande majorité des gènes du colza étant dupliqués, les chercheurs ont également pu étudier le « dialogue » entre ces gènes : ils suggèrent que ces derniers peuvent servir de « réservoir important de diversification, d’adaptation et d’amélioration ». Comme précédemment, ces travaux, publiés dans Science, pourraient déboucher sur d'importantes améliorations génétiques (teneur et composition en huile, résistance à des pathogènes, tolérance au froid, etc.).

Enfin, une équipe internationale a séquencé le génome d'une dizaine d'agrumes (oranges, mandarines, pamplemousses, etc.). Ces travaux ont révélé l'histoire de la domestication des agrumes et les liens entre les différentes espèces. Ils ont également démontré leur faible diversité génétique, ce qui pourrait menacer leur survie face aux maladies (ex : maladie du Dragon jaune). Ce travail souligne ainsi la nécessité de créer de nouveaux types d'agrumes permettant de mieux résister aux stress et aux bio-agresseurs.

Noémie Schaller, Centre d'études et de prospective

Sources :

Blé tendre : Inra

Colza : Inra

Agrumes : Nature biotechnology

09:47 Publié dans Agronomie, Enseignement et recherche | Lien permanent | Tags : génome, blé, colza, agrumes, inra |  Imprimer | | | | |  Facebook