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13/05/2019

Évaluer la durabilité de régimes alimentaires plus riches en produits biologiques : apports de la cohorte BioNutriNet

Publié mi-avril dans The American Journal of Clinical Nutrition, un article présente les résultats d'une comparaison originale des durabilités de régimes alimentaires présentant des niveaux variés de produits biologiques, réalisée dans le cadre de l'étude NutriNet-Santé (cohorte en ligne) et du projet BioNutriNet. À partir de données collectées entre juin et décembre 2014, l'échantillon retenu de 29 210 adultes a été divisé en cinq classes, allant d'une part nulle de bio à une part moyenne de 71 %. En mobilisant diverses méthodes, les auteurs ont calculé plusieurs indicateurs de durabilité : qualité nutritionnelle, impact environnemental (établi uniquement pour le stade agricole), coûts économiques, exposition à 15 pesticides via les ingrédients végétaux.

Ils montrent que l'augmentation de la proportion de produits biologiques consommés est associée à celle de produits végétaux (environ + 52 % entre les deux extrémités de l'échantillon) et à une baisse de la part de produits animaux (- 46 %) et d'aliments sucrés (- 22 %). Les individus de la classe mangeant le plus de bio présentent un régime alimentaire de meilleure qualité nutritionnelle (moins d'acides gras saturés, de sucres ajoutés et de protéines, plus d'acides gras poly-insaturés, de fibres et de vitamines C et E), ainsi qu'un indice de masse corporelle plus bas. Leurs consommations s'accompagnent également d'émissions de gaz à effet de serre (- 30%), d'une demande énergétique (- 20%) et d'une empreinte foncière (- 20%) plus faibles. Il en est de même pour leur exposition alimentaire aux pesticides (mis à part pour deux produits utilisés en agriculture biologique), alors que le coût journalier individuel et la part de leur budget consacrée à l'alimentation sont plus élevés. Ces différences sont en grande partie liées à la composition du régime, le mode de production agricole venant, quant à lui, expliquer principalement les différences économiques et d'exposition aux pesticides.

Les auteurs relèvent les limites de cette étude : échantillon composé de volontaires, données de consommation alimentaire déclaratives, non prise en compte des activités en aval de l'exploitation agricole, manque d'éléments sur certains produits phytosanitaires, etc. Ils identifient ainsi une série d'indicateurs et de dimensions à explorer pour compléter l'analyse de la durabilité de ces régimes alimentaires (bien-être, risques de maladies, impacts sur la biodiversité, etc.).

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : The American Journal of Clinical Nutrition

10/05/2019

Le point sur les services écosystémiques de l'agriculture et de la forêt françaises

Pilotée par le ministère de la Transition Écologique et Solidaire, la plate-forme EFESE (Évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques) regroupe des travaux d'évaluation approfondis sur différents types d'écosystèmes français et leurs services. Elle a publié en avril les messages clés issus de la première phase de son programme (2012-2018), portant sur les milieux agricoles, forestiers, urbains, montagneux, aquatiques et marins.

Pour ce qui est des écosystèmes agricoles, qui couvrent 54 % du territoire métropolitain (surface agricole utilisée), l'évaluation montre qu'ils sont porteurs d’une biodiversité riche. Son amplitude et son abondance diminuent toutefois du fait des pratiques agricoles (dont l’usage des produits phytosanitaires), de la simplification des structures paysagères et notamment des réductions des prairies (semi-)permanentes, de la végétation ligneuse et des zones humides. Ces dernières entraînent de façon synergique et avérée la disparition de populations d'oiseaux, de chauves-souris, d'insectes et de la faune des sols, en particulier en grandes cultures. De plus, la teneur moyenne en carbone organique des sols de ces milieux et leur activité biologique ont diminué dans plusieurs régions.

La forêt française couvre, quant à elle, le tiers du territoire métropolitain, avec des tendances plus positives, tant du point de vue de la richesse locale en espèces d’arbres que de diverses caractéristiques reconnues comme importantes pour la biodiversité. Après une phase d’érosion, à la fin des années 1980, l’abondance des oiseaux communs forestiers s’est ainsi stabilisée. Toutefois, de nombreuses espèces de plantes, d'oiseaux et de mammifères de milieux forestiers sont toujours considérées comme menacées. De plus, les forêts métropolitaines ont été fragilisées par les tempêtes et sécheresses des deux dernières décennies, dans un contexte d’augmentation des risques liés, entre autres, au changement climatique.

EFESE fait aussi le compte des services, marchands ou non (largement majoritaires), rendus par ces différents écosystèmes aux agriculteurs et à la société française. À titre d'exemple, les exploitants bénéficient des services de régulation des ravageurs, des maladies et des adventices, de la structuration du sol et de la pollinisation fournis par les écosystèmes agricoles.

Vanina Forget, Centre d'études et de prospective

Source : ministère de la Transition Écologique et Solidaire

12:52 Publié dans 2. Evaluation, Environnement | Lien permanent | Tags : efese, écosystèmes, services écosystémiques, agriculture, forêt |  Imprimer | | | | |  Facebook

Évaluer l'impact des systèmes alimentaires sur les communs et leur résilience

Un article publié en avril 2019 dans la revue Land compare la contribution de différents types de systèmes alimentaires (SA) à la gestion des communs et à leur résilience. Les auteurs s'intéressent à des contextes de transitions agraires rapides, marqués par une concurrence entre plusieurs types de SA : deux études de cas sont réalisées, au Kenya (région des monts du Nord-Ouest) et en Bolivie (région de Santa Cruz).

Une typologie des SA est d'abord établie, dans les deux zones, qui met en évidence une cohabitation de systèmes vivriers territoriaux avec des systèmes agro-industriels ou des systèmes régionaux, moyennement intensifiés. Puis, pour chaque type de SA, les auteurs considèrent trois exploitations agricoles représentatives, dont ils déterminent la contribution aux services écosystémiques sur l'ensemble de l'agro-écosystème (surface agricole cultivée et autres espaces utilisés, quel que soit leur statut foncier ou de gestion – privé, fondation, fermage, communal, tribal). Ensuite, à partir d'entretiens semi-directifs et d'une cartographie participative, réalisés avec les agriculteurs, concernant les modes d'utilisation des sols, ils développent des indices de fourniture de services écosystémiques (ASC-Index) par catégories : services de régulation (ex. : pollinisation, limitation de l'érosion, régulation climatique), culturels (ex. : patrimoine culturel, systèmes de savoirs) et de provision (ex. : alimentation humaine et animale, bois de chauffage, semences).

Sur cette base, les auteurs estiment et comparent la contribution de chaque type de SA aux communs locaux (ex. qualité des sols, des eaux) ou globaux (ex. climat). Il en ressort notamment que les systèmes alimentaires locaux, indigènes ou agro-écologiques, contribuent fortement aux services écosystémiques de régulation et culturels, en plus d'atteindre des niveaux de services de provision significatifs. La contribution des SA industriels est nettement liée, quant à elle, à la fourniture de services de provision (cf. figure).

Pour six types de systèmes alimentaires, capacité des agro-écosystèmes utilisés par l'exploitation à fournir les 23 services écosystémiques calculés à partir de l'index ASC

Services ecosystemiques.jpg

Source : Land

Lecture : la déformation de la rosace vers la gauche correspond à une contribution élevée aux services écosystémiques culturels et de régulation.

Enfin, l'article confronte les types de systèmes alimentaires étudiés aux huit principes de gestion des communs définis par E. Ostrom. Cette partie plus exploratoire cherche à préciser de quelle manière certains modes de gestion et leurs pratiques agricoles associées favorisent une intégrité environnementale globale, tandis que d'autres fonctionnent sur une logique concurrentielle et productive : ces derniers utilisent de manière exclusive, et sans y contribuer, les communs (common grabing) utiles à d'autres systèmes alimentaires.

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : Land

12:50 Publié dans Environnement | Lien permanent | Tags : systèmes alimentaires, services écosystémiques, communs, kenya, bolivie |  Imprimer | | | | |  Facebook

07/05/2019

Le transport maritime, principal vecteur de dissémination des espèces invasives marines à l'horizon 2050

Des chercheurs québécois de l'université McGill sont arrivés à cette conclusion en couplant des modèles i) de projection du transport maritime à l'échelle mondiale, ii) de changement climatique et iii) de dissémination des espèces invasives par les navires. S'appuyant sur les données du système de géolocalisation des bateaux, ils ont élaboré un modèle de gravité sans contrainte expliquant 90 % des fluctuations du trafic à partir de variables socio-économiques. Il est détaillé par catégories de navire (vraquier, porte-conteneurs, etc.), chacune générant différents niveaux de dissémination d'espèces invasives, par les eaux de ballast, les emballages en bois, les coques, etc.

À l'horizon 2050, les auteurs projettent une augmentation du trafic de 240 à 1 200 % par rapport à 2014, à comparer avec les 260 % constatés entre 2006 et 2014. Le profil des échanges évoluerait sensiblement, avec une explosion des flux vers les continents africain et asiatique. Ces projections, réalisées selon différentes hypothèses de croissance économique et démographique, sont croisées avec les scénarios du GIEC, pour tenir compte de l'évolution des « distances environnementales » entre les écosystèmes des grandes régions, présentant des caractéristiques plus ou moins proches. Les auteurs montrent alors que le développement du trafic maritime serait intégralement responsable de l'augmentation du risque de dissémination (multiplié par 3 à 20 selon le scénario), alors que le changement climatique n'aurait pas d'influence ici.

Trafic maritime en 2014 (en haut) et évolution entre 2014 et 2050, en fonction du dynamisme (faible au milieu, fort en bas) de l'économie et des échanges

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Source : Nature Sustainability

Source : Nature Sustainability

Rôle majeur des tropiques dans l'augmentation récente de la pollution azotée globale

Un article récent de Nature Communications est consacré à l'évolution à long terme des stocks et flux d'azote au niveau mondial, à l'aide de simulations effectuées avec le modèle global terre-biosphère LM3-TAN (Terrestrial and Aquatic Nitrogen). Prenant les bassins versants comme unité d'analyse, les chercheurs se sont notamment intéressés au rôle modulateur des stocks d'azote dans la dynamique des émissions. Selon leurs simulations, les régions tropicales sont aujourd'hui une source majeure des émissions mondiales d'azote réactif (56 % de la pollution globale), en dépit de flux entrants (ex. : engrais) plus limités qu'en zones extra-tropicales. Ceci s'explique par le relargage des stocks d'azote accumulés depuis plusieurs siècles, à cause du changement d'usage des sols (déforestation, expansion agricole) qu'ont connu récemment ces bassins versants tropicaux. En revanche, dans les autres régions, les sols constituent aujourd'hui des puits nets d'azote.

Indice de perte d'azote (Nitrogen Loss-Index, ratio entre flux sortants et flux entrants d'azote au niveau du sol) : a) évolution sur la période étudiée, b) moyenne et c) écart-type pour les 159 principaux bassins versants sur 1976-2005

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Source : Nature Communications

Source : Nature Communications

11:32 Publié dans Agronomie, Environnement | Lien permanent | Tags : sols, azote, tropique, pollution azotée |  Imprimer | | | | |  Facebook

18/04/2019

Analyse du cycle de vie de la production de viande bovine aux États-Unis

Une estimation de l'empreinte environnementale de la production de viande bovine aux États-Unis a été publiée, dans le numéro de février 2019 d'Agricultural Systems, par des auteurs issus de l'USDA, de la National Cattlemen's Beef Association et de l'université de l'Arkansas. Alors que les défis sur le sujet sont nombreux, tant au niveau du marché intérieur qu'à l'exportation, les auteurs ont développé une méthode pour caractériser les systèmes de production et en évaluer les impacts environnementaux. Ils ont utilisé des données sur les caractéristiques et pratiques de 2 270 exploitations (enquêtes en ligne et visites de terrain), ainsi que des statistiques nationales. Ils ont également divisé le pays en sept régions, déterminées à partir des conditions climatiques et des pratiques d'élevage.

Découpage des États-Unis en sept régions, déterminé pour l'analyse de l'empreinte environnementale de la production de viande bovine

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Source : Agricultural Systems

Dans un premier temps, les auteurs identifient 150 systèmes de production représentatifs à l'échelle nationale. Ils utilisent l'Integrated Farm System Model pour simuler, au niveau de l'exploitation et pour plusieurs années climatiques, la production d'aliments et leur consommation, la croissance et la performance des animaux, les cycles de nutriments. Une analyse de cycle de vie leur permet également d'évaluer, pour chaque système, l'utilisation des ressources et les émissions. La figure ci-dessous présente les résultats pour les trois principales phases de l'élevage bovin.

Contribution des trois principales phases d'élevage aux quatre catégories d'impact environnemental étudiées : émissions de gaz à effet de serre, utilisation d'énergie fossile et d'eau, pertes d'azote

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Source : Agricultural Systems

Dans un deuxième temps, une empreinte environnementale moyenne est simulée par région, en incluant les animaux issus de la production laitière. Elle ne permet pas de mettre en évidence des tailles ou systèmes de production plus efficaces, car cette efficacité dépend de nombreux paramètres, comme par exemple, pour les émissions de N2O, le type de bâtiments, de sols, le régime des précipitations, la fertilisation azotée, etc. Enfin, les auteurs utilisent les valeurs régionales pour déterminer les impacts nationaux, à partir du nombre d'animaux par État (74 % provenant de trois régions – Northern et Southern Plains, Midwest). Ils estiment ainsi que, par kg équivalent carcasse produit, 21,3 kg de CO2équ sont émis, 155 g d'N sont perdus, 50 MJ d'énergie fossile et 2 034 L d'eau sont utilisés.

Les auteurs soulignent en conclusion que ces estimations représentent une base potentielle pour des évaluations de stratégies d'atténuation, et précisent que leurs travaux se poursuivent sur les phases suivantes (transformation, consommation, déchets, etc.), afin de fournir une analyse complète de l'impact environnemental de la viande bovine américaine.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Sylvain Maestracci, Conseiller agricole, Service économique de Washington, Ambassade de France aux États-Unis

Source : Agricultural Systems

08/04/2019

Selon l'IEEP, l'environnement n'est pas assez présent dans les programmes des grands partis européens

Dans un rapport publié en ligne en avril, l'Institut pour une politique européenne de l'environnement (IEEP) analyse les programmes de cinq partis européens pour les prochaines élections sur les questions d'environnement, de climat et de durabilité, dont plusieurs sont en lien direct avec les systèmes agricoles et alimentaires. Pour ce faire, leurs engagements sont comparés à ceux qu'ils avaient pris lors des élections de 2014, à ceux arrêtés dans le cadre de l'accord de Paris et du 7e plan d'action environnemental de l'Agence européenne pour l'environnement, aux objectifs de développement durable et aux recommandations du groupe d'experts Think 2030. Sur la base de cette grille d'analyse, l'IEEP constate que si tous les partis intègrent des actions sur le changement climatique, de nombreux sujets environnementaux ne font pas l'objet de propositions concrètes : perte de biodiversité, eutrophisation des écosystèmes terrestres, pollution azotée provenant de l'agriculture, artificialisation des sols ou consommation durable par exemple. Par ailleurs, certains sujets ne sont traités que par un ou deux partis.

Source : Institute for European Environmental Policy

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05/04/2019

Répondre aux besoins croissants en eau douce grâce à la reforestation

Mis en ligne mi-mars et à paraître dans le volume de mai 2019 du journal Land Use Policy, cet article présente une réflexion sur la pérennisation de l'approvisionnement en eau de la ville de Santa Cruz de la Sierra (Bolivie). Celle-ci connaît en effet des difficultés d'approvisionnement, avec une population en augmentation constante et des besoins agricoles importants. En accentuant l'évapotranspiration dans la zone concernée, la reforestation permet de produire des courants aériens chargés en eau, qui vont ensuite se déverser sous forme de précipitations sur les terres en aval, dans le sens du vent. Une équipe de chercheurs a modélisé ce phénomène et montré qu'en reboisant progressivement 7,1 millions d'hectares d'ici 2030, 22 à 59 % des besoins additionnels en eau de la ville pourraient être couverts. La mise en place d'un tel projet nécessiterait toutefois des accords internationaux, la moitié des surfaces à reboiser s'étendant au Brésil et au Pérou.

Modélisation des impacts de la reforestation de 7,1 millions d'hectares sur l'approvisionnement en eau de la ville de Santa Cruz de la Sierra (Bolivie)

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Source : Land Use Policy

Lecture : en bleu, la zone d'évapotranspiration responsable de 40 % des précipitations sur Santa-Cruz (orange), à reforester ; en violet, le bassin versant (eaux de surfaces) alimentant la ville. Les flèches bleues représentent les flux aériens chargés en eau, et les violettes les cours d'eau de surface. Selon le modèle, les précipitations augmenteraient de 1,25 %, permettant un accroissement du ruissellement de près de 27 % en saison sèche et de 2,23 % à l'année.

Source : Land Use Policy

02/04/2019

Utiliser la blockchain pour réguler l'utilisation de l'eau d'irrigation

Un projet, piloté au Kenya par l'ONG environnementale américaine The Freshwater Trust, pourrait prochainement donner lieu à une application en Californie, pour réguler les prélèvements d'eau souterraine destinés en particulier à l'irrigation des cultures. Couplant, via des satellites, des capteurs connectés installés sur les pompes, pour suivre au plus près la consommation, à un marché des crédits d'eau sécurisé par la technologie de la blockchain, le dispositif permettrait de réduire les déperditions et d'optimiser le fonctionnement du marché.

Source : Digital Trends

10:09 Publié dans 5. Fait porteur d'avenir, Environnement | Lien permanent | Tags : californie, irrigation, eau, blockchain, capteurs |  Imprimer | | | | |  Facebook

11/03/2019

Comment favoriser la pollinisation en milieu agricole urbain ?

L'enjeu de la préservation des insectes pollinisateurs ne touche pas seulement les espaces agricoles marqués par l'usage des pesticides, mais également les zones d'agriculture urbaine, caractérisées par une forte artificialisation des sols. Dans un article publié en février 2019 dans la revue PLOS One, des chercheurs s'interrogent sur les stratégies d'urbanisme à mettre en place pour favoriser la diversité des espèces d'abeilles, cette diversité garantissant une meilleure résilience des systèmes agricoles urbains.

19 sites (jardins communautaires et fermes urbaines) ont été sélectionnés, dans la ville de Chicago, afin d'y effectuer des mesures de l'abondance et de la diversité spécifique des abeilles, au moyen de pièges et de comptages sur le terrain. Les résultats ont été croisés avec des variables caractérisant l'habitat environnant : diversité florale, pratiques culturales (biologiques ou conventionnelles), importance des surfaces fleuries, imperméables (routes, constructions, trottoirs, etc.) et pavées.

Les chercheurs montrent que les espèces d'abeilles sauvages nidifiant dans des cavités (Bombus et Hylaeus) s'adaptent aux environnements urbains très imperméables, et peuvent ainsi assurer la pollinisation en ville. Toutefois, une proximité avec les espaces fleuris est indispensable pour les espèces de petite taille (Hylaeus), celles-ci ne pouvant se déplacer pour s'alimenter que dans un rayon d'environ 300 mètres. L'abondance des espèces nidifiant dans le sol (Halictus) est au contraire impactée négativement par l'abondance des surfaces artificialisées. De plus, leur petite taille les contraint dans leurs déplacements entre nids et zones d'alimentation (limite de 90 à 370 mètres). Leur présence est corrélée positivement avec l'augmentation des surfaces fleuries, ainsi qu'avec des pratiques culturales biologiques.

Les auteurs concluent que, pour pérenniser le service écosystémique de pollinisation en favorisant la diversité spécifique des abeilles, une plus grande variété des types d'espaces verts et l’incorporation de massifs floraux doivent être planifiées à proximité des zones d'agriculture urbaine.

Variables explicatives de l'abondance selon les espèces d'abeilles : surfaces imperméables, surfaces fleuries, diversité florale, surfaces pavées, pratiques culturales

Abeilles.jpg

Source : Plos One

Lecture : un score élevé indique une plus grande importance de la variable pour expliquer l'abondance de l'espèce. IMP : surfaces imperméables, mesurées dans un rayon d'un kilomètre autour du site de mesure pour les grandes abeilles (Apis – abeilles domestiques – et Bombus), et 500 mètres pour les petites.

Aurore Payen, Centre d'études et de prospective

Source : PLOS One

13:18 Publié dans Agronomie, Environnement | Lien permanent | Tags : agriculture urbaine, chicago, abeilles, pollinisation, urbanisme |  Imprimer | | | | |  Facebook

La FAO évalue l'état de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture dans le monde

Conduit par la Commission des ressources génétiques pour l’alimentation et l’agriculture de la FAO, cette imposante synthèse sur l’état et la gestion de la biodiversité, à l'échelle mondiale, compile les résultats de nombreux rapports (91 nationaux et 27 d’organisations internationales) et les apports de plus de 175 auteurs ou relecteurs. Premier exercice de cette nature engagé par l'organisation, l'évaluation recense les différentes contributions de la biodiversité à l'alimentation et à l'agriculture, en termes de services écosystémiques, de résilience des systèmes de production, d'intensification écologique et de maintien de la sécurité alimentaire et des modes de vie.

Les tendances et évolutions, présentées en deuxième partie, décrivent une situation globalement très dégradée, avec un déclin rapide des composantes de la biodiversité. La diversité végétale à la base des systèmes alimentaires s'est appauvrie : neuf espèces (parmi les 6 000 cultivables) fournissent 66 % de la production agricole mondiale. Il en est de même pour les races animales, avec 26 % des races locales menacées d'extinction, tandis qu'un tiers des stocks mondiaux de poissons est surexploité et plus de la moitié ont atteint leur limite de résilience. Les espèces sauvages utilisées pour la chasse et la cueillette diminuent également fortement, surtout dans les zones Amérique latine et Caraïbe, Asie-Pacifique et Afrique. La troisième partie fait le bilan des dispositifs de gestion existants (conservation in et ex situ), et des pratiques favorables à la biodiversité. Près de 80 % des pays sont engagés, selon des modalités diverses, dans une approche de gestion durable, et certaines pratiques progressent : l'agriculture biologique (actuellement 58 millions d'hectares, soit 1 % des terres cultivées), l'agriculture de conservation (180 millions d'ha, soit 12 % des terres arables). Toutefois, selon les auteurs, les niveaux de protection et de couverture ne sont souvent pas à la mesure des enjeux. Le rapport dresse ensuite un panorama des politiques et institutions impliquées.

Une dimension importante de ce travail réside dans l'effort de convergence des différentes grilles de lecture internationales du problème de la biodiversité avec celles des questions agricoles et alimentaires. Ceci permet de traiter plus systématiquement l'interface entre biodiversité « naturelle » et agrobiodiversité.

Dates clés de la reconnaissance internationale de l'importance de la biodiversité pour l'alimentation et l'agriculture

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Source : FAO

Claire Bernard-Mongin, Centre d'études et de prospective

Source : FAO

08/03/2019

La lutte contre le gaspillage alimentaire en France et aux États-Unis

Pour réaliser sa thèse sur le gaspillage alimentaire, publiée récemment, Marie Mourad (Sciences Po Paris) a réuni, entre 2013 et 2017, un riche matériau, avec 213 entretiens dans les secteurs public, privé et associatif et 125 observations de terrain. Son travail constitue une intéressante contribution à la sociologie des recompositions du capitalisme et des systèmes alimentaires. L'auteure y approfondit ses réflexions sur la mise au point et la circulation internationale d'un référentiel d'action publique contre le gaspillage, et sur la structuration de nouveaux espaces économiques autour de la valorisation des invendus (voir à ce sujet un précédent billet sur ce blog).

La comparaison entre la France et les États-Unis montre une convergence des évolutions des circuits alimentaires dans les deux pays. La lutte contre le gaspillage émerge comme problème public des années 1980 à 2000, à la croisée de différents domaines, sous l'effet de l'engagement d'acteurs réformateurs aux profils et aux stratégies comparables : militants devenus experts en impacts environnementaux, chargés de mission d'ONG internationales ou d'administrations nationales, responsables du développement durable dans les entreprises, etc. Elle s'institutionnalise dans les années 2010, quand des associations d'aide alimentaire et des start-upers y voient une opportunité pour développer leurs activités. Des dispositifs de concertation, à l'initiative, en France, du ministère chargé de l'agroalimentaire, aux États-Unis d'associations environnementales, mettent en place un cadrage commun, qui fait du gaspillage avant tout un problème lié au comportement du consommateur, qu'il s'agit de responsabiliser.

Décrivant les différents modes de remise en circuit des excédents, M. Mourad souligne « la concurrence entre les diverses ''solutions'' au gaspillage alimentaire ». En particulier, celles qui « se focalisent sur leur redistribution et leur recyclage, à des échelles de plus en plus grandes », donc nécessitant des quantités croissantes de ces excédents, peuvent détourner des actions de prévention. Le cas des « légumes moches » lui permet aussi de montrer la capacité d'adaptation des circuits conventionnels, avec la fixation d'un standard pour la commercialisation de produits non-standard.

Florent Bidaud, Centre d'études et de prospective

Lien : Research Gate

13:17 Publié dans Alimentation et consommation, Environnement | Lien permanent | Tags : gaspillage, invendus, etats-unis |  Imprimer | | | | |  Facebook

04/03/2019

9 MOOC pour se former en ligne sur les liens entre agriculture et environnement

Diffusant depuis octobre 2013 des cours en ligne, en partenariat avec des établissements d'enseignement supérieur, la plateforme FUN a présenté, le 27 février 2019, un ensemble de neuf MOOC (massive open online courses) consacrés aux thèmes de l'agriculture et de l'environnement, « pour comprendre, connaître et agir ». Avec des débuts échelonnés de février à avril, ces cours abordent diverses sujets : acteurs, leviers et outils de la transition du système alimentaire (proposé par le CNFPT), agroécologie (Agreenium), nématodes et arthropodes (Montpellier SupAgro), gaspillage et coopération agricole (AgroParisTech), agriculture biologique (VetAgro Sup), performance environnementale des produits alimentaires (Ademe), semences végétales (AgroCampus Ouest), abeilles et environnement (Oniris).

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Source : FUN

14/02/2019

The Lancet entame une année dédiée à la nutrition

Dans l'éditorial de son n°393 de janvier 2019, la revue The Lancet annonce entamer une année dédiée à la nutrition, abordée sous diverses perspectives. Ainsi, a été publié en même temps un premier rapport, Food in the Anthropocene, établi par une commission commune à la revue médicale et à la fondation EAT, et traitant de la définition et de l'atteinte des régimes alimentaires sains issus de systèmes alimentaires durables. Cette commission réunissait 37 scientifiques venant de disciplines variées et de 16 pays différents.

Les auteurs ont travaillé sur la relation entre régime alimentaire, santé humaine et durabilité environnementale, tous trois fortement liés, comme l'illustrent par exemple les impacts du changement climatique sur des réductions de rendements et, in fine, sur la sécurité alimentaire. S'appuyant sur les connaissances scientifiques les plus récentes, ils se sont intéressés à la consommation finale et à la production, et proposent un « espace de fonctionnement sécurisé » (safe operating space), délimité par deux séries de cibles quantitatives :

- des objectifs de consommation par grands groupes d'ingrédients, adaptables à une variété de pratiques locales (cf. figure ci-dessous) ;

- des paramètres d'utilisation de six grandes entrées affectées par la production alimentaire : usages d'eau douce et des terres, pertes de biodiversité, émissions de gaz à effet de serre, pollutions azotées et phosphatées. Ce cadre prend en compte les limites planétaires et est pertinent à différentes échelles, du champ au global.

À l'échelle mondiale, « fossé alimentaire » entre la consommation actuelle et le régime alimentaire recommandé

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Source : EAT ; extraits CEP

Un exercice de modélisation permet aux auteurs de montrer qu'il serait théoriquement possible, avec ces références, de nourrir 10 milliards de personnes à 2050. Pour ce faire, l'analyse des changements passés (ex. : transitions nutritionnelles dans divers pays) les amène à souligner l'importance de la mobilisation de tous types d'acteurs et de secteurs, des besoins en recherche scientifique et des différents niveaux d'intervention publique. Les auteurs proposent alors cinq « stratégies » pour initier une « Great Food Transformation ».

Pour finir, signalons la parution, le 27 janvier, d'un second rapport intitulé The Global syndemic of Obesity, Undernutrition and Climate Change. Par la suite, The Lancet devrait poursuivre ses publications, notamment par des articles sur le double fardeau nutritionnel et sur les spécificités de la nutrition des adolescents.

Julia Gassie, Centre d'études et de prospective

Source : The Lancet

Réserves marines intégrales de petite taille au Brésil : impact de leur mise en place sur l'abondance et la taille des poissons d'intérêt économique

Le Brésil possède les récifs parmi les plus riches de l'océan Atlantique. 3,3 % de ses eaux territoriales sont soumises à des interdictions de pêche et, parmi elles, seules 0,3 % sont localisées dans les eaux côtières. Un article publié en janvier 2019 dans Plos One s'intéresse à ces réserves marines intégrales : même si elles sont généralement de taille petite à moyenne (de 1 à 100 km²), leur situation dans des zones de forte activité humaine les rend particulièrement importantes au regard de la biodiversité. Les auteurs ont évalué l'impact de leur protection sur les populations de poissons, en sélectionnant une réserve de petite taille située sur la côte nord de l’État de São Paulo. Grâce à un système vidéo sous-marin, ils ont mesuré, deux fois par mois pendant un an, l'abondance et la biomasse (taille) de différentes espèces. Des mesures ont également été faites dans les zones de pêches alentour, à 0,5, 2 et 34 km.

L'abondance totale et la biomasse des espèces visées par la pêche sont apparues plus importantes au sein de la zone protégée, du fait de l'absence de prélèvement des individus (ex. carangidae et epinephelidae, voir figure). Au contraire, certaines espèces bénéficient de l'absence de prédation dans les zones de pêche, et y présentent une abondance accrue (ex. scaridae). Celle des poissons non pêchés ne semble pas impactée par le statut de protection (ex. kyphosidae). Par ailleurs, une distance à la côte plus élevée des zones protégées favorise l'abondance des espèces. Deux hypothèses peuvent l'expliquer : des activités humaines moins intenses et des récifs en plus grand nombre et de plus grande taille.

La fertilité des poissons étant plus importante chez les individus de plus grande taille, la proximité entre les zones protégées et les zones de pêche favorise la migration des larves, et par suite le repeuplement des eaux exploitées. Si la mise en place de zones de protection de tailles moyennes (10-100 km²) s'avère plus efficace, selon d'autres travaux, cette étude montre que les réserves marines de petite taille jouent un rôle crucial pour conserver et renouveler les espèces à enjeu commercial important.

Mesure de la taille et de l'abondance de quatre familles de poissons selon le statut de protection (open pour ouvert à la pêche, et no-take pour pêche interdite) et la distance à la côte ou la présence de récifs

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Source : Plos One

Aurore Payen, Centre d'études et prospective

Source : Plos One

13:42 Publié dans Environnement, Pêche et aquaculture | Lien permanent | Tags : pêche, brésil, réserve marine intégrale, biodiversité |  Imprimer | | | | |  Facebook